Un an après Chido, la question n’est plus celle du choc, mais celle de ses conséquences durables sur l’accès aux services essentiels à Mayotte. Le cyclone a agi comme un révélateur brutal de fragilités structurelles déjà documentées, en particulier en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Dans un rapport publié en décembre 2025, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL dresse le bilan de la réponse d’urgence en eau, hygiène et assainissement (EHA) et analyse ce que cette crise révèle du fonctionnement du territoire mahorais.
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Un choc d’ampleur exceptionnelle sur un territoire déjà fragilisé
Le cyclone Chido a provoqué un bilan humain lourd, avec 40 décès officiellement recensés, et des dégâts matériels massifs. Plus de 19 000 bâtiments ont été touchés et près de 70 % de la population a été gravement impactée. Les quartiers d’habitat précaire ont payé le prix le plus élevé. À Kawéni, l’un des plus grands bidonvilles de France, entièrement détruit, des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans toit en quelques heures.
Cette catastrophe s’inscrit dans un contexte déjà extrêmement fragile. À Mayotte, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et près de 40 % des logements sont constitués d’habitats précaires en tôle.
Avant même le cyclone, le territoire faisait face à une crise structurelle de l’eau, marquée par des tours d’eau permanents et une production insuffisante au regard des besoins. Chido n’a donc pas créé la crise : il l’a brutalement amplifiée.
L’effondrement de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement
Dès le passage du cyclone, l’accès à l’eau potable s’est presque totalement interrompu. La destruction massive des réseaux électriques a entraîné l’arrêt des forages, des pompes et de l’usine de dessalement de Petite-Terre, révélant la dépendance critique de la production d’eau à l’électricité. 4 jours après Chido, la production journalière d’eau potable avait chuté à environ 20 000 m³, contre une capacité déjà insuffisante de 37 000 m³ avant la crise, pour des besoins estimés à 48 000 m³.
Cette rupture a contraint une partie importante de la population à se tourner vers des sources non sécurisées : rivières, bassins agricoles, puits. Les personnes non raccordées au réseau, qui dépendaient des bornes fontaines monétiques, ont souvent perdu leurs contenants et leurs moyens de transport de l’eau.
L’assainissement, déjà très partiel sur le territoire, a également été fortement affecté par les coupures d’électricité et les dégradations des stations de traitement. La gestion des déchets s’est trouvée paralysée pendant plusieurs semaines, avec des milliers de tonnes de gravats, de déchets verts et ménagers accumulés dans l’espace public.
Des conséquences sanitaires et sociales immédiates et durables
La dégradation de l’accès à l’eau et à l’assainissement a eu des répercussions sanitaires rapides. L’utilisation d’eaux insalubres et l’impossibilité d’assurer les gestes d’hygiène de base ont favorisé la propagation de maladies hydriques telles que les gastro-entérites aiguës, la fièvre typhoïde ou le choléra, dans un territoire déjà marqué par de graves épidémies par le passé. L’exposition accrue aux moustiques a également contribué à la recrudescence des maladies vectorielles, avec une épidémie de chikungunya déclarée au printemps 2025.
Le système de santé, déjà sous tension avant le cyclone, a subi d’importants dégâts. Le centre hospitalier de Mayotte a vu plusieurs de ses services gravement endommagés, entraînant des retards de prise en charge et des interventions lourdes sur des plaies surinfectées.
À ces impacts physiques se sont ajoutées des conséquences psychologiques majeures. Près de la moitié des foyers interrogés ont déclaré des troubles liés au stress, à la peur et à la perte de logement, touchant aussi bien les adultes que les enfants.
Sur le plan social, la destruction des cultures locales et la paralysie des circuits d’approvisionnement ont accentué l’insécurité alimentaire. Les pénuries, les difficultés d’accès à l’argent et aux biens de première nécessité ont contribué à renforcer les tensions dans un contexte déjà marqué par une grande précarité.
Services publics et gestion de crise : des limites structurelles mises à nu
La crise a également mis en évidence les fragilités de l’organisation des services publics et de la gestion de crise. Si des dispositifs de prévention et d’alerte existent, leur efficacité s’est heurtée à des obstacles concrets : difficulté d’accès à l’information pour une partie de la population, rupture des télécommunications, enclavement de certaines zones en raison de l’état du réseau routier.
La méconnaissance de la population réelle, notamment dans les quartiers informels, a compliqué l’évaluation du bilan humain et des besoins. Les biais statistiques, les pratiques funéraires et les situations administratives complexes ont rendu le recensement des victimes particulièrement difficile. Cette réalité a nourri un sentiment de défiance et d’incompréhension au sein de la population, tout en compliquant l’action des autorités.
La réponse humanitaire face à une crise prolongée
Dans ce contexte, la mobilisation de la société civile et des organisations humanitaires a joué un rôle central. Présente à Mayotte depuis 2022, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a pu déployer rapidement des actions d’urgence en matière d’EHA, tout en s’appuyant sur un travail d’observation engagé avant le cyclone. Toutefois, le rapport souligne les limites de l’intervention humanitaire lorsqu’elle s’inscrit dans un territoire confronté à des vulnérabilités structurelles profondes.
La réponse d’urgence, par définition temporaire, ne peut compenser durablement les défaillances des infrastructures, de l’habitat et des services essentiels. Le rapport plaide ainsi pour une meilleure articulation entre action humanitaire et politiques de développement, afin de traiter les causes profondes de la vulnérabilité plutôt que ses seules manifestations.
Chido, révélateur plutôt que déclencheur
Un an après, le cyclone Chido apparaît moins comme un événement isolé que comme un révélateur. Il a exposé, de manière brutale, l’accumulation de fragilités qui caractérisent Mayotte : habitat précaire massivement exposé aux risques naturels, dépendance critique des réseaux d’eau à l’électricité, insuffisance des infrastructures d’assainissement, services publics sous-dimensionnés face à la croissance démographique.
Sans transformations structurelles, ces vulnérabilités continueront de produire des crises, qu’elles soient déclenchées par un cyclone, une sécheresse ou une nouvelle épidémie. Le rapport souligne ainsi la nécessité d’agir durablement sur l’accès à l’eau, l’habitat et les services essentiels pour réduire l’exposition du territoire aux chocs à venir.

Consulter ici le rapport complet : CHIDO, 1 AN APRÈS BILAN DE LA RÉPONSE D’URGENCE EN EAU, HYGIÈNE ET ASSAINISSEMENT
Le bilan dressé un an après le cyclone Chido met en évidence une réalité sans équivoque : à Mayotte, la crise de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement dépasse largement le cadre de l’urgence. Elle s’inscrit dans une dynamique structurelle, où chaque choc climatique vient exacerber des fragilités déjà connues. À travers ce rapport, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL invite à dépasser la gestion de crise pour engager des réponses durables, à la hauteur des enjeux sanitaires, sociaux et territoriaux du 101ᵉ département français.









