Dans les zones d’activités économiques, la place laissée au végétal reste souvent réduite face aux surfaces bâties, aux voiries et aux espaces imperméabilisés. À La Réunion, cette réalité ressort nettement lorsque l’on compare les espaces économiques au reste de l’enveloppe urbaine, où la végétation occupe une place beaucoup plus importante.
Le nouvel AGORAH’SCOPE consacré à la nature en ville permet désormais de mesurer plus précisément cet écart. À l’échelle de l’île, 62 % de l’occupation du sol des zones d’activités économiques est imperméabilisée. Les arbres et arbustes n’en représentent que 9 %. Dans l’ensemble de l’enveloppe urbaine, 30 % des 23 390 hectares étudiés sont végétalisées hors pelouses, une proportion qui atteint 50 % lorsque celles-ci sont intégrées.
Des ZAE dominées par les surfaces imperméabilisées
La minéralisation des zones d’activités économiques apparaît nettement dans les données compilées par l’AGORAH. À l’échelle réunionnaise, les surfaces imperméabilisées représentent donc 62 % des espaces classés dans les ZAE. Les friches comptent pour 14 %, les pelouses pour 9 % et les arbres et arbustes également pour 9 %, le reste relevant d’autres catégories ou de surfaces non classées.
Les écarts deviennent plus visibles à l’échelle intercommunale.

Ce dernier chiffre doit toutefois être nuancé : les friches occupent 32 % des ZAE de la CASUD, contre 20 % dans la CIVIS, 11 % dans le TCO et la CINOR et 9 % dans la CIREST.
Une faible part de surfaces imperméabilisées ne signifie donc pas nécessairement une présence plus importante d’espaces végétalisés aménagés.
Du Port à Sainte-Marie, des situations contrastées
La lecture communale permet également de mesurer l’ampleur des différences entre les principaux pôles économiques.
Saint-Pierre concentre 343 hectares de ZAE, soit la surface la plus importante représentée dans l’étude, avec un taux de végétalisation de 19 %. Le Port suit avec 319 hectares, dont seulement 13 % sont végétalisés. À Saint-Paul, les ZAE s’étendent sur 195 hectares et affichent 16 % de végétalisation.
Les résultats sont un peu plus favorables ailleurs. Saint-Denis atteint 20 % de surfaces végétalisées dans ses 185 hectares de ZAE. Sainte-Marie monte à 25 % sur 156 hectares, tandis que Saint-Benoît atteint 28 % sur une surface plus réduite de 52 hectares.
Le cas du Port ressort également dans l’analyse générale de la nature en ville. La commune affiche seulement 11 % de canopée dans son enveloppe urbaine, le niveau le plus faible du classement communal présenté par l’AGORAH. L’agence souligne notamment la présence du complexe industrialo-portuaire. À une échelle encore plus fine, Rivière des Galets figure parmi les quartiers les moins végétalisés avec 9 %, devant le centre-ville du Port à 12 %.
Le reverdissement comme enjeu de qualité urbaine
Au-delà des écarts entre territoires, l’étude pose directement la question de la qualité des espaces économiques. Pour l’AGORAH, le taux de végétalisation constitue aussi un indicateur permettant d’apprécier la qualité urbaine à l’intérieur des zones d’activités, à condition de distinguer la problématique spécifique des friches.
« Le constat est que nos zones d’activités sont assez peu vertes. »
L’agence relève que la plupart des ZAE présentent de faibles niveaux de végétalisation et estime qu’une réflexion doit être menée pour faire reverdir ces secteurs et améliorer le cadre quotidien des travailleurs qui les fréquentent. La question dépasse ainsi la seule occupation du sol pour toucher directement à la manière dont ces zones sont aménagées et requalifiées.
Des données pour mieux cibler les interventions
L’état des lieux s’appuie sur les données CoSIA, pour « couverture du sol par intelligence artificielle », produites par l’IGN. Issues de photographies aériennes de 2022 et mises à disposition des partenaires en 2025, elles permettent de distinguer quinze classes de couverture du sol, des bâtiments et surfaces imperméabilisées aux différentes formes de végétation.
Cette connaissance plus fine du territoire peut désormais servir à mieux localiser les secteurs où les marges d’intervention sont les plus importantes. L’AGORAH identifie notamment ces données comme un appui possible à la définition de stratégies ciblées de revégétalisation, de renaturation et de désartificialisation.
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