MAYOTTE. la Case Dôme rappelle qu’un bâtiment tropical peut rester confortable sans climatisation

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    Construite au début des années 1980 sur les hauteurs de Mayotte, la Case Dôme continue d’attirer l’attention des professionnels de l’architecture tropicale. Conçue par l’architecte Vincent Liétar à une époque où les moyens techniques restaient limités, cette habitation en briques de terre compressée démontre encore aujourd’hui qu’un bâtiment peut assurer un confort thermique élevé sans recourir à la climatisation. Plus de 40 ans après sa construction, la maison et son jardin ont d’ailleurs été classés monuments historiques en février 2025.

    Une maison pensée pour exploiter le climat mahorais

    La démarche du projet repose d’abord sur une logique d’adaptation au site. La maison a été implantée sur une crête naturelle sans terrassement lourd afin de conserver les circulations d’air existantes et profiter pleinement des vents dominants.

    « L’enjeu était toujours de s’adapter au terrain plutôt que de transformer le terrain pour construire », explique Vincent Liétar dans la vidéo publiée par le programme OMBREE.

    Cette implantation permet à la maison de bénéficier directement des alizés. Les façades principales sont largement ouvertes et la ventilation traversante constitue l’un des piliers du confort thermique du bâtiment.

    L’architecte indique qu’environ 20 à 25 % des murs sont composés d’ouvertures, entre portes et jalousies, afin de maintenir une circulation d’air permanente. La faible largeur de la maison — environ 4,30 à 4,50m— favorise également cette traversée naturelle des flux d’air.

    Le projet reprend aussi plusieurs principes issus des cases traditionnelles mahoraises. De larges débords de toiture protègent les murs du rayonnement solaire direct et limitent l’exposition aux pluies tropicales. Un grand toit couvre l’ensemble des dômes ainsi que les terrasses périphériques, créant une enveloppe ombragée continue autour de l’habitation.

    Autre élément central : la végétation. Autour de la maison, les espaces plantés participent à la création d’un véritable îlot de fraîcheur. L’un des patios végétalisés de 20 m² reste majoritairement à l’ombre au cours de la journée et contribue à rafraîchir naturellement l’air circulant dans le bâtiment. Le contraste thermique entre les espaces végétalisés et les zones urbaines minéralisées est particulièrement mis en avant dans la présentation du projet.

    Terre crue, inertie thermique et double toiture ventilée

    La performance thermique de la Case Dôme repose également sur le choix des matériaux. Les murs en briques de terre compressée (BTC) atteignent jusqu’à 50 cm d’épaisseur dans certaines zones. Cette forte inertie thermique permet de limiter les variations de température intérieure malgré les fortes chaleurs extérieures pouvant dépasser 34 °C durant la saison chaude mahoraise.

    Selon l’architecte, le ressenti thermique à l’intérieur de la maison peut être inférieur de 3 à 4 °C par rapport à l’extérieur.

    Le traitement de la toiture joue enfin un rôle déterminant. La maison fonctionne avec un principe de double toiture ventilée : les dômes en terre sont surmontés d’une couverture métallique séparée par une lame d’air permanente. Cette disposition limite les surchauffes sous toiture, un enjeu particulièrement important sous climat tropical où le rayonnement solaire se concentre principalement sur les couvertures.

    Au-delà de ses qualités thermiques, la Case Dôme illustre aussi la durabilité de certains principes constructifs simples. Selon Maud Andrianarinosy, Architecte Conseillère au CAUE Mayotte, l’habitation a récemment traversé un cyclone sans subir de dégâts majeurs.

    Une longévité qui renforce aujourd’hui l’intérêt porté à cette architecture bioclimatique développée à Mayotte plusieurs décennies avant que les enjeux d’adaptation climatique ne deviennent centraux dans le secteur du bâtiment.