Face à une crise du logement persistante, la Banque des Territoires veut accélérer sa mobilisation. Le 21 mai, l’établissement public a présenté une nouvelle feuille de route visant la production de 650.000 logements abordables supplémentaires d’ici 2030, avec une enveloppe de 100 milliards d’euros.
Présentée lors du Printemps des Territoires à Paris, cette stratégie regroupe 60 actions concrètes pour soutenir la production de logements, accompagner les bailleurs et transformer le parc existant, dans un secteur toujours confronté à de fortes difficultés.
Une réponse à une crise jugée durable
La Banque des Territoires dresse un constat particulièrement préoccupant de la situation actuelle.
Le secteur fait face à un ralentissement de la production neuve, une baisse de l’offre locative privée, un engorgement du parc social et une fragilisation croissante des bailleurs sociaux.
Lors des échanges organisés pendant l’événement, plusieurs intervenants ont également évoqué la baisse du taux de rotation dans le logement social, les difficultés du parcours résidentiel ou encore les effets de l’évolution des ménages et du vieillissement de la population.
La question foncière occupe aussi une place centrale. Marie-Noëlle Lienemann, présidente de la Fédération des Coop’HLM, a notamment estimé que “l’explosion du prix du foncier” constitue aujourd’hui le principal facteur de blocage du logement en France.
La question des taux d’intérêt reste également un point de vigilance. Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, a indiqué que la reprise espérée grâce à une stabilisation des taux pourrait être compromise par les tensions géopolitiques actuelles.
500.000 logements sociaux visés
La feuille de route repose sur deux grands axes : relancer rapidement la production de logements et accompagner ce que la Banque des Territoires appelle “l’urbanisme de la transformation”.
L’objectif affiché est la création de 650.000 logements abordables supplémentaires d’ici 2030. Dans ce volume figurent principalement 500.000 logements sociaux, mais aussi 90.000 logements locatifs intermédiaires (LLI), ainsi que des opérations d’accession sociale via le bail réel solidaire (BRS).
Pour soutenir cette stratégie, l’établissement prévoit la mobilisation de 100 milliards d’euros, dont environ 90 milliards d’euros de prêts et 10 milliards de fonds propres.
La Banque des Territoires rappelle par ailleurs avoir financé près de la moitié des logements construits en France en 2025, tout en estimant que cet engagement reste insuffisant face à l’ampleur de la crise actuelle.
Parmi les mesures annoncées figurent le renforcement du haut de bilan des bailleurs sociaux, des investissements en fonds propres, la création d’un observatoire des coûts de construction du logement social ou encore des actions de densification du patrimoine foncier des organismes HLM.
Le document prévoit également de soutenir les organismes de foncier solidaire (OFS), les dispositifs d’acquisition-amélioration et plusieurs formes alternatives de propriété.

La transformation du bâti existant devient un levier majeur
L’un des volets les plus structurants de cette feuille de route concerne la transformation du parc existant. La Banque des Territoires veut accélérer la reconversion de bureaux en logements, la transformation des entrées de ville et la mutation de certaines zones commerciales.
Le sujet prend une importance croissante dans les politiques publiques du logement. Lors de son intervention, le ministre chargé du Logement Vincent Jeanbrun a rappelé que “85 % des logements de 2050 existent déjà”, soulignant ainsi le poids stratégique de la rénovation et de la transformation du bâti.
La Banque des Territoires estime notamment que la reconversion de bureaux pourrait représenter un potentiel de 150.000 logements.
CDC Habitat a indiqué travailler actuellement sur une quarantaine de projets de ce type, pour un potentiel d’environ 10.000 logements.
Le gouvernement envisage également de créer une notion de logement “reconditionné neuf”, afin de faciliter certaines opérations de requalification d’immeubles existants sans imposer systématiquement l’ensemble des standards du neuf.
Un futur projet de loi pour accélérer les projets
Cette feuille de route s’inscrit dans le cadre plus large du plan gouvernemental “Relance logement”, lancé en janvier dernier et qui vise la production de 2 millions de logements d’ici 2030.
Invité du Printemps des Territoires, Vincent Jeanbrun a confirmé que le futur projet de loi logement actuellement en préparation doit permettre de “bâtir plus, plus vite et mieux”.
Le texte, composé de dix articles, doit notamment s’appuyer sur un “choc de simplification”, avec la généralisation des opérations d’intérêt local (OIL). Ces dispositifs doivent permettre d’accélérer l’instruction des projets et de raccourcir certains délais administratifs.
Le projet de loi évoque aussi plusieurs évolutions réglementaires, parmi lesquelles la décentralisation de MaPrimeRénov’, l’extension du statut de bailleur privé à l’ancien ou encore une nouvelle marge de manœuvre concernant les logements classés F ou G au DPE.
L’encadrement des loyers s’invite aussi dans les débats
La question de l’encadrement des loyers a également été évoquée pendant les échanges organisés lors du Printemps des Territoires.
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, a alerté sur le risque de hausses de loyers “de 20 à 30 %” dans la capitale si l’expérimentation actuelle n’était pas prolongée.
L’élu estime que le futur projet de loi pourrait devenir un “projet de loi historique” s’il intégrait également certaines propositions déjà portées au Parlement.
Vincent Jeanbrun a indiqué attendre le rapport de deux économistes avant toute décision sur le sujet.
Source : Banque des Territoires









