MARTINIQUE. Le BTP reste en retrait au deuxième trimestre 2026

0
écoles parasismiques Martinique
(c) DEAL de la Martinique

Le BTP martiniquais reste en retrait au deuxième trimestre 2026. Les ventes de ciment reculent de 4 %, les importations d’éléments métalliques de 17,6 % et les attestations de conformité électrique de 6,9 %. Les effectifs et les perspectives d’investissement demeurent également mal orientés.

L’économie martiniquaise marque le pas. L’indicateur du climat des affaires s’établit à 99,9, en baisse de 2,5 points sur un trimestre. Malgré une amélioration portée exclusivement par le tourisme, la construction reste en difficulté. Selon l’IEDOM, « les indicateurs du secteur du BTP continuent globalement de se dégrader ».


Le ciment et les éléments métalliques en recul

Les ventes de ciment ont diminué de 4 % entre le premier et le deuxième trimestre 2026, en données corrigées des variations saisonnières. La baisse prolonge une tendance déjà visible depuis plusieurs trimestres dans les données recueillies auprès de Ciment Antillais.

Le recul est encore plus marqué pour les importations d’éléments métalliques destinés à la construction.

Celles-ci chutent de 17,6 % sur le trimestre, toujours en données corrigées des variations saisonnières. Cette évolution constitue le signal le plus défavorable parmi les indicateurs matériels présentés par l’IEDOM.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les ventes de ciment et les importations de matériaux renseignent sur l’orientation du marché, mais ne mesurent pas directement le chiffre d’affaires du secteur ni le nombre de chantiers en cours.

Le niveau des stocks et le calendrier des approvisionnements peuvent également influencer leur évolution.

Les importations de carrelage progressent, à l’inverse, de 5,1 % au deuxième trimestre. Cette hausse isolée apporte une nuance, sans remettre en cause la tendance générale observée dans le BTP.

Un ralentissement de la construction neuve

Les données relatives aux installations électriques confirment la faiblesse de la construction neuve. Le nombre d’attestations de conformité électrique délivrées recule de 6,9 % sur le trimestre, en données corrigées des variations saisonnières.

Utilisées comme un indicateur de l’avancement ou de l’achèvement des nouvelles constructions, ces attestations permettent d’apprécier indirectement la dynamique des livraisons. Leur diminution traduit, selon l’IEDOM, un ralentissement de la construction neuve en Martinique.

Le rapport ne précise cependant ni le nombre de logements concernés ni la répartition entre bâtiments résidentiels et locaux professionnels. Ce résultat vient néanmoins compléter les baisses enregistrées dans les ventes de ciment et les importations d’éléments métalliques.

Des effectifs orientés à la baisse

Le solde d’opinion des chefs d’entreprise sur l’activité du BTP stagne au deuxième trimestre, mais demeure en territoire négatif. Cette stabilisation ne correspond donc pas encore à une reprise : elle signifie que l’appréciation de l’activité cesse de se dégrader, tout en restant défavorable.

Les effectifs du secteur sont également orientés à la baisse. L’IEDOM ne communique pas de variation chiffrée propre à la construction, mais ce constat traduit une prudence accrue des entreprises face au manque de visibilité.

À l’échelle de l’ensemble de l’économie martiniquaise, le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C, hors RSA et jeunes en parcours, augmente de 2,6 % sur le trimestre.

La demande de travail temporaire diminue parallèlement de 5 % en avril et mai par rapport au premier trimestre, et de 10 % par rapport aux mêmes mois de 2025.

Ces évolutions ne sont pas spécifiques au BTP, mais elles confirment une dégradation plus générale du marché du travail.

L’investissement demeure fragile

L’investissement des entreprises martiniquaises reste en retrait.

Les importations de biens d’investissement diminuent de 2,3 % au deuxième trimestre, tandis que les encours de crédits à l’investissement reculent de 0,2 % sur trois mois, après une baisse de 2,6 % au premier trimestre.

Ces données concernent l’ensemble des entreprises de l’île. L’enquête de conjoncture identifie cependant explicitement la construction parmi les secteurs dont les perspectives d’investissement sont les plus mal orientées, aux côtés de l’agriculture, de l’agroalimentaire et du tourisme.

La dégradation des trésoreries pèse également sur les décisions des entreprises. La hausse du coût de l’énergie, la progression limitée des prix de vente et le maintien de délais de paiement élevés réduisent leurs marges de manœuvre.

L’augmentation des stocks signalée par certains dirigeants pourrait, selon l’IEDOM, traduire un ralentissement des ventes ou l’anticipation d’une hausse du prix des intrants.

Le MACF et la LBU préoccupent le secteur

À ces difficultés conjoncturelles s’ajoutent deux sources d’inquiétude. La première concerne la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ou MACF, auquel les professionnels associent une pression supplémentaire sur les prix.

Le rapport ne chiffre pas son incidence sur les matériaux acheminés en Martinique. Le sujet reste néanmoins sensible pour un territoire dépendant largement des importations et déjà confronté à des coûts élevés de transport, d’énergie et d’approvisionnement.

La seconde préoccupation porte sur une éventuelle réduction supplémentaire de la ligne budgétaire unique. L’IEDOM la présente comme le « principal outil de financement du logement social en outre-mer ».

Une contraction de cette enveloppe pourrait peser sur la programmation des opérations et, par conséquent, sur les perspectives de commande des entreprises.

Le maintien annoncé des exonérations de charges sociales de la LODEOM et du régime d’aide fiscale à l’investissement productif dans le projet de loi de finances pour 2027 apporte néanmoins un élément plus favorable.

Selon l’IEDOM, ces dispositifs devraient offrir davantage de visibilité aux entreprises martiniquaises en matière d’investissement et d’emploi.

Le BTP martiniquais aborde ainsi le troisième trimestre sans signal tangible de reprise.

L’évolution des commandes, des investissements et du financement du logement social sera déterminante pour savoir si la stabilisation de l’opinion des entreprises annonce un point bas ou la prolongation du ralentissement.


Martinique

Source : IEDOM – Tendances conjoncturelles au 2è trimestre 2026 de la Martinique