Déchets, énergie, construction : où vont les 8,9 M€ engagés par l’ADEME en Guyane

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Gestion des déchets, infrastructures environnementales, autonomie énergétique ou encore construction adaptée au climat amazonien : en 2025, l’ADEME Guyane a soutenu 43 projets pour un montant total de 8,9 millions d’euros. La très grande majorité des financements se concentre sur les déchets et l’économie circulaire, mais le rapport met aussi en lumière plusieurs chantiers structurants liés à la construction durable, aux équipements territoriaux et à l’adaptation climatique.


Les déchets concentrent désormais l’essentiel des investissements

Les déchets et l’économie circulaire représentent à eux seuls 86 % des aides attribuées par l’ADEME Guyane en 2025.

Le territoire accélère notamment la modernisation de ses infrastructures. La Communauté d’agglomération du Centre Littoral (CACL) prépare la construction d’un quai de transfert destiné à accueillir les déchets ménagers et assimilés du centre littoral ainsi que des déchets d’activités économiques. Le projet s’inscrit dans la perspective de la future unité de valorisation énergétique (UVE) attendue à l’horizon 2027-2028. Le site doit traiter jusqu’à 92 000 tonnes de déchets par an. Coût annoncé : 6,5 millions d’euros, dont 3,3 millions financés par l’ADEME.

La CACL poursuit également le développement de son réseau de déchèteries avec deux nouveaux équipements à Macouria et Matoury. Environ 2 000 tonnes de déchets par an devraient y être collectées. L’investissement atteint lui aussi 6,5 millions d’euros, soutenus à hauteur de 1,5 million d’euros par l’ADEME.

Dans l’ouest guyanais, la CCOG engage le remplacement de la station de traitement des lixiviats de l’installation de stockage des déchets de Saint-Laurent-du-Maroni. La future installation combinera ultrafiltration et osmose inverse afin de traiter les volumes accumulés et sécuriser l’exploitation du site. Le projet représente 4,6 millions d’euros, dont 2,2 millions d’aides ADEME.

Le rapport montre aussi une montée des enjeux liés aux territoires isolés. Avec l’AFD, l’ADEME a lancé un appel à manifestation d’intérêt afin de faire émerger des solutions adaptées au traitement des déchets dans les communes éloignées.

Autre évolution notable : la structuration progressive de la filière déchets du BTP. La CERC Guyane lance un programme consacré au réemploi et à la valorisation des déchets de construction, avec la création d’un poste dédié à l’économie circulaire pour accompagner les professionnels et développer des projets pilotes à l’échelle du territoire.

La Guyane cherche un modèle de construction adapté au contexte amazonien

Le rapport met aussi en avant un sujet majeur pour le secteur du bâtiment : l’absence actuelle de réglementation thermique pour les bâtiments tertiaires en Guyane.

Face à ce vide réglementaire, l’association AQUAA travaille à la création d’un label local inspiré de la démarche « Bâtiment de Méditerranée ». Soutenu notamment par l’AFD, la Banque des Territoires et la CTG, ce futur référentiel doit adapter les exigences environnementales aux réalités climatiques guyanaises. Il pourrait également servir de base à des mécanismes d’éco-conditionnalité ou de bonification des aides publiques.

Le rapport évoque également les expérimentations menées autour du bois rond par AgroParisTech. L’objectif est de développer des systèmes constructifs utilisant directement des bois non sciés afin de limiter les pertes de matière et valoriser davantage d’essences locales. Les travaux portent sur des structures bioclimatiques, bas-carbone et low-tech adaptées au contexte tropical.

Autonomie énergétique et adaptation climatique restent des axes stratégiques

L’ADEME poursuit parallèlement ses travaux sur l’autonomie énergétique des zones non interconnectées (ZNI). Une nouvelle série d’études présentée fin 2025 conclut qu’un fort niveau d’autonomie électrique apparaît possible dans plusieurs territoires ultramarins grâce au développement des ressources locales, du stockage énergétique et de la maîtrise de la demande.

Le rapport revient aussi sur les analyses menées autour des centrales photovoltaïques alimentant les villages isolés, notamment à Kaw. Les scénarios combinant solaire et batteries permettent de réduire fortement les impacts climatiques par rapport aux groupes électrogènes fossiles.

L’adaptation climatique gagne également du terrain dans les politiques territoriales. Les Journées de l’Adaptation au Changement Climatique (JACC), organisées en juin 2025, ont réuni 210 participants et 45 experts autour des enjeux d’adaptation du territoire guyanais.


À travers ces différents projets, le rapport 2025 de l’ADEME montre surtout que la Guyane entre dans une phase de structuration plus technique de ses politiques environnementales, où déchets, construction, énergie et adaptation climatique commencent à converger autour d’enjeux d’infrastructures et de résilience territoriale.