Face à une demande de logement qui continue de progresser, la réponse ne passe pas seulement par la construction neuve. Dans son programme partenarial 2026-2028, l’Agence d’Urbanisme et de Développement de la Guyane (AUDeG) prévoit d’élargir fortement son observation de l’habitat, de la vacance au logement abordable, en passant par l’habitat indigne et les aspirations résidentielles.
Une demande de logement social toujours sous tension
Le besoin de mieux connaître le marché intervient dans un contexte particulièrement tendu. Au 31 décembre 2025, 16 046 demandes de logement social restaient en attente en Guyane, contre 10 077 en 2019, soit une hausse de 59,2 % en six ans. Dans le même temps, le parc social comptait 22 501 logements au début de 2026.
La production reste éloignée des besoins estimés. En 2025, 1 001 logements sociaux, locatifs ou en accession, ont été livrés sur le territoire. Ces dernières années, le rythme s’est généralement situé entre 500 et 1 000 logements par an, alors que la Collectivité territoriale de Guyane évalue les besoins à 4 500 livraisons annuelles pendant dix ans.
C’est dans ce contexte que l’AUDeG veut faire évoluer son Observatoire de l’habitat. Son tableau de bord suit déjà le parc de logements, son occupation, la demande potentielle, les marchés locatifs, la demande sociale, la construction neuve, l’urbanisation spontanée ou encore l’habitat indigne. Le programme 2026-2028 prévoit désormais d’approfondir plusieurs de ces sujets et d’en ouvrir de nouveaux.
Mieux documenter l’habitat indigne et l’urbanisation spontanée
L’Agence prévoit notamment d’actualiser son étude sur l’urbanisation spontanée. Le travail doit combiner recensement et analyse à partir des référentiels géographiques et des permis de construire disponibles, avec la possibilité d’étendre l’étude à de nouvelles communes. Un croisement avec les données relatives à l’habitat indigne est également envisagé.
Sur ce dernier sujet, l’AUDeG doit finaliser l’étude de préfiguration d’un observatoire de l’habitat indigne. Il s’agira notamment d’identifier les ressources existantes, les besoins des acteurs et les méthodes permettant de mieux suivre les situations d’indignité mais aussi les sorties d’indignité.
L’Agence continuera parallèlement d’accompagner les programmes locaux de l’habitat et les plans intercommunaux de lutte contre l’habitat indigne de plusieurs intercommunalités.
L’enjeu est de disposer de données suffisamment fines pour ne pas réduire la politique du logement au seul nombre d’unités nouvelles à produire. La nature du parc existant, son état, sa localisation et les conditions dans lesquelles il est occupé pèsent tout autant sur les réponses à apporter.
Plus de 10 000 logements recensés comme vacants
La vacance constitue à ce titre l’un des nouveaux chantiers les plus significatifs. Selon l’Insee, 10 095 logements étaient vacants en Guyane en 2023, sur un parc total de 103 121 logements. Ils représentaient ainsi 9,8 % du parc.
Ce chiffre ne signifie pas que ces logements sont immédiatement disponibles pour répondre aux besoins. C’est précisément ce que l’AUDeG veut mieux comprendre. L’Agence prévoit une démarche exploratoire destinée à préciser leur nombre, leur localisation, leur durée de vacance, leurs caractéristiques et celles de leurs propriétaires. Des visites ponctuelles de terrain pourront compléter les données disponibles.
L’étape suivante consistera à accompagner les réflexions sur les moyens de favoriser les sorties de vacance selon les situations rencontrées. Une approche qui pourrait permettre de mieux déterminer quelle part du parc existant est réellement susceptible d’être remobilisée, sans opposer cette piste à la nécessité de construire de nouveaux logements.
Loyers et logement abordable dans le viseur
La question de l’accessibilité financière occupe également une place importante. En 2024, le loyer médian du parc privé atteignait 16,20 euros par mètre carré hors charges en Guyane. L’observatoire de l’AUDeG relève une hausse du niveau des loyers depuis 2020 et classe le territoire parmi les plus chers du réseau national des observatoires locaux des loyers.
Dans son nouveau programme, l’Agence entend poursuivre son tableau de bord annuel des loyers privés et participer aux réflexions sur leur encadrement. À ce stade, il ne s’agit pas de l’annonce d’un dispositif d’encadrement effectif, mais d’un travail de production de données, de notes et de concertation avec les acteurs.
Une mission exploratoire doit parallèlement évaluer l’adéquation entre les besoins des ménages et l’offre de logement abordable. Le sujet renvoie autant au niveau des loyers qu’aux caractéristiques mêmes des logements proposés.
Interroger aussi les besoins et les façons d’habiter
L’AUDeG prévoit enfin d’accompagner une nouvelle étude des besoins en logements et de mener une enquête à l’échelle de la Guyane sur les conditions de vie et les aspirations résidentielles des habitants.
L’objectif sera de produire des analyses territorialisées et des préconisations, afin de mieux comprendre non seulement combien de logements sont nécessaires, mais aussi quels logements sont recherchés et dans quels environnements.
Cette connaissance doit également s’étendre à des segments plus spécifiques. L’Agence veut analyser l’évolution des locations meublées touristiques et étudier les conditions de création d’un éventuel Observatoire territorial du logement étudiant.
Elle prévoit par ailleurs d’actualiser l’atlas du parc locatif social et de poursuivre son baromètre des résidences. Celui-ci analyse notamment :
- l’état des logements,
- leur niveau de confort et leur performance énergétique,
- leur proximité avec les transports, les équipements et les services.
Dans un territoire où la demande sociale augmente plus vite que l’offre disponible, disposer de données plus précises ne résoudra pas à lui seul la question du logement. Mais entre construction neuve et adaptation de l’offre aux besoins réels des ménages, cette connaissance doit permettre de mieux identifier les leviers à mobiliser. C’est tout l’enjeu du chantier d’observation que l’AUDeG veut conduire jusqu’en 2028.









