Longtemps reléguée au second plan dans les opérations de construction, la gestion des déchets de chantier change progressivement de dimension avec le déploiement de la filière REP PMCB. Tri à la source, traçabilité, collecte dédiée ou encore valorisation matière deviennent désormais des paramètres opérationnels à part entière sur les chantiers du BTP.
Lors du Salon des Bâtisseurs 2026, les représentants d’EVEA, Martinique Recyclage et Valobat ont détaillé les transformations en cours autour de cette nouvelle organisation issue de la loi AGEC.
Le tri à la source devient une nouvelle contrainte opérationnelle
Entrée en vigueur en 2023 avec un déploiement opérationnel en Martinique à partir de 2024, la REP PMCB — Responsabilité Élargie du Producteur appliquée aux Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment — vise notamment à améliorer le recyclage des matériaux et limiter les dépôts sauvages.
Mais sur le terrain, la principale évolution concerne surtout l’organisation des flux sur chantier.
Pour bénéficier de la prise en charge des déchets par les éco-organismes, les entreprises doivent désormais respecter des règles précises de tri. Les matériaux ne peuvent plus être mélangés sans compromettre leur valorisation ou leur financement.
Pendant la conférence, Céline Coridon, chargée de développement chez EVEA, insiste à plusieurs reprises sur ce point :
« Le tri à la source, c’est la clé pour pouvoir bénéficier correctement des avantages de la filière. »
Cette logique oblige progressivement les entreprises à anticiper beaucoup plus tôt la gestion des déchets, depuis le dimensionnement des bennes jusqu’à l’organisation des rotations et des collectes.
Le plâtre illustre particulièrement cette évolution. Pour être accepté dans la filière de recyclage, il doit notamment rester sec et ne pas être mélangé à d’autres matériaux.
Le déchet devient ainsi un flux identifié, suivi et organisé dès la préparation du chantier, au même titre que les approvisionnements ou la logistique des matériaux.
La REP PMCB change aussi l’économie de la collecte et du recyclage
L’un des sujets les plus importants abordés pendant la conférence concerne le fonctionnement économique du dispositif.
Heurny Beuze, responsable régional DROM-COM de Valobat, rappelle que la REP repose sur une éco-contribution payée lors de l’achat des matériaux de construction. Cette contribution alimente ensuite les éco-organismes agréés chargés de financer la collecte et le traitement des déchets du bâtiment.
Ce mécanisme modifie progressivement les habitudes du secteur.
Avant l’arrivée de la REP PMCB, certaines filières de valorisation existaient déjà localement mais restaient limitées par les coûts de traitement supportés directement par les artisans et entreprises.
Martin Brichant, directeur général du Groupe SEEN, explique notamment que la filière plâtre avait commencé à se structurer avant même le déploiement opérationnel de Valobat, avec des exportations vers des centres de traitement situés dans l’Hexagone. Mais les coûts freinaient fortement les dépôts :
« Quand il faut sortir son porte-monnaie, c’est compliqué. »
Depuis la prise en charge par l’éco-organisme, les volumes collectés ont fortement progressé. Selon Martin Brichant, près de 500 tonnes de plâtre ont ainsi été captées dès la première année complète de fonctionnement, un niveau initialement attendu seulement après plusieurs années d’exploitation.
La conférence montre ainsi que la REP agit non seulement comme un outil environnemental, mais aussi comme un levier économique capable de structurer progressivement de nouvelles pratiques dans le secteur du bâtiment.
Le plâtre devient l’un des premiers exemples d’économie circulaire locale dans le BTP martiniquais
Le traitement du plâtre constitue probablement l’exemple le plus concret présenté pendant les échanges.
Martinique Recyclage dispose depuis environ deux ans d’une ligne locale de traitement du plâtre présentée comme une première à l’échelle de la Caraïbe.
Le matériau collecté est broyé afin de séparer plusieurs fractions. Le gypse récupéré est ensuite revendu à Lafarge, dont la cimenterie est implantée sur le port de Fort-de-France, afin d’être réintroduit dans la fabrication de nouveaux ciments.
Selon Martin Brichant, environ 70 % du plâtre entrant ressort aujourd’hui sous forme de gypse valorisable. La partie cartonnée est, elle, orientée vers la valorisation énergétique.
Cette organisation permet de limiter certaines importations de gypse tout en développant une boucle locale de valorisation des déchets du bâtiment.
La conférence révèle surtout un changement de logique : certains matériaux issus des chantiers ne sont plus considérés comme de simples déchets à enfouir ou exporter, mais comme des ressources réinjectées dans une nouvelle chaîne de production.
Martin Brichant indique d’ailleurs que le groupe envisage désormais de capter à terme une partie des déchets de plâtre provenant de Guadeloupe.
QR codes, application mobile et suivi des flux : la traçabilité gagne les chantiers
Autre évolution importante évoquée pendant la conférence : la montée en puissance des outils numériques dans la gestion des déchets du bâtiment.
Valobat a développé l’application Valodépôt afin de permettre aux entreprises :
- d’enregistrer leurs chantiers,
- de déclarer les volumes à évacuer,
- d’identifier les flux concernés,
- et de suivre les enlèvements réalisés par les collecteurs agréés.
Chaque collecte est ensuite associée à un QR code permettant d’assurer une traçabilité complète depuis le chantier jusqu’au site de traitement final.
Cette évolution marque une nouvelle étape dans la gestion des déchets du BTP. Les matériaux deviennent désormais suivis, documentés et catégorisés tout au long de leur parcours.
La logique réglementaire évolue ainsi vers une gestion de plus en plus pilotée et tracée des flux issus des chantiers.
Le recyclage local progresse, mais certaines filières restent encore dépendantes de l’Hexagone
La conférence met également en évidence plusieurs limites structurelles du territoire martiniquais.
Si le plâtre bénéficie désormais d’une filière locale de valorisation, plusieurs autres flux restent encore exportés vers l’Hexagone, notamment le bois, certains plastiques, les métaux ou certaines menuiseries.
Le cas du bois illustre particulièrement ces contraintes. Interrogé sur la possibilité d’utiliser les déchets bois du bâtiment dans la centrale biomasse locale, Heurny Beuze rappelle que les bois de construction sont généralement traités et ne peuvent donc pas intégrer directement cette filière énergétique.
La conférence montre ainsi que l’économie circulaire du BTP ultramarin reste encore partiellement dépendante :
- des capacités d’export,
- des coûts logistiques,
- et des filières de traitement situées dans l’Hexagone.
Mais elle montre aussi que le tri, la traçabilité et les filières de valorisation commencent désormais à s’imposer comme de nouveaux paramètres opérationnels sur les chantiers martiniquais.

Consultez ici le Replay de la conférence









