À La Réunion, la pression sur le logement social ne cesse de s’intensifier. Dans un contexte marqué par la hausse du coût du logement et la fragilité économique d’une partie importante de la population, la demande continue de progresser plus vite que l’offre disponible. La dernière édition de l’Observatoire de la demande et des attributions dans le parc locatif social, réalisé par GEOD pour les bailleurs sociaux réunis au sein d’ARMOS Océan Indien, dresse un constat sans équivoque : les besoins restent massifs et le déficit de logements sociaux demeure structurel sur l’île.
Une demande de logement social qui dépasse désormais les 51 000 dossiers
La Réunion franchit un nouveau seuil dans la pression exercée sur son parc locatif social. À la fin de l’année 2025, 51 422 demandes de logement social actives sont enregistrées sur le territoire. Ce volume représente une hausse de 4 % en un an et confirme une tendance lourde observée depuis une décennie. Sur dix ans, la demande a progressé de 85 %, soit une croissance moyenne d’environ 8,5 % par an.
La répartition territoriale des demandes reste relativement stable. Trois grands bassins concentrent chacun près d’un tiers des dossiers : la CINOR, le Territoire de l’Ouest et le Grand Sud, tandis que la CIREST représente environ 13 % de la demande totale. Cette concentration illustre l’attractivité et la pression démographique qui s’exercent sur les principaux pôles urbains de l’île.
Au total, si l’on retire les demandes de mutation – c’est-à-dire les ménages déjà logés dans le parc social souhaitant changer de logement – le besoin net est estimé à près de 37 000 logements.

Une production de logements encore insuffisante face aux besoins
Face à cette demande croissante, les attributions de logements restent limitées. En 2025, 6 093 logements sociaux ont été attribués sur l’ensemble du territoire. Ce niveau marque une légère baisse par rapport à 2024 (6 392 attributions), mais demeure supérieur à celui observé en 2023, année particulièrement basse avec 5 350 logements attribués.
Malgré cette reprise relative, l’écart entre l’offre et la demande reste considérable. Concrètement, seule 1 demande sur 8 a pu être satisfaite au cours de l’année. Cette situation confirme l’existence d’un déficit structurel de production de logements sociaux sur l’île, dans un contexte où la croissance démographique, l’évolution des ménages et les contraintes foncières accentuent les tensions sur le marché du logement.
Des délais d’attente qui s’allongent
La conséquence directe de ce déséquilibre entre l’offre et la demande se traduit par un allongement des délais d’attente. En 2025, le délai moyen pour obtenir un logement social atteint 21 mois, dépassant pour la première fois la moyenne nationale, estimée à environ 20 mois.
La situation varie toutefois selon les territoires. Les tensions sont particulièrement fortes dans certaines intercommunalités. À la CIVIS, le délai moyen atteint 24 mois, tandis qu’il grimpe jusqu’à 27 mois dans le Territoire de l’Ouest, illustrant une pression particulièrement élevée sur ces secteurs.
Dans ces zones, les demandeurs doivent souvent patienter plusieurs années avant de se voir proposer un logement.
Des tensions très fortes selon les territoires
L’observatoire met également en évidence des disparités importantes entre les territoires réunionnais. L’indicateur de tension, qui mesure le rapport entre le nombre de demandes et le nombre d’attributions, atteint 8,1 demandes pour une attribution à l’échelle de l’île.
Certaines intercommunalités se trouvent dans une situation particulièrement critique. La CIVIS affiche ainsi un indicateur de 11,4, ce qui signifie que plus de onze ménages attendent pour chaque logement attribué. Le Territoire de l’Ouest suit avec un niveau de 9,7, tandis que la CINOR se situe dans la moyenne départementale avec 8,2.
À l’inverse, la CIREST et la CASUD présentent des niveaux de tension plus faibles, respectivement 6,8 et 4,9, même si ces territoires restent eux aussi confrontés à un déficit d’offre.
Une évolution des ménages qui transforme la demande
L’évolution de la structure des ménages contribue également à renforcer la pression sur le parc social. À La Réunion, 82 % des demandeurs vivent seuls, avec ou sans enfant, et près de 65 % des ménages demandeurs sont composés d’une ou deux personnes.
Cette transformation du profil des ménages entraîne une forte demande pour les petits logements. Plus de la moitié des demandes concerne des typologies T1 et T2, avec une part particulièrement importante pour les T2, qui représentent à eux seuls environ 32 % des demandes.
Cette évolution pose un défi pour les bailleurs sociaux et les aménageurs, qui doivent adapter la production de logements aux nouvelles configurations familiales.
Des demandeurs aux revenus très faibles
L’analyse socio-économique des demandeurs met en évidence une grande précarité. Le revenu mensuel moyen des ménages demandeurs s’établit à environ 1 380 €, soit 25 % de moins que la moyenne nationale, estimée à près de 1 870 €.
Environ 32 % des ménages disposent de moins de 1 000 € de revenus mensuels, et 19 % des demandeurs perçoivent le RSA, contre environ 9 % au niveau national. Ces données confirment que le parc social joue un rôle central pour l’accès au logement des ménages les plus fragiles.
Les situations de logement témoignent également de cette précarité : 28 % des demandeurs sont hébergés dans leur famille, une proportion deux fois supérieure à la moyenne nationale.
Un enjeu majeur pour la production de logements sociaux
Au total, l’observatoire confirme l’ampleur du défi auquel est confrontée La Réunion. Avec plus de 51 000 demandes de logement social et près de 37 000 besoins nets identifiés, la production actuelle ne permet pas de répondre à la demande croissante.
Si le parc social continue de jouer pleinement son rôle en faveur des ménages les plus modestes, l’écart entre l’offre et les besoins souligne la nécessité d’accélérer la production de logements sociaux abordables sur le territoire. Dans un contexte marqué par l’évolution des ménages, la pression démographique et les contraintes foncières, la question du logement social reste ainsi l’un des enjeux majeurs de l’aménagement et du développement urbain à La Réunion.









