Logement social en OUTRE-MER : un rapport parlementaire alerte sur l’aggravation de la crise

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    Le quartier de M'Gombani (Logements & Commerces SIM) - source : Bilan et perspectives à Mayotte 2023 (SIM)

    L’accès à un logement décent et abordable demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les territoires ultramarins. Dans un rapport d’évaluation publié en juin 2026, les députés François Jolivet et Karine Lebon dressent un constat préoccupant de la situation du logement social dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM).

    Après plusieurs mois d’auditions, d’analyses et de consultations d’acteurs publics et privés, les rapporteurs estiment que la politique actuelle peine à répondre à l’ampleur des besoins et appellent à une réforme de grande ampleur.


    Une crise du logement qui touche près de trois Ultramarins sur dix

    Le rapport met en lumière une situation particulièrement dégradée. Selon les données présentées, près de 700 000 résidents ultramarins sont concernés par des situations de mal-logement, soit près de trois habitants sur dix.

    Les difficultés ne se limitent pas à la seule question de l’accès au logement. Les rapporteurs soulignent également la persistance de nombreuses situations d’habitat indigne ou insalubre. Environ 16,8 % des résidences seraient concernées par des problématiques d’insalubrité, tandis qu’une partie importante du parc reste dépourvue d’équipements essentiels. Le rapport indique notamment que près de 40 000 logements ne disposent d’aucun point d’eau.

    Cette situation s’inscrit dans un contexte social particulièrement tendu. Les taux de pauvreté observés dans les DROM demeurent largement supérieurs à ceux de l’Hexagone, ce qui accentue mécaniquement la pression sur le logement social et très social.

    Une offre de logements sociaux de plus en plus insuffisante

    Face à une demande croissante, la production de logements sociaux ne parvient plus à suivre.

    Le rapport révèle que le nombre de demandes en attente est passé de 66 784 en 2019 à 103 411 en 2025, soit une augmentation de plus de 50 % en six ans. À elle seule, La Réunion concentre près de la moitié des demandes enregistrées dans les DROM.

    Dans le même temps, les rapporteurs estiment que le déficit du parc social atteint désormais environ 110 000 logements. Cette insuffisance structurelle est aggravée par le ralentissement de la production. Les livraisons de logements sociaux sont passées de 7 398 unités en 2014 à 3 794 en 2025, soit une baisse de 48,7 %.

    Les résultats apparaissent également très éloignés des ambitions fixées par la loi de programmation relative à l’égalité réelle outre-mer. Depuis 2017, près de 79 757 logements ont été financés et 51 453 livrés, alors que l’objectif initial visait la réalisation de 150 000 logements en dix ans.

    Au-delà du volume produit, les rapporteurs pointent également une inadéquation croissante entre l’offre et les besoins réels des populations. Alors qu’une large part de la demande concerne les logements très sociaux, ceux-ci ne représentent qu’environ 20 % du parc social ultramarin.

    Foncier, coûts de construction et blocages administratifs : les freins identifiés

    L’un des principaux enseignements du rapport réside dans l’identification des obstacles qui ralentissent la production de logements.

    Le premier d’entre eux concerne le foncier. Les DROM font face à une pénurie persistante de terrains aménageables, accentuée par des problématiques récurrentes d’indivision successorale, de disponibilité des emprises constructibles et de coût du foncier.

    Les rapporteurs soulignent également les difficultés rencontrées par la filière de la construction. Les entreprises doivent composer avec des coûts élevés, des contraintes logistiques importantes et une succession de crises qui fragilisent l’ensemble de l’écosystème. Selon le rapport, les coûts des marchés de travaux dépassent désormais de 20 à 25 % ceux observés dans l’Hexagone.

    À ces contraintes économiques s’ajoutent des freins administratifs persistants. Les délais d’obtention des agréments, le manque d’ingénierie dans certaines collectivités, les difficultés liées à l’aménagement des terrains ou encore les blocages de projets contribuent à ralentir la mise en chantier des opérations.

    Les bailleurs sociaux eux-mêmes sont confrontés à des équilibres financiers de plus en plus fragiles, dans un contexte marqué par des coûts de gestion élevés et une hausse des impayés.

    Les financements publics au cœur des préoccupations

    Les rapporteurs consacrent une part importante de leur analyse à la question du financement du logement social outre-mer.

    La ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de soutien de l’État aux opérations de logement social dans les territoires ultramarins, est jugée indispensable mais insuffisamment sécurisée.

    Le rapport souligne une diminution progressive du soutien public au cours des dernières années et s’inquiète particulièrement de l’exécution budgétaire 2026. Les auteurs relèvent que seuls 50 % des crédits de la LBU votés par le Parlement ont été délégués aux préfets ultramarins, une situation susceptible d’affecter directement la programmation des opérations et la visibilité des acteurs.

    L’exemple de La Réunion est cité comme particulièrement préoccupant, avec une forte réduction des enveloppes consacrées au logement social par rapport à l’exercice précédent.

    Pour les rapporteurs, cette instabilité budgétaire compromet la capacité des opérateurs à planifier leurs investissements et à maintenir un rythme de production compatible avec les besoins des territoires.

    Les parlementaires plaident pour une réforme de grande ampleur

    Face à ce constat, le rapport formule 41 recommandations destinées à réorienter la politique du logement social outre-mer.

    Parmi les principales propositions figurent la sécurisation des crédits de la LBU dans une trajectoire pluriannuelle, le renforcement des moyens consacrés à la construction et à la réhabilitation, ainsi que la mise en place d’un plan de rattrapage permettant d’accélérer la production de logements.

    Les rapporteurs préconisent également de mieux adapter l’offre aux réalités sociales des territoires en fixant un objectif minimal de 30 % de logements locatifs très sociaux (LLTS) dans les programmes des bailleurs.

    Le rapport insiste par ailleurs sur la nécessité de lever les blocages fonciers, de renforcer les capacités d’ingénierie des collectivités, de faciliter l’accès à des matériaux adaptés aux contextes régionaux et d’encourager davantage l’adaptation des normes constructives aux réalités ultramarines.

    Les auteurs proposent également d’étendre le dispositif du permis de louer afin de renforcer la lutte contre l’habitat dégradé et les marchands de sommeil.

    Une question centrale pour l’avenir des territoires ultramarins

    Au terme de leur évaluation, François Jolivet et Karine Lebon estiment que la crise actuelle dépasse largement la seule question du logement social. Derrière les chiffres se dessinent des enjeux majeurs de cohésion sociale, d’aménagement du territoire, de développement économique et de résilience face aux changements climatiques.

    Pour les rapporteurs, l’enjeu consiste désormais à restaurer une capacité durable de production et de réhabilitation du parc résidentiel ultramarin afin de répondre à des besoins qui continuent de progresser dans la plupart des territoires. Faute d’une action plus ambitieuse et mieux coordonnée, le décrochage entre l’offre et la demande pourrait continuer de s’accentuer dans les années à venir.


    Cliquez sur l’image pour consulter une synthèse du rapport.

    Pour voir l’intégralité du rapport, suivez ce lien : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/delegations-comites-offices/cec#comptes_rendus_des_reunions