Dans les territoires ultramarins, financer un investissement productif reste souvent plus complexe qu’en Hexagone. Plusieurs contraintes structurelles continuent de peser sur les entreprises locales, notamment dans des secteurs fortement capitalistiques comme le BTP, le transport ou l’énergie.
Lors du Salon des Bâtisseurs 2026, Philippe de Franciosi, directeur région Martinique et directeur des grands comptes Outre-Mer chez ECOFIP, est revenu sur le rôle des dispositifs de défiscalisation dans le financement des investissements. Une intervention qui, au-delà des mécanismes fiscaux, a surtout mis en lumière la dépendance persistante de nombreuses entreprises ultramarines à ces outils de soutien économique.

Une aide à l’investissement davantage qu’une “niche fiscale”
Dès le début de la conférence, Philippe de Franciosi cherche à repositionner le débat autour de la défiscalisation outre-mer. « Ce n’est pas une niche fiscale », insiste-t-il, rappelant que ces dispositifs ont été conçus comme des mécanismes de financement de l’économie productive.
Le principe repose sur un transfert de capitaux privés vers les territoires ultramarins. Des investisseurs, principalement situés en Hexagone, injectent des fonds dans des opérations productives réalisées dans les Outre-mer en échange d’un avantage fiscal. Ces financements viennent ensuite réduire le coût d’acquisition des équipements ou des projets portés par les entreprises locales.
Le dispositif Girardin, né de la loi de 2003 puis réformé avec la LODEOM en 2009, reste aujourd’hui l’un des principaux outils utilisés dans ce cadre. Le crédit d’impôt pour investissement productif, mis en place plus récemment, complète désormais le dispositif pour certaines catégories d’entreprises.
Le BTP parmi les secteurs les plus concernés
La conférence rappelle que plusieurs secteurs stratégiques sont éligibles à ces mécanismes : BTP, artisanat, agriculture, tourisme, transport, énergies renouvelables.
Dans le bâtiment et les travaux publics, les investissements concernés touchent aussi bien les engins de chantier que les équipements techniques ou certaines opérations immobilières spécifiques.
Pour illustrer concrètement l’effet de la défiscalisation, Philippe de Franciosi prend l’exemple d’une pelle mécanique d’une valeur de 200 000 euros. Selon lui, le mécanisme peut permettre de financer environ 60 000 euros de l’investissement, réduisant ainsi le reste à charge de l’entreprise à 140 000 euros.
L’intervenant insiste également sur le profil des entreprises concernées. L’économie ultramarine repose principalement sur des TPE et PME, souvent confrontées à des capacités de financement limitées. Dans ce contexte, ces dispositifs apparaissent comme un moyen de soutenir l’investissement sans mobiliser immédiatement des volumes importants de trésorerie.
Un mécanisme pensé pour compenser les contraintes ultramarines
Au fil de la conférence, la défiscalisation est présentée comme une réponse aux spécificités économiques des Outre-mer. Le support présenté par ECOFIP rappelle notamment que ces dispositifs visent à compenser :
- l’éloignement géographique,
- les surcoûts d’approvisionnement,
- ou encore le niveau parfois plus faible des fonds propres des entreprises ultramarines.
Cette logique apparaît particulièrement importante dans des secteurs nécessitant des investissements lourds. Pour certaines entreprises du BTP, l’acquisition de matériel représente plusieurs centaines de milliers d’euros, avec des coûts souvent majorés par le transport ou les délais d’approvisionnement.
La conférence montre également que les mécanismes varient selon la taille des entreprises. Les structures réalisant moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires peuvent recourir au dispositif Girardin ou au crédit d’impôt, tandis que les groupes dépassant ce seuil sont orientés vers le crédit d’impôt pour investissement productif.

Contrôle, agréments et sécurisation des opérations
L’intervention insiste aussi sur un point souvent moins visible : la sécurisation des opérations.
Pour bénéficier des dispositifs, les entreprises doivent respecter plusieurs conditions :
- être à jour de leurs obligations fiscales et sociales,
- déposer leurs comptes,
- appartenir à un secteur éligible,
- ou encore obtenir un agrément fiscal pour certaines opérations importantes.
Philippe de Franciosi rappelle que les cabinets spécialisés jouent également un rôle de contrôle et d’analyse de viabilité des projets. L’objectif est notamment d’éviter les requalifications fiscales ou les montages réalisés sur des activités non éligibles.
Les opérations dépassant 250 000 euros d’investissement nécessitent par ailleurs un agrément fiscal spécifique, impliquant des délais et une analyse approfondie des projets.
La question du manque de projets en Martinique
Au-delà des mécanismes eux-mêmes, la conférence soulève enfin une problématique plus large : celle du niveau d’investissement dans certains territoires.
Philippe de Franciosi évoque notamment une Martinique « à la traîne » en matière de projets d’investissement, comparée à d’autres territoires ultramarins comme la Guadeloupe ou la Guyane.
Selon lui, les fonds disponibles pour financer les opérations existent, mais les projets restent insuffisants sur certains segments. Une situation qu’il relie en partie à la maturité économique du territoire, historiquement plus développé que d’autres régions ultramarines.
Cette remarque dépasse le seul cadre de la défiscalisation. Elle renvoie plus largement à la dynamique économique des territoires et à leur capacité à générer de nouveaux investissements productifs dans des secteurs structurants comme le BTP.
Un outil toujours central dans le financement des investissements ultramarins
À travers cette intervention, la défiscalisation apparaît finalement moins comme un simple avantage fiscal que comme un outil de financement profondément intégré au fonctionnement économique des Outre-mer.
Dans des économies composées majoritairement de petites entreprises et confrontées à des coûts d’investissement élevés, ces mécanismes continuent de jouer un rôle important dans le renouvellement des équipements et le développement des activités productives.
La conférence met aussi en évidence une réalité plus large : derrière les dispositifs fiscaux se pose la question de la capacité des territoires ultramarins à maintenir une dynamique d’investissement suffisante pour soutenir leur développement économique.
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