Adoptée le 20 août 2026, la nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte fixe le cap jusqu’en 2030. Dans les Outre-mer, son application devra composer avec la concentration des constructions sur le littoral, la rareté du foncier et la superposition des risques naturels.
Près de 20 % des côtes françaises reculent, selon le Cerema. Un phénomène que le changement climatique devrait accentuer, exposant davantage les logements, les équipements et les activités proches du rivage. Pour préparer les territoires, le programme 2025-2030 prévoit 60 mesures autour de la connaissance, de l’adaptation, des outils opérationnels, de la sensibilisation et du financement.
Anticiper le recul plutôt que fixer le littoral
La Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) réaffirme le principe consistant à « vivre avec le recul du trait de côte plutôt que lutter contre ». Elle n’écarte pas les ouvrages de défense, mais invite à ne plus considérer digues, enrochements ou rechargements en sable comme des réponses systématiques.
Les opérations de fixation devront être réservées aux secteurs présentant de forts enjeux, après examen des solutions alternatives.
Leur maintien pourra aussi s’inscrire dans une trajectoire prévoyant, à plus long terme, la relocalisation des biens et des activités menacés, voire le démantèlement des ouvrages devenus inadaptés.
La stratégie appelle parallèlement à limiter fortement l’urbanisation dans les zones soumises à un recul actuel ou futur. Les nouveaux projets ne pourront y être envisagés qu’à condition de réduire la vulnérabilité du territoire et d’en renforcer la résilience.
Une recomposition spatiale sous contraintes
La SNGITC concerne la France hexagonale, la Corse et les départements et régions d’outre-mer. Le document recense 107 communes littorales dans les DROM, qui concentrent 11 % des 7 500 km² de zones basses situées dans les départements côtiers français.
La recomposition spatiale y soulève cependant des difficultés particulières. La population, les infrastructures et les activités économiques sont souvent regroupées sur une bande côtière étroite.
Le relief, l’insularité et la rareté des terrains limitent les possibilités de repli, tandis que l’ouverture de nouveaux espaces à l’urbanisation risque d’accroître la pression sur les terres agricoles et les milieux naturels.
À ces contraintes s’ajoute, selon les territoires, la coexistence des risques cycloniques, sismiques ou volcaniques. La stratégie mentionne également les indivisions non réglées, les occupations sans droit ni titre et les constructions non autorisées dans certaines zones exposées.
Pour préparer les relocalisations, les collectivités pourront renforcer les acquisitions amiables, exercer leur droit de préemption et mobiliser les opérateurs fonciers.
Une coordination entre les communes littorales et les territoires situés en retrait devra aussi faciliter la recherche d’espaces capables d’accueillir des logements, des équipements, des réseaux ou des activités déplacés.
Des cartes pour orienter l’urbanisme
La connaissance de l’exposition doit progressivement se traduire dans les documents de planification.
La stratégie prévoit d’étendre les cartes locales aux communes concernées par le recul du trait de côte et d’y intégrer la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique.
D’ici 2027, le décret établissant la liste des communes exposées doit notamment intégrer celles identifiées comme comptant plus de 30 biens menacés à l’horizon 2050. Toutes les communes inscrites devront avoir intégré leur carte locale dans leur document d’urbanisme d’ici 2030.
Ces données seront diffusées sur le Géoportail de l’urbanisme, Géorisques et Géolittoral.
Dans les DROM, les objectifs de gestion du trait de côte devront également trouver leur place dans les schémas d’aménagement régional. Ces cartes pourront donc peser sur la constructibilité, les projets d’aménagement et l’information des acquéreurs et des locataires.
De nouveaux outils accessibles aux collectivités
Mobilisé dans la mise en œuvre de la stratégie, le Cerema actualise en 2026 l’Indicateur national de l’érosion côtière.
Cette nouvelle version couvre l’ensemble des côtes françaises, dont les cinq DROM, et s’appuie sur plusieurs périodes d’observation afin de suivre les tendances d’évolution du trait de côte. Les données doivent être mises à disposition sur le portail Géolittoral.
L’établissement public a également déployé en juin 2026 l’application « Le littoral de ma commune ».
Accessible aux collectivités, aux professionnels et au grand public, elle rassemble à l’échelle communale les principales informations disponibles sur les dynamiques côtières, les enjeux locaux et les démarches d’adaptation engagées. Le service couvre plus de 1 000 communes dans l’Hexagone, en Corse et en Outre-mer.
Un guide pratique doit par ailleurs être publié à l’automne 2026 pour accompagner les collectivités dans l’élaboration de leurs stratégies locales.
Il doit faciliter la construction de trajectoires combinant urbanisme, foncier, prévention des risques, préservation des milieux et concertation avec la population.
Des solutions naturelles à financer
La SNGITC accorde une place importante aux solutions fondées sur la nature. Restauration des mangroves et des récifs, renaturation des dunes, végétalisation ou reconnexion entre terre et mer doivent contribuer à atténuer les risques tout en restaurant les écosystèmes.
Les territoires ultramarins français comptent près de 100 000 hectares de mangroves, dont 58 % font l’objet de mesures de protection. Douze projets fondés sur la nature sont par ailleurs soutenus sur la période 2024-2029, avec une évaluation scientifique attendue d’ici 2030.
Le financement pourra mobiliser les agences de l’eau, la Banque des Territoires, les opérateurs fonciers, la taxe Gemapi et plusieurs fonds européens.
Une mission d’inspection doit toutefois encore formuler des recommandations pour mieux tenir compte des contraintes géographiques, foncières et financières propres aux territoires ultramarins.









