Le début d’année 2026 s’annonce plus heurté que prévu pour la filière construction. Selon la dernière lettre mensuelle de conjoncture publiée par l’UNICEM en avril 2026, l’activité des matériaux recule nettement en février, pénalisée par des conditions météorologiques exceptionnelles. Dans le même temps, la construction de logements montre des signes de reprise, dessinant une conjoncture contrastée pour les mois à venir.
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Des matériaux en net décrochage dès février
Dès février, les indicateurs se dégradent. La production de granulats comme celle de béton prêt à l’emploi (BPE) recule d’environ 6 % sur un mois et de près de 8 % sur un an. Sur les deux premiers mois de l’année, la tendance reste orientée à la baisse, avec -4,1 % pour les granulats et -4,6 % pour le BPE.
Plus marquant encore, les niveaux de production restent très en dessous des standards historiques, avec un écart de -15 % pour les granulats et -19 % pour le BPE par rapport aux moyennes des dix dernières années.
La filière matériaux démarre ainsi l’année sur une base fragilisée, malgré les signaux plus favorables observés fin 2025.
Des intempéries exceptionnelles qui paralysent les chantiers
Cette contraction s’explique en grande partie par la météo. Après un mois de janvier déjà excédentaire, février 2026 se distingue par des précipitations hors norme.
Comme le souligne la publication, « le cumul moyen des précipitations enregistré en février a été plus de deux fois supérieur à la normale en France, classant le mois de février 2026 comme le plus pluvieux de tous les mois de février depuis 1959 ».
Ces conditions ont fortement perturbé les chantiers, ralentissant mécaniquement la production de matériaux.
Un rattrapage partiel reste possible dans les prochains mois, mais ce décrochage marque clairement le début d’année.
Le logement repart et redonne des perspectives
Dans ce contexte dégradé, le segment du logement apporte une dynamique plus positive. Les mises en chantier progressent de 13,4 % sur les trois derniers mois et surtout de 31 % sur un an. Les permis de construire suivent cette tendance, avec une hausse de 16,5 % sur douze mois, pour atteindre près de 388 000 autorisations.
Ce redémarrage concerne à la fois le collectif et l’individuel, traduisant une relance effective des projets. Il pourrait, à terme, soutenir la demande en matériaux, notamment pour le béton prêt à l’emploi.
Pour autant, cette amélioration doit être relativisée. Avec 283 000 logements commencés sur douze mois, le niveau reste encore bien en dessous de la moyenne des quinze dernières années, estimée à 367 000. La reprise est donc réelle, mais encore fragile.
Un environnement économique sous pression
Au-delà des dynamiques sectorielles, le contexte global reste incertain. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, entraînent une hausse des coûts de l’énergie et des matières premières.
À fin mars, l’inflation atteint +1,7 % sur un an, tirée par une hausse de 8,9 % des prix de l’énergie, dont +17,1 % pour les produits pétroliers. Dans le même temps, les taux immobiliers remontent légèrement, à 3,23 %, ce qui pourrait peser sur les capacités d’investissement des ménages.
Ces facteurs combinés créent un environnement moins favorable pour la construction, malgré le rebond observé sur le logement.
Les travaux publics, principal point de fragilité
La situation des travaux publics confirme cette tension. L’activité recule de 4,1 % sur les deux premiers mois de l’année, tandis que les prises de commandes chutent de 12,8 %.
Cette évolution pèse directement sur les granulats, fortement dépendants de ce segment. Comme le souligne la lettre de conjoncture, « la branche granulats resterait pénalisée par la conjoncture morose des TP », notamment dans un contexte de baisse des investissements des collectivités.
Des perspectives 2026 encore contrastées
Pour l’ensemble de l’année 2026, les perspectives restent partagées. L’UNICEM anticipe une baisse de l’activité des granulats comprise entre -1 % et -2 %, en lien avec la faiblesse attendue des travaux publics.
À l’inverse, le BPE pourrait bénéficier de la reprise du logement, avec une évolution estimée entre 0 % et +2 %. Cette trajectoire reste toutefois conditionnée à l’évolution du contexte économique et géopolitique.
Ce début d’année confirme ainsi une tendance de fond : la reprise du secteur ne sera ni homogène ni linéaire.
Entre un logement en redémarrage et des matériaux encore sous pression, la filière construction évolue dans un équilibre fragile, où chaque variable — météo, coûts, financement ou commande publique — peut rapidement infléchir la trajectoire.









