GUADELOUPE. la Banque des Territoires et Bpifrance financent la géothermie de Bouillante aux côtés d’ORMAT

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Vue générale de la centrale de Bouillante. (c)Wikipedia

En Guadeloupe, la géothermie s’impose progressivement comme un levier stratégique de la transition énergétique.

Le 23 avril 2026, la Banque des Territoires et Bpifrance ont officialisé un financement conjoint en faveur de la centrale de Bouillante, exploitée par le groupe ORMAT. Cette opération vise à renforcer les capacités de production d’une infrastructure déjà clé pour l’approvisionnement électrique de l’île, tout en accompagnant sa montée en puissance.

Au-delà de l’annonce, ce financement s’inscrit dans une dynamique plus large : consolider une filière énergétique locale capable de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Une centrale déjà structurante pour le système énergétique local

Implantée depuis plus de 30 ans en Guadeloupe, la centrale de « Géothermie Bouillante » constitue aujourd’hui l’un des principaux outils de production d’énergie renouvelable du territoire. Avec une puissance installée de 15,5 MW, elle couvre près de 10 % des besoins électriques de l’île .

Son fonctionnement repose sur l’exploitation d’un réservoir géothermique situé à environ 1 200 mètres de profondeur, où la température atteint près de 260 °C. Cette ressource permet de produire une électricité continue, indépendante des conditions climatiques, et d’éviter l’émission d’environ 220 000 tonnes de CO₂ chaque année.

Ces caractéristiques en font une infrastructure déjà structurante dans le mix énergétique guadeloupéen.

Un financement pour accompagner un changement d’échelle

Le projet annoncé repose sur un financement conjoint associant un investissement de 3,2 millions d’euros de la Banque des Territoires et un prêt de 22 millions d’euros de Bpifrance.

Ces ressources doivent permettre d’engager plusieurs opérations, notamment la réalisation de forages exploratoires, la modernisation des installations existantes et l’optimisation des performances énergétiques. L’objectif est d’améliorer l’efficacité de la centrale tout en réduisant les coûts d’exploitation.

Cette phase marque une évolution du projet, qui passe d’une infrastructure déjà opérationnelle à un outil appelé à jouer un rôle plus central dans le système énergétique local.

Une montée en puissance industrielle à horizon 2030

Au-delà des améliorations techniques, la centrale de Bouillante vise une augmentation significative de sa capacité de production dans les prochaines années. L’objectif affiché est d’atteindre 50 MW installés d’ici 2030, soit plus du triple de la capacité actuelle.

À ce niveau, la centrale pourrait couvrir environ 20 % des besoins électriques de la Guadeloupe, renforçant ainsi son rôle dans l’équilibre du réseau .

Cette trajectoire suggère un passage à une échelle industrielle plus marquée pour la géothermie, avec un impact direct sur la structuration du mix énergétique.

Un levier pour la souveraineté énergétique des territoires d’Outre-mer

Dans un territoire insulaire fortement dépendant des importations d’énergies fossiles, le développement de la géothermie apparaît comme une réponse aux enjeux de souveraineté énergétique.

En diversifiant les sources de production et en sécurisant l’approvisionnement, ce type de projet contribue à renforcer la résilience du réseau électrique. Il s’inscrit également dans les objectifs nationaux, notamment la Stratégie nationale bas-carbone et le plan France 2030, qui prévoient un développement accru des énergies renouvelables .

Un projet inscrit dans une dynamique industrielle et régionale

Au-delà du territoire guadeloupéen, la centrale de Bouillante pourrait également jouer un rôle à l’échelle régionale. L’exploitant ORMAT ambitionne de faire de ce site un point d’appui pour le développement de la géothermie dans la Caraïbe, notamment en exportant son expertise vers d’autres îles.

Dans cette perspective, les différents partenaires mettent en avant des objectifs convergents, à la fois industriels, énergétiques et territoriaux.

Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, souligne ainsi que « Ce partenariat illustre notre engagement à accélérer la transition énergétique des territoires, en particulier dans les zones insulaires où la géothermie représente une solution durable et compétitive. En soutenant la centrale « Géothermie Bouillante », le groupe Caisse des Dépôts et ses filiales contribuent à la fois à la décarbonation de l’économie guadeloupéenne et à la création d’emplois locaux. »

Du côté de Bpifrance, Hervé Lelarge met en avant la dimension industrielle du projet : « La géothermie est une filière d’avenir pour la France, avec un potentiel encore sous-exploité. Ce financement conjoint avec la Banque des Territoires démontre notre capacité à mobiliser des solutions financières innovantes pour des projets industriels ambitieux, tout en réduisant les risques pour les porteurs de projets. »

Doron Blachar, directeur général d’ORMAT Technologies, insiste sur le rôle structurant de la centrale de Bouillante pour le territoire guadeloupéen. Il a déclaré « Nous sommes fiers de faire partie de ce partenariat stratégique visant à développer la production et l’adoption de l’énergie géothermique sur l’île de la Guadeloupe. La centrale de Bouillante est un actif clé pour la région, fournissant une source fiable d’énergie propre et renouvelable, tout en jouant un rôle essentiel dans le renforcement de la résilience énergétique de l’île. Nous nous réjouissons de collaborer étroitement avec les parties prenantes, la Banque des Territoires et Bpifrance, pour déployer nos capacités de pointe en matière de production géothermique et transformer le paysage énergétique de la région, tout en améliorant la qualité de vie des habitants. »



Ce financement conjoint marque une nouvelle étape dans le développement de la géothermie en Guadeloupe. À travers la montée en puissance de la centrale de Bouillante, ce projet illustre une évolution progressive du modèle énergétique des territoires d’Outre-mer, où les infrastructures renouvelables tendent à occuper une place croissante dans la production et la sécurisation de l’électricité.