La loi de finances pour 2026 ne bouleverse pas brutalement l’environnement des entreprises de travaux publics. Elle installe plutôt une série d’ajustements qui, mis bout à bout, resserrent l’équation économique du secteur. Fiscalité, coûts d’exploitation, financement des collectivités, exigences réglementaires : chaque levier évolue à la marge. Ensemble, ils dessinent une année 2026 plus exigeante, notamment dans les territoires ultramarins où l’investissement public reste un moteur structurant de l’activité.
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Une pression fiscale stabilisée, mais plus encadrée
Premier signal : la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises est prolongée en 2026 pour les groupes dont le chiffre d’affaires dépasse 1,5 milliard d’euros. Les majors sont directement concernées. Pour les acteurs intermédiaires, le message est plus large : la consolidation budgétaire reste à l’ordre du jour.
La réforme du pacte Dutreuil va dans le même sens. Désormais, seuls les biens exclusivement affectés à une activité industrielle, commerciale, libérale ou agricole peuvent bénéficier de l’exonération partielle de droits de mutation. Surtout, l’engagement de conservation passe de 4 à 6 ans. Dans un secteur où de nombreuses entreprises sont familiales, cette évolution peut peser sur les stratégies de transmission et de structuration patrimoniale.
Autre nouveauté structurante : l’instauration d’une taxe de 20 % pour certaines holdings patrimoniales détenues par une personne physique lorsque la valeur vénale des actifs dépasse 5 millions d’euros. Elle cible les actifs non affectés à une activité opérationnelle et réputés somptuaires. Là encore, l’impact dépendra des montages existants, mais la logique est claire : limiter les détentions patrimoniales peu productives.
À l’inverse, la prolongation jusqu’en 2029 de la possibilité d’amortir fiscalement le fonds commercial constitue un levier favorable, notamment dans les opérations de reprise.
Flotte et environnement : des coûts sous tension progressive
Le volet véhicules est plus concret pour le terrain. Le seuil du malus au poids est abaissé de 1 600 kg en 2025 à 1 500 kg en 2026. En parallèle, le seuil du malus écologique passe de 113 g/km à 108 g/km. Lorsque les deux taxes s’appliquent, leur cumul peut désormais atteindre 80 000 euros, contre 70 000 euros l’an dernier.
Pour des entreprises de TP dont le parc est composé de véhicules utilitaires et de modèles robustes, souvent lourds, ces ajustements ne sont pas théoriques. Ils influencent directement les stratégies de renouvellement. L’intégration des VUL électriques dans le calcul de la taxe annuelle incitative ajoute un paramètre supplémentaire, alors même que, dans certains territoires ultramarins, l’offre électrique ou hydrogène reste encore limitée.
La fiscalité environnementale s’exprime aussi via la TGAP. Pour 2026, la taxe sur les matériaux d’extraction est fixée à 0,23 euro par tonne, applicable depuis le 29 janvier. Côté déchets non dangereux, le tarif atteint 69 euros par tonne à compter du 19 février 2026, avec une trajectoire clairement annoncée jusqu’en 2030 : 73 euros en 2027, 77 euros en 2028, 81 euros en 2029 et 85 euros en 2030. Les déchets dangereux sont, eux, taxés à 30,36 euros par tonne pour le stockage et 15,18 euros pour le traitement thermique.
Certes, les déchets de travaux publics sont majoritairement inertes et donc moins exposés que d’autres filières. Mais la trajectoire jusqu’en 2030 envoie un signal-prix durable. À moyen terme, elle renforce l’intérêt économique du tri, du recyclage et de la valorisation.
Collectivités : un signal budgétaire plus préoccupant
Le point de vigilance principal se situe du côté des finances locales. Plusieurs enveloppes d’investissement évoluent à la baisse :
- Dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) : –200 M€
- Fonds Vert : –300 M€ par rapport à 2025
- Compensation des valeurs locatives des locaux industriels : –300 M€ pour les EPCI
- Suppression d’une fraction de la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance (TEITLD) : environ 50 M€ pour les départements
Le versement du Fonds de compensation de la TVA (FCTVA) est décalé d’un an pour les EPCI, ce qui peut affecter leur trésorerie. En parallèle, un dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales (DILICO) de 740 millions d’euros est instauré, réparti entre régions (350 M€), intercommunalités (250 M€) et départements (140 M€). Les collectivités récupèrent 90 % de leur contribution sur trois ans, le solde alimentant des mécanismes de péréquation.
Dans les territoires d’outre-mer, où la commande publique représente une part déterminante de l’activité des entreprises de TP, ces ajustements budgétaires ne sont pas neutres. Même en l’absence de gel massif des investissements, les arbitrages locaux pourraient ralentir certains programmes ou étaler les calendriers. La visibilité des carnets de commandes dépendra donc étroitement de la capacité des collectivités à maintenir leur niveau d’engagement.
Organisation et conformité : l’exigence monte d’un cran
Enfin, la loi de finances 2026 renforce les sanctions en cas de non-respect de l’obligation de facturation électronique et de transmission des données à l’administration, dont l’entrée en vigueur est fixée au 1er septembre 2026. Le sujet n’est plus simplement technique : il devient un enjeu de conformité stratégique.
Côté formation, la suppression de l’aide de 500 euros au permis pour les apprentis et le plafonnement de certaines utilisations du CPF – dont les modalités seront précisées par décret – peuvent influencer les politiques RH, en particulier dans un secteur confronté à des tensions de recrutement.
2026, année de gestion fine plutôt que de rupture
Pris isolément, aucun de ces dispositifs ne bouleverse le secteur des travaux publics. Mais leur cumul installe une contrainte diffuse : coûts d’exploitation progressivement plus élevés, fiscalité patrimoniale plus encadrée, finances locales sous pression et exigences réglementaires accrues.
Pour les entreprises de TP, notamment dans les Outre-mer où l’investissement public structure fortement l’activité, l’enjeu ne sera pas seulement de s’adapter. Il s’agira d’anticiper. Ajuster les stratégies de flotte, surveiller les trajectoires de TGAP, suivre de près les arbitrages budgétaires des collectivités : 2026 impose une lecture économique plus fine.
Plus qu’une année de choc, c’est une année d’équilibre sous tension.
Source : FNTP / Loi de finances 2026 : ce qui change pour les entreprises de travaux publics









