LA REUNION : la crise du logement change d’échelle

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La publication du rapport 2026 de la Fondation pour le Logement sur l’état du mal-logement à La Réunion met en évidence une aggravation nette des tensions. Les indicateurs convergent : plus de 2 500 personnes sans domicile en 2025 contre 1 800 en 2019, 51 422 ménages en attente d’un logement social, ou encore une production de logements aidés en recul. L’ensemble suggère un déséquilibre qui dépasse désormais la seule question de l’offre.


Une pression sociale qui s’intensifie

La dynamique sociale constitue le socle de cette tension. Le rapport indique que la pauvreté reste particulièrement élevée sur l’île, avec près de la moitié des jeunes et des enfants vivant dans un ménage pauvre. Dans ce contexte, le logement devient un facteur central de vulnérabilité.

La progression du sans-abrisme illustre cette pression. Le nombre de personnes sans domicile est estimé à plus de 2 500 en 2025, une hausse significative en quelques années, même si ces données restent à consolider par une enquête dédiée. Parallèlement, le recours aux dispositifs d’hébergement s’intensifie : 28 116 demandes ont été enregistrées en 2025, dont 43 % sont restées sans réponse.

Le surendettement suit la même trajectoire. 2 044 dossiers ont été déposés en 2025, soit une hausse de 20 % en un an après une progression déjà marquée en 2024. Cette évolution traduit une fragilisation progressive des ménages face aux dépenses contraintes, dont le logement constitue une part importante.

Un marché du logement de plus en plus inaccessible

Dans le même temps, le marché immobilier local apparaît de plus en plus déconnecté des capacités financières des ménages. Le rapport souligne que les niveaux de loyers atteignent environ 17 €/m² en médian, soit des niveaux comparables à certaines grandes villes hexagonales, malgré des revenus nettement plus faibles.

Cette tension se traduit concrètement par une exclusion croissante. Plus d’un ménage sur deux ne peut accéder au parc locatif privé, et plus des trois quarts ne disposent pas des revenus nécessaires pour acquérir un logement. Le taux d’effort dépasse fréquemment les seuils soutenables, accentuant les situations de fragilité résidentielle.

Une offre qui ne suit plus, notamment dans le logement social

Face à cette demande croissante, la production ne parvient pas à suivre. Le rapport indique qu’environ 6 300 logements sont autorisés chaque année, mais que la part réellement accessible aux ménages modestes diminue.

La production de logements très sociaux recule de manière continue. En 2025, seuls 2 120 logements aidés ont été financés, dont à peine 1 024 en LLTS-LLS, contre des volumes bien plus élevés au début des années 2010. Cette baisse structurelle intervient alors même que la demande atteint un niveau record.

Conséquence directe : les délais d’attente s’allongent et le taux de satisfaction des demandes diminue fortement. En 2025, seule une demande sur 8,3 a été satisfaite, contre une sur quatre en 2018.

Des mécanismes qui accentuent la tension du marché

Au-delà du déficit de production, plusieurs facteurs contribuent à déséquilibrer le marché. Le développement des locations touristiques constitue l’un des phénomènes les plus marquants : plus de 8 200 logements étaient recensés sur les plateformes type Airbnb et VRBO fin 2025, soit une progression de plus de 1 700 % en moins de dix ans.

Dans le même temps, plus de 20 000 logements privés restent vacants, dont une part importante depuis plusieurs années. Cette coexistence entre vacance et tension locative met en évidence des dysfonctionnements structurels du marché.

Les retards de livraison viennent également peser sur l’offre. Fin 2025, 8 604 logements financés n’étaient pas encore livrés, traduisant des difficultés opérationnelles liées notamment à la hausse des coûts, à la complexité des opérations et à la fragilité de certains acteurs.

Habitat indigne et conditions de logement dégradées

Le rapport souligne que, malgré une amélioration progressive du confort global, une part importante de la population reste confrontée à des conditions de logement dégradées. Près de 24 000 ménages vivent encore dans une habitation précaire, souvent exposée aux risques climatiques.

Certaines situations restent particulièrement critiques : absence d’eau chaude, défaut d’équipements sanitaires ou absence d’électricité. À ces conditions s’ajoute la question du parc indigne, dans lequel plusieurs milliers de ménages à bas revenus seraient exposés à des pratiques abusives, notamment de la part de propriétaires peu enclins à engager des travaux.

Une chaîne résidentielle sous tension

L’ensemble de ces éléments converge vers un même constat : la chaîne du logement apparaît aujourd’hui déséquilibrée à tous les niveaux. L’accès au logement est contraint, le maintien devient plus difficile, et les parcours résidentiels se bloquent.

Les expulsions en témoignent. L’année 2024 marque un niveau élevé avec 132 expulsions avec concours de la force publique, soit un doublement en 2 ans. Dans le même temps, plusieurs milliers de ménages font face à des impayés locatifs.

Ce blocage se retrouve également dans le parc social, où la faible mobilité limite les possibilités de réattribution. Le rapport indique que le taux de mobilité reste faible, traduisant un manque de fluidité du système résidentiel.


Consulter ici le Rapport Annuel 2026 de l’Etat du mal-logement à La Réunion


Le rapport met en évidence un déséquilibre structurel du système du logement à La Réunion, au-delà du seul déficit de construction. L’écart entre les besoins et les capacités de production continue de se creuser.