GUYANE. des besoins d’investissement toujours considérables derrière l’amélioration économique

0
Vue aérienne de Saint-Laurent du Maroni © JODY AMIET / AFP

L’économie guyanaise a poursuivi son amélioration en 2025. Le climat des affaires s’est redressé, l’inflation a ralenti et l’investissement privé est resté dynamique, prolongeant le mouvement engagé un an plus tôt.

Cette embellie reste toutefois fragile. La consommation des ménages montre des signes d’essoufflement, le chômage demeure élevé et les situations de surendettement progressent. Dans le même temps, la croissance du territoire continue d’exiger des investissements importants dans les infrastructures, le logement, l’énergie et les équipements publics.

C’est l’un des principaux enseignements du Rapport annuel économique 2025 de la Guyane, publié par l’IEDOM en juillet 2026.


Une économie qui gagne en confiance

Le redressement du climat des affaires constitue l’un des principaux signaux de l’année. L’indicateur suivi par l’IEDOM s’établit à 100,3 points en moyenne annuelle, contre 98,5 en 2024. Il atteint surtout 105 points au quatrième trimestre 2025, au-dessus de sa moyenne de longue période.

La trajectoire s’est améliorée au fil des mois. Après un début d’exercice encore marqué par les incertitudes budgétaires, l’adoption du projet de loi de finances pour 2025 a contribué à restaurer une partie de la visibilité.

Le regain d’activité du Centre spatial guyanais en fin d’année a également soutenu les perspectives des entreprises.

L’inflation a, parallèlement, nettement ralenti. Elle ressort à 1,5 % en moyenne annuelle, après 3 % en 2024, notamment sous l’effet du recul des prix de l’énergie. Les tensions restent néanmoins présentes sur les services et l’alimentation, dont les prix progressent respectivement de 3,7 % et 2,6 %.

Dans son avant-propos, Laurence Herrou, directrice par intérim de l’IEDOM en Guyane, résume ainsi la tendance : « En 2025, l’activité économique en Guyane a continué de s’améliorer, dans la continuité de l’année 2024. »

Le tissu entrepreneurial reste lui aussi dynamique, avec 3 966 immatriculations en 2025, en hausse de 12 % sur un an.

Cette progression coexiste cependant avec une forte augmentation des défaillances d’entreprises. L’IEDOM appelle à relativiser ce mouvement, en raison notamment d’un effet de rattrapage post-Covid et d’une action de fiabilisation du registre des entreprises.

Des fragilités toujours bien présentes

L’amélioration générale ne se diffuse pas uniformément. La consommation des ménages ralentit : les importations de biens de consommation progressent légèrement en valeur, mais reculent de 1,7 % en volume.

Le marché automobile suit la même tendance, avec une baisse de 5,8 % des immatriculations de véhicules de tourisme.

Autre signal de vulnérabilité, 315 dossiers de surendettement ont été déposés auprès de l’IEDOM en 2025, soit une hausse de 8,2 %. Le marché du travail demeure également sous tension, avec un taux de chômage de 16,9 %, stable sur un an.

Ces indicateurs rappellent le poids des fragilités structurelles. La Guyane reste confrontée à une forte dépendance aux importations, à des déséquilibres persistants sur le marché de l’emploi et à d’importantes inégalités sociales. Le rapport fait notamment état d’un taux de pauvreté de 52,9 %.

L’investissement, principal point d’appui

Dans ce contexte contrasté, l’investissement reste l’un des moteurs les plus solides de l’économie guyanaise. Les encours de crédits d’investissement progressent de 8,3 % en moyenne annuelle, avec une amélioration des perspectives des entreprises à partir du second semestre.

Cette dynamique se traduit par plusieurs projets structurants. Le rapport cite notamment le second pont du Larivot, évalué à 145 millions d’euros, et une cité du ministère de la Justice à Saint-Laurent-du-Maroni, pour 160 millions d’euros.

Dans l’énergie, la centrale bioénergie du Larivot représente un investissement de 600 millions d’euros, tandis qu’une centrale biomasse à Sinnamary est chiffrée à 145 millions d’euros.

Le Centre spatial guyanais engage également des travaux pour renforcer son autonomie électrique et accueillir de nouveaux opérateurs. Ces opérations illustrent le rôle de l’investissement dans un territoire qui doit à la fois moderniser ses infrastructures et créer de nouvelles capacités.

Des besoins qui dépassent la seule conjoncture

La démographie constitue ici une donnée centrale. La Guyane compte 298 600 habitants au 1er janvier 2026, contre 254 500 en 2015.

Près de 39,3 % de la population a moins de 20 ans, tandis que les projections reprises dans le rapport portent la population à 421 000 habitants à l’horizon 2050.

Cette évolution alimente directement les besoins en logements, établissements scolaires, réseaux, équipements sanitaires, capacités énergétiques et infrastructures de mobilité. L’IEDOM identifie d’ailleurs parmi les fragilités du territoire une « croissance démographique qui implique des investissements importants en matière d’infrastructure ».

Le logement illustre l’ampleur du défi. Le parc locatif social atteint 22 501 logements en 2025, en progression de 3,4 % sur un an, mais les besoins restent considérables.

Les estimations reprises dans le rapport évoquent 30 000 à 35 000 logements aidés à financer entre 2017 et 2027 pour contribuer à résorber le parc informel et accompagner le développement du territoire.

La construction face à l’ampleur des besoins

Cette pression structurelle place naturellement la construction parmi les secteurs appelés à accompagner la trajectoire économique guyanaise. Elle représente 7,1 % de la valeur ajoutée régionale en 2024 et 6,4 % de l’emploi salarié en 2025.

Mais le secteur fait face à ses propres contraintes. Les perturbations portuaires ont pesé sur les approvisionnements en 2025, tandis que les importations de ciment ont reculé de 31,9 % sur l’année.

Les tensions concernent aussi les compétences : 62,2 % des projets de recrutement dans la construction sont jugés difficiles, malgré une baisse des intentions d’embauche.

L’économie guyanaise aborde ainsi 2026 avec des signaux plus favorables, mais sans avoir résorbé ses déséquilibres de fond. L’investissement apparaît à la fois comme un moteur de l’activité et comme une nécessité territoriale.

Entre démographie, logement, énergie, mobilité et équipements publics, la capacité à concrétiser les projets engagés pèsera directement sur la trajectoire économique des prochaines années.


Guyane

Consulter ici le rapport annuel économique 2025 de la Guyane, publié par l’IEDOM