En Martinique, accéder à un logement ou devenir propriétaire reste de plus en plus difficile pour une partie des actifs, notamment les jeunes ménages.
Lors du Salon des Bâtisseurs 2026, Jean-Philippe Chillan, directeur territorial d’Action Logement Services, a présenté plusieurs dispositifs destinés à faciliter l’accès au logement locatif et à l’accession à la propriété. Mais au fil de l’intervention, un autre sujet apparaît en filigrane : celui du maintien des jeunes actifs sur le territoire.
Un parc social sous pression et une production encore insuffisante
Action Logement intervient d’abord comme financeur d’une partie du logement social en Martinique. Jean-Philippe Chillan rappelle que cinq bailleurs sociaux sollicitent aujourd’hui les financements du groupe afin de développer de nouvelles opérations sur le territoire.
Mais la conférence montre aussi les limites du système actuel. Selon les chiffres présentés, le parc social martiniquais représenterait environ 35 000 à 36 000 logements, avec une rotation annuelle estimée à seulement 4,5 %. Cela correspond à environ 1 600 logements remis sur le marché chaque année, auxquels s’ajoutent environ 400 à 500 logements produits annuellement ces dernières années.
Dans ce contexte, les tensions restent fortes pour les demandeurs. Jean-Philippe Chillan reconnaît d’ailleurs que le ralentissement du BTP et les difficultés de mise en chantier compliquent aujourd’hui la sortie de nouveaux programmes, malgré les financements disponibles.
Une plateforme pensée pour rendre l’attribution plus transparente
Une partie importante de l’intervention est consacrée à la plateforme numérique Aline, utilisée par Action Logement pour gérer ses réservations locatives.
Le principe repose sur un fonctionnement algorithmique : les demandeurs créent un profil, renseignent leurs informations et obtiennent un scoring basé sur différents critères identiques pour tous les candidats.
Selon Jean-Philippe Chillan, ce système vise à renforcer :
- la transparence,
- l’équité,
- et la traçabilité des attributions.
L’intervenant insiste notamment sur l’idée d’éviter les pratiques de favoritisme ou les arrangements informels dans l’attribution des logements. Le système détermine automatiquement l’ordre de présentation des dossiers aux commissions d’attribution des bailleurs sociaux.
La plateforme permet également aux demandeurs de devenir plus autonomes dans leurs recherches. Les propositions affichées sont adaptées à leur composition familiale et à leurs plafonds de ressources. Un ménage avec plusieurs enfants ne se verra donc pas proposer des logements inadaptés comme des T1 ou des T2.
Selon les chiffres présentés pendant la conférence, 448 familles ont été logées via ce dispositif en 2025.
Le parc privé et le logement intermédiaire mobilisés pour désengorger le marché
Face aux difficultés de production du logement social, Action Logement cherche aussi à diversifier les solutions.
La conférence évoque notamment le développement du logement intermédiaire, financé en partie avec des mécanismes permettant aux promoteurs privés de bénéficier d’avantages fiscaux. L’objectif est de proposer des logements destinés à des ménages dont les revenus dépassent les plafonds du logement social, afin de désengorger progressivement le haut du marché social.
Action Logement tente également de mobiliser davantage le parc privé grâce au dispositif “Oui pour l’emploi”. Les propriétaires bailleurs peuvent bénéficier d’un accompagnement financier pouvant atteindre 15 000 euros pour mettre leurs logements à disposition des salariés du secteur privé dans des zones proches des bassins d’emploi.
L’intervention montre ainsi que le logement devient progressivement un sujet de gestion globale du parc résidentiel, et plus uniquement une question de production de logements sociaux.
Visale, Loca-Pass : des aides pensées pour sécuriser l’accès au logement
La conférence revient également sur plusieurs dispositifs destinés à faciliter l’accès au logement locatif.

Le Loca-Pass permet notamment d’avancer le dépôt de garantie demandé à l’entrée dans un logement, avec un remboursement étalé sur plusieurs mois. Pour Jean-Philippe Chillan, ce mécanisme vise surtout à préserver le pouvoir d’achat des ménages au moment de leur installation.
Action Logement met aussi en avant la garantie Visale, présentée comme l’un des dispositifs les plus utilisés du groupe. Pendant une durée pouvant aller jusqu’à 36 mois, Action Logement garantit les loyers impayés auprès des propriétaires bailleurs.
Selon l’intervenant, cette garantie commence même à influencer le marché locatif, certains propriétaires privilégiant désormais les candidats éligibles à Visale afin de sécuriser leurs revenus locatifs.
La conférence rappelle également l’importance particulière de ce dispositif pour les étudiants ultramarins qui partent poursuivre leurs études dans l’Hexagone, où l’accès au parc locatif privé reste souvent difficile sans garanties solides.
Un prêt à 0,5 % pensé pour maintenir les jeunes sur le territoire
Le cœur de l’intervention porte finalement sur un dispositif spécifique à la Martinique : un prêt accession réservé aux moins de 41 ans.
Jean-Philippe Chillan explique que ce produit a été développé après plusieurs échanges autour de l’érosion démographique du territoire. Selon les données évoquées pendant la conférence, la Martinique perdrait environ 5 000 habitants par an, dont près de 80 % de jeunes de moins de 40 ans.
L’accès difficile à la propriété est présenté comme l’un des facteurs contribuant au départ des jeunes actifs.
Le dispositif mis en place par Action Logement permet ainsi d’obtenir jusqu’à 50 000 euros à 0,5 % sur 25 ans, sans plafond de ressources, à condition :
- d’avoir moins de 41 ans,
- d’être primo-accédant,
- et de justifier d’un ancrage territorial en Martinique.
L’intervenant précise que le produit a volontairement été élargi au-delà des seuls salariés du secteur privé afin de toucher davantage de jeunes actifs.
Après un an de fonctionnement, environ 260 prêts auraient déjà été accordés, pour une enveloppe globale de 25 millions d’euros.
Pour Action Logement, l’objectif dépasse donc largement le simple financement immobilier. Il s’agit aussi de favoriser l’ancrage résidentiel des jeunes ménages et de limiter progressivement les départs vers l’extérieur.
Le logement comme enjeu territorial
À travers cette conférence, le logement apparaît finalement comme un sujet beaucoup plus large que la seule question immobilière.
La faiblesse de la rotation du parc social, les difficultés de production de logements, le coût d’accès à la propriété et les tensions sur le marché locatif influencent directement l’attractivité du territoire et la capacité à maintenir une population active en Martinique.
L’intervention montre aussi qu’Action Logement cherche progressivement à agir sur plusieurs niveaux à la fois :
- production de logements sociaux,
- mobilisation du parc privé,
- sécurisation des propriétaires,
- accompagnement des jeunes actifs,
- et soutien à l’accession à la propriété.
Dans un territoire confronté au vieillissement démographique et au départ d’une partie de sa jeunesse, le logement devient ainsi un levier de stabilité économique et sociale autant qu’un enjeu résidentiel.
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