En Guyane, la transition énergétique prend une dimension concrète. À Sinnamary, deux projets s’élèvent comme des solutions innovantes : transformer le bois ennoyé du lac de Petit-Saut en richesse locale. D’un côté, une valorisation de ce bois immergé, qui devient du bois d’œuvre, une matière première pour la construction. De l’autre, une centrale biomasse qui convertit les résidus en électricité verte, alimentant le littoral guyanais. Ces deux initiatives, soutenues par l’Agence Française de Développement (AFD), incarnent une ambition claire : conjuguer développement durable et autonomie énergétique.
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Contexte et cadre réglementaire
La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2018-2023
La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2018-2023 définit les grandes orientations de la politique énergétique en Guyane. C’est une véritable boussole pour l’avenir énergétique de la Guyane. Son objectif est clair : réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en augmentant la part des énergies renouvelables. Dans cette vision, les projets de Sinnamary prennent tout leur sens, apportant une solution locale et durable.
Le Programme Régional Forêt Bois (PRFB) 2019-2029
Le Programme Régional Forêt Bois (PRFB) 2019-2029 va plus loin. Il invite à voir les forêts de Guyane comme une richesse à gérer avec soin. Et cette ressource insoupçonnée, le bois ennoyé du lac de Petit-Saut, devient une opportunité. Une ressource autrefois immergée qui renaît sous forme de bois d’œuvre et de bioélectricité.
Projet de valorisation du bois ennoyé : Une industrie innovante
Triton Guyane SAS (TGS) a vu dans le lac de Petit-Saut bien plus qu’une étendue d’eau. Elle y a découvert une ressource inexploitée : le bois ennoyé, immergé depuis des décennies.
Son objectif ? Transformer ces troncs oubliés en bois d’œuvre de qualité. Wapa, Courbaril, et autres essences locales se transforment alors en matériaux nobles pour la construction, l’artisanat et l’ameublement.
Mais au-delà de la transformation, c’est tout un savoir-faire qui se met en œuvre. Les techniques d’extraction, développées pour préserver la qualité du bois, permettent de récupérer ce matériau immergé depuis 1994.
Une fois séché et traité, ce bois prend une nouvelle valeur. Quant aux résidus, les fameux connexes, ils ne sont pas perdus. Ils deviennent une source d’énergie verte, alimentant la centrale biomasse de Sinnamary.
Ce projet ne se limite pas à la production de bois. Il porte une dynamique économique. Chaque année, des milliers de mètres cubes de bois d’œuvre sont produits, réduisant les importations tout en créant des emplois locaux. Une véritable chaîne de valeur, ancrée au cœur de la Guyane.
De l’écorce à l’énergie : La centrale biomasse de Sinnamary
Sinnamary Biomasse Énergie (SBE) se tient au cœur de la production d’électricité verte en Guyane. Soutenue par Voltalia, cette initiative transforme les connexes issus de l’exploitation du bois ennoyé en une ressource énergétique précieuse. Ici, rien ne se perd : les résidus deviennent une source d’énergie.
La centrale biomasse de 10 MWe, alimentée par ces connexes, repose sur un modèle de cogénération. Concrètement, cela signifie qu’elle produit à la fois de l’électricité et de la chaleur, maximisant ainsi l’efficacité énergétique. Une énergie propre qui alimente 8 % de la demande en électricité du littoral guyanais, soit un quart des objectifs fixés par la PPE.
Ce modèle de valorisation en circuit court redéfinit les règles : les ressources locales, autrefois négligées, deviennent un levier de transition énergétique. En réduisant la dépendance aux énergies fossiles et les pertes énergétiques, cette centrale allie développement durable et autonomie régionale.
Soutien stratégique de l’AFD : Un investissement de 55 Millions d’Euros
L’Agence Française de Développement (AFD) s’engage dans ces projets avec un soutien financier de 55 millions d’euros. Mais au-delà des chiffres, c’est une vision qui s’affirme : celle d’une Guyane capable de conjuguer développement économique et transition énergétique. Ce financement stratégique n’est pas qu’un simple apport financier. Il traduit une volonté de soutenir des initiatives concrètes, où l’innovation s’allie à la durabilité.
Plus qu’une promesse : Des emplois et des opportunités à Sinnamary
Les deux projets ne se contentent pas de produire de l’énergie verte ou du bois d’œuvre. Ils transforment aussi le tissu économique local. À Sinnamary, ce sont 100 emplois directs qui voient le jour.
Ces postes couvrent des domaines variés, de l’exploitation forestière avec la coupe, l’extraction et la transformation du bois, à la transformation industrielle où le bois est traité, séché et valorisé. Ils incluent également la production énergétique pour la gestion de la centrale biomasse, la maintenance des installations pour garantir leur bon fonctionnement, et la gestion administrative avec le suivi des opérations et la coordination des équipes.
Mais l’impact ne s’arrête pas là. Au-delà de ces emplois directs, des opportunités indirectes émergent. Des activités de logistique s’organisent pour le transport des matériaux et des équipements, tandis que des services connexes se développent, comme la restauration, le commerce et le soutien aux travailleurs. Le projet devient ainsi un moteur économique local.
Vision d’avenir : une Guyane plus verte, plus autonome
Ces projets vont bien au-delà des chiffres. Ils incarnent une stratégie claire : valoriser durablement les ressources locales tout en renforçant l’autonomie énergétique de la Guyane.
En misant sur une énergie verte produite en circuit court, ils limitent la dépendance aux énergies fossiles et renforcent l’économie régionale.
Ces initiatives visent également à préserver les ressources forestières tout en stimulant le développement économique et l’emploi local. En réunissant des acteurs publics, comme l’AFD, et privés, avec Voltalia, ils démontrent la force des partenariats pour mener une transition énergétique réussie. Mieux encore, ils ouvrent la voie à une véritable filière bioélectrique, capable de s’étendre et de se pérenniser en Guyane.









