Lors du Salon des Bâtisseurs 2026 en Martinique, la conférence consacrée à l’apprentissage dans le BTP a rapidement dépassé la simple présentation des dispositifs de formation. À travers l’intervention de Sarah Duval, chargée de communication et formatrice référente qualité à l’AMEP OF/CFA BTP, se dessine une problématique plus large : celle du renouvellement des compétences dans un secteur confronté à des besoins de main-d’œuvre qualifiée, mais aussi à des difficultés persistantes de recrutement et d’insertion.

Une formation pensée pour rapprocher rapidement les jeunes du terrain
Dans la conférence, l’alternance est présentée comme un modèle directement connecté aux réalités opérationnelles du secteur. Le principe repose sur une articulation entre enseignement théorique au CFA et immersion en entreprise, avec un statut salarié pleinement assumé.
Comme le rappelle Sarah Duval, « le jeune apprend, il est rémunéré et il devient immédiatement utile à l’économie du pays ». Une formulation qui traduit bien la logique défendue : former des profils capables d’intégrer rapidement les besoins du terrain.
L’apprentissage concerne principalement les jeunes en formation initiale, du CAP au BTS, tandis que les contrats de professionnalisation s’adressent davantage aux adultes en reconversion ou aux demandeurs d’emploi. Dans les deux cas, l’objectif reste similaire : associer acquisition de compétences et expérience professionnelle.
La conférence insiste également sur un point souvent rappelé dans le secteur : l’apprenti reste un salarié à part entière. Temps de repos, congés, rémunération ou conditions de travail relèvent donc des mêmes obligations que pour les autres employés de l’entreprise.
Un modèle économique conçu pour réduire le coût d’entrée pour les entreprises
Au-delà de la formation, l’intervention met en avant un ensemble de mécanismes destinés à rendre l’apprentissage plus accessible aux employeurs.
Aides de l’État, participation des OPCO, accompagnement de la Collectivité Territoriale de Martinique, soutien de France Travail ou encore dispositifs portés par la Mission Locale : l’écosystème présenté cherche à limiter le reste à charge pour les entreprises tout en sécurisant le parcours des apprentis.
Pour Sarah Duval, l’apprentissage ne doit plus être perçu comme un risque financier pour les employeurs. « Investir dans un apprenti, c’est vraiment préparer la croissance de son entreprise à moindre coût », explique-t-elle.
La conférence montre également que ces dispositifs dépassent la seule dimension financière. Les problématiques de mobilité, de logement ou d’accès au permis de conduire apparaissent comme des facteurs importants dans la réussite des parcours. À ce titre, la Mission Locale est présentée comme un acteur central dans l’accompagnement des jeunes avant et pendant leur contrat.
Derrière le modèle, des difficultés encore bien présentes
Si l’apprentissage est présenté comme un levier d’insertion efficace, les échanges mettent aussi en lumière plusieurs fragilités persistantes.
L’une des principales concerne les ruptures de contrat. Selon Sarah Duval, certaines entreprises rencontrent des difficultés à assumer pleinement leur rôle de maître d’apprentissage.
Derrière cette fonction se trouvent pourtant des obligations concrètes : transmettre les compétences, suivre le référentiel de formation et accompagner le jeune dans sa progression.
La conférence évoque également des situations plus problématiques, où l’apprenti est davantage considéré comme une ressource de production immédiate que comme un salarié en formation. « Il prend un apprenti pensant plus l’utiliser que le former », souligne ainsi l’intervenante.
Autre difficulté évoquée : le placement des jeunes. Le CFA BTP indique développer de plus en plus de partenariats avec les entreprises afin de faciliter l’intégration des apprentis, dans un contexte où l’accès à une structure d’accueil peut devenir plus complexe.
Ces constats apportent une lecture plus nuancée du sujet. Ils montrent que le développement de l’apprentissage repose aussi sur la capacité des entreprises à encadrer durablement les parcours.
Le CFA BTP cherche à élargir son rôle au-delà de la formation
À travers sa présentation, l’AMEP OF/CFA BTP se positionne également comme un acteur d’accompagnement plus large.
Le centre, implanté sur un domaine d’environ 8 hectares et capable d’accueillir jusqu’à 600 apprenants, met en avant ses plateaux techniques, ses ateliers spécialisés et ses équipements pédagogiques. Mais au-delà des infrastructures, la conférence insiste surtout sur la notion de suivi.
Le CFA affirme accompagner les apprentis en cas de rupture de contrat, mais aussi après l’obtention du diplôme, parfois plusieurs mois après leur sortie du centre. L’objectif affiché est de maintenir un lien avec les jeunes et de suivre leur insertion dans le secteur.
La question de l’inclusion est également abordée, notamment à travers l’accueil de personnes en situation de handicap et l’adaptation pédagogique des formations.
Par ailleurs, plusieurs partenariats sont évoqués autour de la mobilité nationale et internationale, dans une logique d’ouverture progressive des parcours professionnels.
Un enjeu qui dépasse la seule question de la formation
À travers cette conférence, l’apprentissage apparaît finalement comme un sujet qui dépasse largement le cadre pédagogique.
Pour les entreprises du BTP, il constitue un outil de renouvellement des compétences dans un contexte où les besoins de main-d’œuvre qualifiée restent importants. Pour les structures de formation, il implique un accompagnement de plus en plus étendu, allant de l’orientation jusqu’au suivi social ou professionnel des jeunes.
L’intervention de l’AMEP OF/CFA BTP met ainsi en évidence une réalité plus large : derrière la formation des apprentis se joue aussi la capacité du secteur à préparer sa relève et à stabiliser ses futurs professionnels.
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