Dans de nombreuses petites entreprises du BTP, les difficultés administratives apparaissent souvent bien après les premiers problèmes de trésorerie. Retards de déclaration, cotisations reportées, DSN mal renseignées ou absence d’accompagnement peuvent rapidement entraîner pénalités et majorations, parfois difficiles à absorber pour des structures déjà fragiles.
Au Salon des Bâtisseurs 2026, Franck Smith et Jean Claude Belhumeur de l’Urssaf CGSS Martinique, ont détaillé les dispositifs d’accompagnement proposés par l’Urssaf aux entreprises afin de les aider à mieux anticiper ces situations et à sécuriser leur gestion sociale.
Une administration qui cherche à dépasser son image uniquement “répressive”
Dès le début de la conférence, les intervenants insistent sur un point : l’Urssaf ne souhaite plus être perçue uniquement comme un organisme chargé de recouvrer les cotisations sociales.
« L’Urssaf ne fait pas seulement que recouvrer les cotisations », rappelle ainsi Jean-Claude Belhummeur pendant l’intervention. « L’Urssaf est là aussi pour conseiller et accompagner. »
Cette logique de prévention apparaît comme l’un des fils conducteurs de la conférence. L’Urssaf CGSS Martinique explique avoir multiplié les actions d’accompagnement ces dernières années :
- réunions d’information,
- accompagnement des créateurs d’entreprise,
- suivi des primo-employeurs,
- webinaires,
- rendez-vous individualisés,
- ou encore outils numériques dédiés.
Selon les chiffres présentés, la Martinique compterait aujourd’hui :
- environ 13 025 entreprises du régime général,
- 236 administrations et collectivités,
- ainsi que plus de 27 000 travailleurs indépendants.
Dans ce contexte, l’enjeu pour l’organisme devient aussi de limiter les incidents administratifs susceptibles d’entraîner des difficultés financières pour les entreprises.
Quand les difficultés de trésorerie entraînent une “double peine”
La conférence insiste particulièrement sur un phénomène fréquent dans les petites structures : lorsqu’une entreprise rencontre des difficultés de trésorerie, elle cesse parfois de déclarer ses cotisations sociales.
Pour Franck Smith, cette logique aggrave souvent la situation : « Même quand une entreprise rencontre des difficultés de trésorerie, il faut quand même déclarer. »
L’intervenant évoque alors ce qu’il appelle une « double peine » :
- majorations de retard pour paiement tardif,
- mais aussi pénalités supplémentaires pour absence ou retard de déclaration.
À cela peut ensuite s’ajouter la taxation d’office. Lorsqu’aucune déclaration n’est transmise, l’Urssaf estime elle-même le montant des cotisations dues, souvent sur une base plus élevée que la situation réelle de l’entreprise.
La conférence rappelle également que les procédures peuvent rapidement s’enchaîner comme les relances, mises en demeure, majorations, voire blocages de comptes bancaires si aucune démarche n’est engagée.
L’un des messages centraux de l’intervention consiste donc à encourager les entreprises à se rapprocher rapidement de l’Urssaf en cas de difficulté, plutôt que d’attendre une accumulation des dettes sociales.
Les petites entreprises du BTP souvent confrontées à une gestion sociale complexe
Une autre idée ressort fortement de la conférence : beaucoup de dirigeants de petites entreprises maîtrisent parfaitement leur activité technique, mais disposent de peu de ressources administratives internes.
Cette situation concerne particulièrement les TPE du bâtiment, où les dirigeants doivent souvent gérer simultanément : les chantiers, les devis, les recrutements, la trésorerie, et les obligations sociales.
Pour répondre à cette réalité, l’Urssaf présente plusieurs dispositifs simplifiés.
Le programme “Mes premiers mois avec l’Urssaf” propose par exemple un accompagnement gratuit de 9 à 15 mois destiné aux créateurs d’entreprise.
Les nouveaux employeurs peuvent également bénéficier d’un suivi spécifique pendant leur première embauche, avec :
- assistance administrative,
- accompagnement réglementaire,
- et suivi préventif des déclarations.
Jean-Claude Belhummeur explique d’ailleurs que l’Urssaf privilégie désormais les rendez-vous préparés à l’avance, afin d’apporter des réponses plus rapides et plus précises aux employeurs.
DSN, outils numériques : une gestion sociale de plus en plus dématérialisée
La conférence montre aussi à quel point la gestion sociale des entreprises repose désormais sur des outils numériques centralisés.
L’Urssaf met notamment en avant :
- le compte Urssaf en ligne,
- le TESE pour les petites entreprises,
- les simulateurs de cotisations,
- ou encore les outils de suivi DSN.
Le TESE (Titre emploi service entreprise) est présenté comme un dispositif simplifié permettant à de petites structures de gérer les embauches, les déclarations, et même l’édition des bulletins de salaire, directement via une plateforme dématérialisée.
Une large partie de l’intervention porte également sur la Déclaration sociale nominative (DSN), devenue obligatoire depuis 2017. Cette déclaration unique centralise désormais l’ensemble des données sociales transmises :
- à l’Urssaf,
- à l’Assurance maladie,
- aux caisses de retraite,
- ou encore aux organismes sociaux partenaires.
Pour l’Urssaf, la DSN vise à réduire le nombre de déclarations, sécuriser les droits des salariés, simplifier les démarches, et limiter les erreurs administratives.
Mais cette centralisation renforce aussi l’importance du respect des échéances déclaratives, désormais entièrement numérisées.
Une logique de prévention plus que de sanction
Au-delà des aspects techniques, la conférence traduit finalement une évolution plus large de l’approche de l’Urssaf vis-à-vis des entreprises.
Les intervenants insistent à plusieurs reprises sur l’idée d’anticipation :
- déclarer même en cas de difficulté,
- demander rapidement des délais,
- régulariser avant les pénalités,
- ou encore solliciter un accompagnement avant que les incidents ne s’accumulent.
Cette logique de prévention apparaît particulièrement importante dans un tissu économique composé majoritairement de petites structures, souvent vulnérables aux variations de trésorerie et aux retards administratifs.
À travers cette conférence, l’Urssaf cherche ainsi à repositionner son rôle comme acteur d’accompagnement destiné à limiter les fragilités administratives des entreprises avant qu’elles ne deviennent des difficultés économiques plus lourdes.
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