Logement, foncier et infrastructures : Cap Excellence trace son aménagement jusqu’en 2040

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(c) Communauté d'Agglomération Cap Excellence

La communauté d’agglomération Cap Excellence poursuit l’élaboration de son futur Schéma de cohérence territoriale (SCoT), document stratégique appelé à encadrer l’urbanisation, le développement économique et les infrastructures du principal pôle urbain de la Guadeloupe. Dans un avis rendu le 14 avril 2026, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) a examiné ce projet de planification qui prévoit notamment la production de 7 600 logements d’ici 2040 et une évolution de l’organisation urbaine du territoire.

Si l’analyse environnementale est jugée globalement solide, l’autorité recommande néanmoins de renforcer certains points, notamment la gestion du foncier, l’adaptation aux risques naturels et la mise à niveau des infrastructures essentielles.

Un territoire structurant pour l’économie guadeloupéenne

Créée en 2008, la communauté d’agglomération Cap Excellence regroupe les communes de Pointe-à-Pitre, Les Abymes et Baie-Mahault. Le territoire couvre environ 130 km² et comptait 97 513 habitants en 2021, soit près d’un quart de la population de la Guadeloupe. Malgré une baisse démographique observée depuis la fin des années 1990, l’agglomération demeure le principal centre urbain et économique de l’archipel.

Cette centralité tient notamment à la concentration d’infrastructures structurantes. Le territoire accueille en particulier la zone industrielle et logistique de Jarry, qui s’étend sur environ 300 hectares et constitue l’un des principaux pôles économiques de la Guadeloupe, ainsi que le port de Pointe-à-Pitre, l’aéroport Guadeloupe Maryse-Condé ou encore plusieurs équipements majeurs comme l’Université des Antilles et le centre hospitalier universitaire. L’ensemble de ces activités concentre près de 60 % des emplois de l’île et génère des flux importants vers l’agglomération.

Un document stratégique pour organiser l’aménagement du territoire

Le projet de SCoT, arrêté par le conseil communautaire le 9 décembre 2025, constitue le document de planification destiné à coordonner les politiques d’urbanisme, de logement, de mobilité et de développement économique à l’échelle intercommunale.

Depuis la réforme des SCoT entrée en vigueur en 2020, il repose principalement sur 2 composantes :

  1. le projet d’aménagement stratégique (PAS)
  2. et le document d’orientation et d’objectifs (DOO).

La stratégie territoriale s’articule autour de cinq grandes orientations : garantir un cadre de vie de qualité, structurer un territoire plus durable et résilient, consolider le tissu économique, améliorer l’accessibilité et les mobilités, et protéger les espaces littoraux et les ressources naturelles.

Ces axes se déclinent en 23 orientations opérationnelles et en 219 prescriptions destinées à encadrer les futurs documents d’urbanisme locaux.

Une programmation de logements à l’horizon 2040

Le scénario retenu par la collectivité vise une population d’environ 112 000 habitants à l’horizon 2040, soit une croissance annuelle estimée entre 0,4 % et 0,5 %. Pour accompagner cette trajectoire, le SCoT prévoit la production de 7 600 logements sur les vingt prochaines années.

Cette programmation s’inscrit dans un contexte de tension sur l’offre résidentielle : fin 2025, plus de 6 000 demandes de logements locatifs sociaux étaient enregistrées sur le territoire.

Le projet privilégie néanmoins une stratégie de renouvellement urbain et de densification raisonnée, notamment par la mobilisation du parc existant, la reconquête des logements vacants et la revitalisation des centralités urbaines.

Des contraintes environnementales fortes pour l’aménagement

Le territoire de Cap Excellence se situe à l’articulation de la Grande-Terre et de la Basse-Terre et présente une forte diversité écologique malgré un niveau d’urbanisation élevé. Mangroves, zones humides littorales, forêts marécageuses ou encore milieux marins côtiers constituent des habitats naturels essentiels à l’équilibre écologique de l’archipel.

Dans ce contexte, l’autorité environnementale identifie plusieurs enjeux majeurs pour l’aménagement : la préservation de la biodiversité, la limitation de l’artificialisation des sols, la gestion de la ressource en eau, l’adaptation au changement climatique ou encore la réduction des nuisances environnementales.

L’analyse environnementale du dossier est jugée globalement solide. La MRAe estime cependant que certaines orientations nécessitent une traduction plus opérationnelle, notamment en matière de continuités écologiques et de compensation environnementale.

Un territoire particulièrement exposé aux risques naturels

L’évaluation environnementale souligne également la vulnérabilité du territoire face aux aléas naturels. Environ 17 000 habitants et 8 000 emplois se situent dans des zones exposées au risque d’inondation, tandis que près de 12 000 habitants et 10 000 emplois sont concernés par le risque de submersion marine.

Ces risques concernent plusieurs secteurs stratégiques, notamment certaines zones littorales urbanisées ou des infrastructures économiques majeures.

Dans son avis, la MRAe invite ainsi la collectivité à renforcer l’intégration de ces aléas dans la planification territoriale, notamment lors de la localisation des futurs secteurs de développement urbain et économique.

Des infrastructures d’eau sous tension

La gestion de la ressource en eau constitue un autre enjeu majeur pour l’aménagement du territoire. Le territoire de Cap Excellence dépend en grande partie des ressources hydriques de la Basse-Terre, tandis que la demande est concentrée en Grande-Terre.

Les réseaux présentent par ailleurs des dysfonctionnements importants : à l’échelle de la Guadeloupe, les pertes d’eau étaient estimées à 68 % en 2022. Le système d’assainissement demeure également fragile. L’agglomération dispose de quatre stations d’épuration représentant une capacité de 86 000 équivalents habitants, mais seulement une partie des installations répond aux normes en vigueur.

Dans ce contexte, la MRAe recommande de conditionner toute ouverture de nouvelles zones d’urbanisation à la mise à niveau des infrastructures existantes afin de garantir la sécurité sanitaire et la protection de l’environnement.

Une trajectoire démographique qui interroge

Enfin, l’autorité environnementale souligne une interrogation concernant la cohérence du scénario démographique retenu. Le diagnostic territorial met en évidence une baisse de population sur le territoire de Cap Excellence entre 2015 et 2021, alors que le projet de SCoT repose sur une hypothèse de croissance modérée à l’horizon 2040.

Cette orientation apparaît en décalage avec les projections démographiques publiées par l’Insee, qui anticipent une diminution significative de la population guadeloupéenne à long terme. La MRAe invite ainsi la collectivité à préciser les leviers susceptibles de soutenir cette trajectoire démographique et à justifier les hypothèses retenues.

Un document stratégique appelé à évoluer avant son adoption

L’avis rendu par la Mission régionale d’autorité environnementale ne remet pas en cause l’orientation générale du projet de SCoT, mais invite la collectivité à préciser plusieurs éléments structurants avant son adoption définitive.

À terme, ce SCoT constituera le cadre de référence pour les politiques d’urbanisme, de logement et d’aménagement sur l’ensemble du territoire de Cap Excellence. Pour les acteurs de la construction, de l’aménagement et des infrastructures, il dessinera également les conditions de développement du principal pôle économique de la Guadeloupe dans les années à venir.