Le signal est là, mais il reste mesuré. À La Réunion, le secteur du bâtiment et des travaux publics amorce en 2025 une sortie de cycle après deux années de repli. Le chiffre d’affaires repart à la hausse, les mises en chantier progressent de nouveau et les défaillances reculent. Pourtant, la synthèse annuelle de l’IEDOM publiée en avril 2026 invite à une lecture nuancée : la reprise se dessine, mais elle demeure fragile, encore dépendante des conditions de financement et freinée par plusieurs facteurs conjoncturels.
« Après deux années de baisse, le chiffre d’affaires du secteur de la construction progresse de 4,2 % en 2025, tandis que les mises en chantier de logements individuels remontent de 2 600 à 2 900 unités. »
Dans un territoire où le BTP constitue un levier structurant de l’économie, ces évolutions marquent un tournant. Elles mettent fin à une phase de contraction, sans pour autant traduire un véritable changement de dynamique.
Un redémarrage tiré par la baisse des taux
L’amélioration observée en 2025 repose d’abord sur un facteur bien identifié : l’assouplissement des conditions de financement.
La baisse des taux d’intérêt amorcée en 2024 se poursuit et commence à produire des effets concrets. Le marché immobilier redémarre progressivement, avec un volume de transactions en hausse de 14,1 % sur un an, tandis que les crédits à l’habitat repassent légèrement dans le positif (+0,3 %, après -0,2 % en 2024).
Du côté des entreprises, les signaux sont similaires. Les encours de crédits à l’équipement progressent de 4,2 %, après +1,2 % l’année précédente. Plus largement, les crédits d’investissement augmentent de 3,9 %, traduisant un retour progressif des projets, notamment au second semestre.
Ces évolutions suggèrent que la reprise du BTP repose en grande partie sur un environnement financier redevenu plus favorable. Mais cette dynamique reste encore partielle, dans un contexte où la demande demeure prudente.
Une activité en hausse, mais encore en phase de consolidation
Après une année 2024 marquée par un recul marqué (-8,5 % de chiffre d’affaires dans la construction), l’année 2025 marque un retournement. L’activité repart à la hausse, soutenue par la baisse des coûts et un contexte moins inflationniste.
Les charges d’exploitation s’allègent, dans le sillage de la modération des prix des intrants. L’index général du bâtiment et des travaux publics recule légèrement (-0,1 %), confirmant cette stabilisation.
Dans le même temps, les défaillances d’entreprises diminuent sensiblement dans le secteur (-10,5 %), contribuant à une baisse globale de -1,2 % tous secteurs confondus.
Mais cette amélioration reste relative. Les défaillances demeurent encore nettement supérieures à leur niveau d’avant 2020 — de l’ordre de 50 % au-dessus — ce qui met en évidence la fragilité persistante du tissu économique. L’activité repart, mais les équilibres financiers restent sous tension.
Logement : un redémarrage qui ne comble pas les besoins
Le redémarrage des mises en chantier constitue l’un des signaux les plus visibles de cette reprise.
En 2025, le nombre de logements individuels lancés augmente, passant de 2 600 à 2 900 unités. Cette évolution marque une inflexion après plusieurs années de recul.
Mais ce redressement reste limité au regard des besoins du territoire. Les estimations évoquent un besoin d’environ 6 000 logements par an. Le niveau actuel de production couvre donc à peine la moitié de la demande structurelle.
« Malgré la reprise des mises en chantier, le rythme de production reste très inférieur aux besoins estimés, ce qui met en évidence un déséquilibre durable entre offre et demande de logements. »
Ce décalage souligne une tension de fond. La reprise observée en 2025 améliore la situation conjoncturelle, sans pour autant répondre aux enjeux structurels du logement à La Réunion.
À cela s’ajoute un environnement fiscal moins favorable. La fin des dispositifs Pinel et Girardin réduit les incitations à investir dans le logement neuf, ce qui pourrait freiner la dynamique dans les années à venir.
Une commande publique en retrait, entre fin de cycle et nouveaux projets
Si l’investissement privé soutient la reprise, la commande publique apparaît en retrait en 2025.
Les crédits de paiement dédiés à la construction publique, au génie civil et aux infrastructures routières reculent de 1,7 % à fin septembre par rapport à l’année précédente. Cette évolution intervient dans un contexte particulier, marqué par la fin de plusieurs projets structurants.
Dans le même temps, les nouveaux chantiers d’envergure — notamment liés aux infrastructures routières — ne sont pas encore pleinement engagés. Ce décalage crée un creux d’activité, perceptible pour les entreprises du secteur.
Dans un territoire où la commande publique joue un rôle déterminant, cette phase de transition peut peser sur la visibilité des acteurs. Elle suggère une activité encore dépendante du calendrier des investissements publics.

Une année marquée par des chocs conjoncturels
L’année 2025 a également été marquée par plusieurs événements qui ont pesé sur l’activité.
Le passage du cyclone Garance, en février, a causé des dégâts importants sur les bâtiments, les infrastructures et les exploitations agricoles. Les dommages assurés sont estimés à 400 millions d’euros, et une entreprise sur deux déclare avoir été affectée.
Parallèlement, l’épidémie de chikungunya a perturbé l’activité au premier semestre. Plus des trois quarts des entreprises interrogées indiquent avoir subi des impacts sur leur activité au deuxième trimestre.
À ces chocs s’ajoutent des incertitudes économiques. 63 % des professionnels estiment que leur activité a été affectée par les débats budgétaires nationaux, notamment autour des exonérations de charges et des aides à l’investissement.
Ces éléments contribuent à expliquer pourquoi la reprise reste mesurée malgré un environnement financier plus favorable.
Un climat des affaires en amélioration progressive
L’indicateur du climat des affaires progresse légèrement en 2025, atteignant 96,4 points en moyenne annuelle, contre 95,1 points en 2024. Il se rapproche ainsi de sa moyenne de long terme.
Les chefs d’entreprise estiment que leur chiffre d’affaires global augmente de 0,3 %, après une baisse de -0,8 % l’année précédente. Les anticipations d’investissement s’améliorent en fin d’année, atteignant leur plus haut niveau depuis trois ans.
Ces évolutions suggèrent un regain de confiance, sans pour autant traduire un basculement vers une phase d’expansion.
2026 : une reprise encore sous conditions
Les perspectives pour 2026 apparaissent contrastées. D’un côté, plusieurs facteurs sont favorables : une inflation en baisse (+1,4 % en 2025 contre +2,8 % en 2024), des salaires en progression (+1,8 % dans le secteur privé) et des conditions de financement plus souples.
De l’autre, des incertitudes persistent. Les tensions géopolitiques sur les marchés énergétiques pourraient renchérir les coûts, notamment dans les transports et les matériaux. Les contraintes budgétaires nationales pourraient également limiter la capacité d’investissement public.
Dans ce contexte, l’économie réunionnaise devrait rester bien orientée, sans pour autant garantir une accélération franche du secteur du BTP.
À retenir
- Le BTP réunionnais amorce en 2025 une sortie de cycle après deux années de recul.
- La baisse des taux d’intérêt constitue le principal moteur de la reprise.
- La production de logements reste très inférieure aux besoins structurels du territoire.
- La commande publique, en phase de transition, limite l’ampleur de la reprise.
- Le secteur reste exposé à des fragilités malgré l’amélioration des indicateurs.










