MAYOTTE. le torchis passe du savoir-faire au test grandeur nature

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À Doujani, le projet Davu Dago expérimente le torchis sur un chantier de logements en combinant terre du site et fibres végétales locales. Cinq formulations ont été testées à l’échelle 1, puis observées pendant 60 jours afin d’ajuster leur composition et leur mise en œuvre.


Cinq mélanges testés grandeur nature

Le torchis appartient à l’histoire constructive de Mayotte. Jusqu’aux années 1980, près de 90 % des logements étaient constitués de structures légères associant notamment bois ou bambou, raphia et torchis. Davu Dago repart de cette technique, mais dans le cadre d’un chantier contemporain de logements sociaux.

Ici, le torchis n’est pas porteur. Il constitue un remplissage appliqué sur un lattis en bambou, lui-même intégré à la structure du bâtiment.

Avant la mise en œuvre, les équipes ont étudié la terre disponible sur le site ainsi que plusieurs fibres végétales récoltées à Mayotte. L’objectif était notamment de valoriser la terre issue des terrassements. 6 sources de fibres ont été examinées, parmi lesquelles le padis, les feuilles de bananier, la bourre de coco, le vétiver et des fibres issues du bambou.

Les essais à l’échelle 1 ont ensuite été conduits en deux phases, les 25 juin et 7 juillet 2025.

Trois premières formulations ont été mises en œuvre :

  1. terre-padis,
  2. terre-padis-feuille de bananier,
  3. terre-padis-feuille de bananier-sable.

Deux variantes supplémentaires ont ensuite permis d’ajuster les proportions et la méthode de pose.

Les cinq mélanges ont été observés à J0, J+12 et J+60.

Les différences sont apparues dès les premiers essais. Le mélange terre-padis s’est montré plus friable et plus difficile à travailler.

Celui associant padis et feuille de bananier présentait une texture plus homogène et une mise en œuvre plus souple. L’ajout de sable a, dans certaines conditions, amélioré l’adhérence au lattis, sans supprimer pour autant les problèmes de fissuration.

Réduire l’eau pour mieux maîtriser le séchage

Les premières observations ont conduit les équipes à modifier les formulations. La quantité d’eau est notamment apparue comme un paramètre déterminant.

Lors de la seconde phase, un mélange associant terre, padis et feuille de bananier avec une teneur en eau réduite a présenté une bonne adhérence au lattis et une texture homogène. Peu de craquelures apparaissaient à J+12.

À J+60, les fissures étaient toujours présentes, mais stabilisées et considérées comme compatibles avec la réalisation ultérieure d’un enduit.

Cette formulation, désignée comme mélange 4 dans le livret, est présentée comme la plus aboutie à ce stade de l’expérimentation. Les essais montrent également que la finesse des fibres et le traitement de surface peuvent encore être ajustés pour limiter davantage les craquelures.

Il ne s’agit donc pas de retrouver une recette ancienne à l’identique. Le travail porte sur les proportions, la teneur en eau, la taille des fibres et le comportement du matériau pendant son séchage.

Du mélange traditionnel au protocole de chantier

La méthode de préparation conserve pourtant un principe traditionnel : le torchis est mélangé dans une fosse réalisée à proximité du bâtiment.

Sur Davu Dago, cette pratique est davantage encadrée. Un film d’étanchéité est installé dans la fosse afin de contrôler l’eau et d’éviter les pertes. La terre est d’abord introduite et mélangée, puis les fibres sont quantifiées avant d’être ajoutées. L’eau est ensuite mesurée et incorporée jusqu’à l’obtention d’un mélange homogène.

Un protocole de ce type a été mis en œuvre sur le chantier le 11 juillet 2025.

Cette étape illustre directement la démarche du projet : conserver le principe d’une technique connue à Mayotte tout en précisant les quantités, les étapes de préparation et les conditions de mise en œuvre.

Le chantier permet également d’observer le comportement réel du torchis sur son support en bambou. L’adhérence au lattis, le retrait au séchage et la fissuration deviennent ainsi des critères suivis au même titre que la facilité de mise en œuvre.

Des enduits encore à ajuster

Le remplissage ne constitue que la première étape. Une fois le torchis suffisamment stable, il doit recevoir un enduit capable de protéger le mur et d’assurer la finition.

Les recherches ont donc été prolongées avec 5 mélanges d’enduit à l’échelle 1. Une première phase a été réalisée en septembre 2025, puis une seconde en janvier 2026. Les formulations associaient notamment terre, sable, padis et chaux.

Les observations ont porté sur le séchage, l’humidité, les frottements et les impacts.

Les mélanges non fibrés ont montré une résistance mécanique limitée et une fissuration plus importante. L’association terre, sable, fibres de padis et chaux a donné les résultats les plus satisfaisants parmi les formulations testées. Le livret recommande néanmoins encore des ajustements de composition et de mise en œuvre.

Tous les essais prévus n’ont par ailleurs pas pu être conduits. Des analyses complémentaires devaient notamment porter sur la composition de la terre, la résistance à la compression et le comportement hygrométrique. Au moment de la rédaction du livret, le laboratoire concerné était toujours hors service après le passage du cyclone CHIDO en décembre 2024.


Les Deux livrets sont consultable sur le site Pergola-Outremer suivant ce lien : https://www.pergola-outremer.fr/