La Réunion : la hausse des risques climatiques pourrait modifier progressivement la manière dont les assureurs apprécient les bâtiments. Dans l’étude thématique publiée récemment, l’IEDOM pointe un enjeu directement lié à la construction : l’exposition aux aléas, le respect des normes et la qualité du bâti pourraient peser davantage dans l’évaluation du risque.
Une sinistralité appelée à augmenter avec le risque climatique
Le constat intervient après deux épisodes récents. Selon l’IEDOM, le coût des dégâts occasionnés par BELAL en janvier 2024 et GARANCE en février 2025 dépasse les montants de sinistralité enregistrés au cours des vingt années précédentes à La Réunion. À l’échelle ultramarine, la tendance est également marquée : l’Outre-mer concentre 10 % du coût de la sinistralité du régime de catastrophe naturelle entre 2000 et 2024, alors qu’il ne représente que 1,8 % des cotisations du régime Cat Nat.
La perspective climatique accentue la pression. À l’horizon 2050, le montant des sinistres pourrait progresser de 47 % à 85 % selon les scénarios de réchauffement retenus par la Caisse centrale de réassurance et Météo-France.
En Outre-mer, les simulations citées par l’étude anticipent une hausse de 20 % de la sinistralité sous l’effet de l’augmentation de l’intensité moyenne des phénomènes cycloniques.
Pour La Réunion, les projections ne montrent pas de changement significatif du nombre ou de la trajectoire des cyclones. Leur intensité devrait toutefois croître. Les communes les plus urbanisées, notamment Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre, figurent aussi parmi les plus exposées.
Une sélectivité accrue selon la « qualité du risque »
L’IEDOM ne conclut pas à une remise en cause générale de l’assurabilité du territoire. Les assureurs interrogés considèrent toujours le risque cyclonique comme « un aléa assurable ». Mais la hausse attendue de la sinistralité pourrait avoir deux conséquences : un renchérissement de l’assurance et une sélection plus fine des dossiers.
Pour l’habitation, les primes pourraient ainsi davantage varier en fonction de la « qualité du risque ». L’exposition d’un logement à la submersion, aux éboulis ou à d’autres aléas entrerait plus fortement en ligne de compte. Cette sélectivité existe déjà chez certains assureurs, précise l’étude.
Le sujet dépasse donc le seul coût des catastrophes. Il touche aussi l’implantation des constructions et leur vulnérabilité réelle. Dans un territoire fortement exposé, deux bâtiments ne présentent pas nécessairement le même profil de risque selon leur localisation et leurs caractéristiques.
Après Garance, le respect des normes au cœur du sujet
C’est sur ce point que l’étude rejoint directement les enjeux du secteur de la construction. « La prévention passe aussi par la qualité du bâti », souligne l’IEDOM.
Les expertises réalisées après le cyclone GARANCE montrent, selon le document, que les normes actuelles sont adaptées à la majorité des cyclones, à condition d’être respectées. L’étude vise à la fois les pratiques des artisans et celles des particuliers dans le cadre de l’autoconstruction.
L’enjeu n’est donc pas uniquement de renforcer les règles. Il porte aussi sur leur application effective, la qualité d’exécution et la capacité des bâtiments à résister aux aléas pour lesquels ils ont été conçus.
L’IEDOM avance également une perspective plus structurante pour le marché : « Des contrôles systématiques de la qualité du bâti pourraient devenir nécessaires lors de la souscription d’un contrat. » Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une obligation annoncée. La formulation reste prospective.
Elle traduit néanmoins une évolution possible : dans un contexte de sinistralité croissante, les caractéristiques constructives d’un bien pourraient prendre davantage de poids dans l’appréciation assurantielle.
La prévention se joue aussi en amont du chantier. L’étude rappelle que les plans de prévention des risques doivent guider l’urbanisme. Leur non-respect augmente l’exposition des bâtiments et, par conséquent, la sinistralité.
Selon les travaux de la CCR cités par l’IEDOM, chaque euro investi dans la prévention des risques naturels permettrait d’éviter environ trois euros de dommages.
À La Réunion, la montée du risque climatique rapproche ainsi deux sujets longtemps traités séparément : construire pour résister et pouvoir rester assurable.
Sans annoncer un durcissement généralisé des contrats, l’étude pose un signal clair pour la filière : la qualité d’exécution, le respect des normes et l’implantation des bâtiments pourraient compter davantage à mesure que le coût des sinistres augmente.
Vous pouvez consulter l’ETUDE THEMATIQUE DE L’IEDOM ICI









