La GUADELOUPE verdit son mix électrique, mais reste dépendante à 84 %

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Le paysage énergétique guadeloupéen a connu plusieurs évolutions majeures en 2025. L’arrêt définitif de la production électrique à partir de charbon s’est accompagné d’une progression des énergies renouvelables et d’une hausse des ressources locales valorisées.

Le Bilan de l’énergie 2025 de l’Observatoire régional de l’énergie et du climat retrace ces transformations dans un territoire encore fortement dépendant des approvisionnements extérieurs. Une dépendance énergétique qui s’établit à 84 %.


 

Une consommation en baisse, des ressources locales en progression

En 2025, la consommation finale d’énergie s’établit à 6 596 GWh, en recul de 4,7 % par rapport à 2024. La baisse représente environ 324 GWh sur un an.

Ce mouvement doit cependant être interprété avec prudence. Il ne traduit pas uniquement une amélioration généralisée de l’efficacité énergétique ou une progression de la sobriété. Selon l’OREC, il s’explique principalement par la diminution de la consommation de carburant du transport maritime, en recul de 203 GWh. La demande de ce secteur reste particulièrement volatile.

Les transports demeurent de loin le premier poste de consommation finale, avec 68 % du total. L’électricité représente 24 %, devant la chaleur à 4 %, tandis que le butane et les combustibles comptent chacun pour 2 %.

À l’échelle de l’énergie primaire, la consommation atteint 10 157 GWh, soit une baisse de 8 % par rapport à 2024. Le bilan relie notamment cette évolution à la réduction de l’activité d’Albioma pendant la conversion de sa centrale thermique.

Dans le même temps, les ressources locales valorisées atteignent 1 586 GWh, en progression de 6 % sur un an. Cette hausse est portée par l’augmentation de la production issue notamment de la biomasse, du photovoltaïque et de l’éolien.

Le mouvement est donc double : la consommation globale recule tandis que la contribution des ressources locales augmente. Mais leur poids reste encore limité face aux volumes importés.

La fin du charbon transforme le mix électrique

Répartition de la production d’électricité selon la source d’énergie primaire en 2025 – Source : EDF Archipel Guadeloupe, Géothermie Bouillante, Albioma Le Moule, Syvade, Total Energies Renouvelables, EDF Renouvelables, SEC, Valorem

L’un des faits majeurs de 2025 intervient en juillet avec l’arrêt définitif de la production d’électricité à partir de charbon. Cette rupture modifie sensiblement la composition du mix électrique guadeloupéen.

La production totale d’électricité atteint 1 659 GWh, en baisse de 1,9 % sur un an. Malgré ce léger recul, la part des énergies renouvelables progresse nettement pour atteindre environ 35 %, contre 29 % en 2024. Le bilan associe directement cette évolution à la sortie du charbon en cours d’année et à son remplacement par de la biomasse.

La baisse du charbon est particulièrement marquée. La production électrique issue de cette ressource passe de 237 GWh en 2024 à 93 GWh en 2025. Dans le même temps, plusieurs filières renouvelables consolident leur place.

Le photovoltaïque atteint 133 GWh de production en 2025, contre 112 GWh l’année précédente. Le parc s’est également renforcé avec 2,5 MWc supplémentaires, notamment grâce à la mise en service de la centrale solaire de Beaugendre, à Vieux-Habitants, inaugurée en août 2025.

L’éolien produit pour sa part 90 GWh, soit 5,5 % de la production électrique totale. Cette filière progresse de 20 % en un an, une évolution que l’OREC attribue principalement à un gisement de vent plus favorable. Le parc compte désormais 69 aérogénérateurs.

La géothermie atteint 92 GWh, malgré l’indisponibilité d’une turbine en cours d’année, tandis que l’hydroélectricité progresse à 21 GWh, soit une hausse de 40 % par rapport à 2024.

Cette diversification s’inscrit dans un système électrique dont la puissance installée atteint 603 MW au 31 décembre 2025, en hausse de 2,7 % sur un an. Le parc comprend notamment 119,7 MW de photovoltaïque, 57 MW d’éolien, 33 MW de biomasse, près de 15 MW de géothermie et 11 MW d’hydraulique.

Pour autant, la sortie du charbon ne signifie pas encore la sortie des énergies fossiles. Les produits pétroliers assurent toujours 60 % de la production électrique en 2025. Le système électrique reste donc majoritairement adossé à une ressource importée.

Une dépendance énergétique toujours structurelle

Sources : EDF Archipel Guadeloupe, Géothermie Bouillante, Albioma Le Moule, SARA, GPAP, SIGL, Gardel, SIS Bonne Mère, Syvade, Total
ENR, EDF Renouvelables, SEC, Bologne, Solebam, Parc national de Guadeloupe, CGSS

Évolution de la dépendance énergétique en Guadeloupe – Sources : EDF Archipel Guadeloupe, Géothermie Bouillante, Albioma Le Moule, SARA, GPAP, SIGL, Gardel, SIS Bonne Mère, Syvade, Total ENR, EDF Renouvelables, SEC, Bologne, Solebam, Parc national de Guadeloupe, CGSS

C’est le principal paradoxe mis en évidence par le bilan. Malgré la progression des renouvelables et l’arrêt du charbon, la dépendance énergétique totale de la Guadeloupe reste proche de 84 %.

En 2025, le territoire a importé 9 139 GWh d’énergie primaire. Ces approvisionnements sont très largement constitués de produits issus du raffinage du pétrole, auxquels s’ajoutent du charbon sur une partie de l’année et des pellets de bois destinés à la production énergétique.

La dépendance vis-à-vis des seules énergies fossiles recule néanmoins autour de 77 %. Il s’agit d’un signal important, notamment après plusieurs années de fluctuations. La conversion de la centrale thermique et l’arrêt du charbon contribuent directement à cette évolution.

Mais la distinction entre dépendance énergétique et dépendance fossile est essentielle. Une réduction du recours au charbon ou au pétrole n’entraîne pas mécaniquement une hausse équivalente de l’autonomie du territoire. Une partie de la diversification repose en effet sur de la biomasse importée.

Cette évolution apparaît clairement dans les flux d’approvisionnement. Les importations de charbon passent de 137 819 tonnes en 2024 à 47 013 tonnes en 2025. À l’inverse, les importations de bois sous forme de pellets progressent de 82 356 à 145 912 tonnes sur la même période.

La transition engagée réduit donc progressivement la place des combustibles fossiles, sans supprimer le besoin de ressources extérieures. L’enjeu n’est plus seulement celui de la composition du mix, mais aussi celui de la capacité du territoire à développer durablement ses propres ressources énergétiques.

Les indicateurs climatiques traduisent néanmoins une amélioration. Les émissions de gaz à effet de serre liées au secteur énergétique reculent à 2,26 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025. Le contenu carbone de l’électricité diminue également pour atteindre 536 gCO₂/kWh, contre 594 gCO₂/kWh en 2024. L’OREC relie notamment cette baisse à la progression des renouvelables et à la forte diminution du charbon utilisé pour produire de l’électricité.

L’année 2025 marque ainsi moins l’aboutissement de la transition énergétique guadeloupéenne qu’un changement de trajectoire. Le charbon disparaît de la production électrique en cours d’année, les renouvelables gagnent du terrain et les ressources locales progressent. Mais avec 84 % de dépendance énergétique et une production électrique encore dominée par les produits pétroliers, l’autonomie du territoire reste largement à construire.


Source : Observatoire régional de l’énergie et du climat (OREC), « Bilan de l’énergie – Année 2025 », publication 2026.