
Face aux défis de l’adaptation climatique, les solutions constructives développées dans les Outre-mer suscitent un intérêt croissant au-delà de leurs territoires d’origine. Lors du salon Batimat 2026, plusieurs professionnels et institutions ont présenté des applications concrètes de ces expertises, de l’architecture bioclimatique à la valorisation des matériaux locaux.
Réunis le 30 septembre à Paris, dans le cadre du lancement du Forum de la construction durable en Outre-mer (ForOM), architectes, représentants institutionnels et professionnels du bâtiment ont échangé sur les techniques développées pour répondre aux contraintes climatiques et géographiques des territoires ultramarins.
Les discussions ont également porté sur leur reconnaissance technique et leur diffusion à plus grande échelle.
Des solutions constructives adaptées aux réalités locales
À La Réunion, les travaux sur l’architecture bioclimatique illustrent cette capacité d’adaptation. Frédéric Boyer, architecte et conseiller du commerce extérieur de la France, a présenté plusieurs principes de conception développés pour améliorer le confort thermique des bâtiments : protections solaires, ventilation traversante, exploitation des vents dominants et circulation naturelle de l’air.
Ces approches permettent de limiter le recours à la climatisation en privilégiant les caractéristiques du bâtiment et de son environnement. L’architecte a notamment évoqué des réalisations universitaires et aéroportuaires intégrant des dispositifs de ventilation naturelle.
D’autres territoires développent leurs propres filières. À Mayotte, la construction en briques de terre comprimée bénéficie de plusieurs décennies d’expérience, aujourd’hui valorisées à travers des projets de coopération régionale comme AMATECO.
En Guyane, les démarches portent notamment sur la reconnaissance de matériaux locaux et la valorisation de ressources disponibles dans le territoire.
Une expertise mobilisée pour rafraîchir les bâtiments hexagonaux
Cette expérience intéresse désormais les programmes nationaux d’adaptation au changement climatique.
Christophe Dreuil, chargé de mission au service Bâtiment de l’ADEME, a présenté le programme Adapt Bâti Confort, consacré à l’expérimentation de solutions de rafraîchissement sobres en énergie.
Le dispositif réunit 50 projets pilotes dans quatre régions hexagonales, avec l’appui de 9 experts ultramarins mobilisés en partenariat avec l’Agence Qualité Construction (AQC).
Leur contribution porte sur l’analyse des solutions proposées, les conditions de mise en œuvre et les usages des bâtiments. Les retours d’expérience accumulés dans les climats tropicaux doivent notamment permettre de mieux évaluer les dispositifs de ventilation naturelle et les conditions de leur utilisation par les occupants.
La reconnaissance des matériaux reste un enjeu
Malgré ces avancées, plusieurs intervenants ont souligné les difficultés liées à la qualification technique, à la certification et à l’assurabilité de certains matériaux ou procédés constructifs.
La sénatrice de La Réunion Audrey Bélim a rappelé les dispositions de la loi du 13 juin 2025, qui prévoit notamment la création de comités référentiels construction pour contribuer à l’adaptation des référentiels aux spécificités locales. Leur mise en œuvre doit s’inscrire dans le cadre réglementaire applicable, sans remettre en cause les exigences de qualité et de sécurité.
En Guyane, la Collectivité territoriale a ainsi engagé des travaux portant sur une vingtaine de matériaux et l’élaboration de trois référentiels locaux, selon les informations présentées durant les échanges.
Le lancement du ForOM s’inscrit dans cette dynamique de structuration. Porté par l’AQC et les acteurs de la construction durable ultramarine, il vise notamment à favoriser la mutualisation des connaissances, les échanges entre professionnels et la reconnaissance des solutions développées dans les territoires.








