L’Observatoire de la Qualité de la Construction – Édition 2026 de l’Agence Qualité Construction (AQC) ne se limite plus à dresser un classement des désordres les plus fréquents. Cette nouvelle édition marque une évolution importante en proposant une lecture plus analytique de la sinistralité, de ses causes et des effets des actions de prévention engagées par la filière.
Au-delà de cette nouvelle approche, le rapport introduit une initiative particulièrement significative pour les territoires ultramarins : OBOM, un dispositif dédié à l’observation des logements collectifs en Outre-mer. Une évolution qui témoigne de la volonté de mieux prendre en compte les réalités constructives propres à ces territoires.
Observer autrement pour mieux prévenir les désordres
L’édition 2026 marque une rupture avec les précédents exercices de l’Observatoire. Jusqu’ici, les résultats étaient principalement présentés sous la forme d’un classement des éléments d’ouvrage les plus sinistrés.
Désormais, l’AQC cherche à comprendre pourquoi certaines pathologies diminuent tandis que d’autres progressent, et quels facteurs techniques, réglementaires ou organisationnels expliquent ces évolutions.
Comme le résume le directeur général de l’AQC, Philippe Rozier, le rapport entend désormais « adopter une approche plus analytique, dynamique et explicative de la sinistralité ».
Cette nouvelle lecture vise à dépasser le simple constat statistique pour transformer les données en véritable outil d’aide à la décision. L’observation ne consiste plus seulement à mesurer les désordres, mais aussi à identifier les leviers d’amélioration de la qualité de la construction.
Cette ambition s’appuie notamment sur le dispositif Sycodés, alimenté par les expertises Dommages-Ouvrage, qui permet depuis plusieurs décennies de suivre les pathologies récurrentes, d’évaluer leur évolution et d’orienter les actions de prévention à l’échelle nationale.
Des progrès confirmés sur plusieurs pathologies historiques
L’un des principaux enseignements du rapport est que certaines actions de prévention produisent des résultats mesurables. La sinistralité n’évolue pas uniformément : plusieurs familles de désordres connaissent une amélioration significative.
C’est notamment le cas des fondations superficielles, dont la sinistralité a fortement reculé depuis la fin des années 1990.
L’AQC attribue cette évolution à une meilleure prise en compte des conditions géotechniques, au développement des études de sol ainsi qu’à l’évolution des pratiques professionnelles.
Les murs enterrés ou de soubassement affichent eux aussi une tendance favorable, portée notamment par les évolutions successives des règles techniques et du NF DTU 20.1.
De même, les façades lourdes en maçonnerie de blocs de béton enregistrent une baisse des désordres, que les experts associent à la généralisation des techniques de joints minces et à une meilleure maîtrise de leur mise en œuvre.
Ces évolutions illustrent parfaitement l’objectif poursuivi par l’AQC : mesurer l’efficacité des évolutions réglementaires et des retours d’expérience afin d’orienter les futures actions de prévention plutôt que de simplement constater les sinistres.
De nouveaux défis apparaissent avec l’évolution des techniques
Si certaines pathologies reculent, le rapport montre également que de nouveaux sujets de vigilance émergent au rythme des évolutions techniques du secteur.
Les équipements sanitaires, notamment dans les maisons individuelles, connaissent une progression de leur sinistralité.
Les experts soulignent en particulier les difficultés rencontrées sur certains équipements récents, comme les douches de plain-pied, dont la qualité de réalisation devient déterminante.
La rénovation énergétique constitue également un terrain d’attention croissant. L’AQC insiste sur un aspect souvent sous-estimé : les interfaces entre ouvrages. Une isolation performante ou une nouvelle enveloppe thermique ne garantissent pas, à elles seules, la qualité finale du bâtiment.
Les jonctions entre les différents corps d’état, les raccordements d’étanchéité ou les traitements des ponts thermiques deviennent des points critiques pouvant compromettre les performances attendues.
Le rapport souligne également les enjeux liés au développement des pompes à chaleur en logement collectif.
Leur montée en puissance accompagne les objectifs de décarbonation du bâtiment, mais impose aussi une vigilance accrue sur la conception, le dimensionnement, la mise en œuvre et l’exploitation des installations, notamment pour les systèmes collectifs de forte puissance.
Autrement dit, la qualité de la construction ne dépend plus uniquement de la conformité de chaque ouvrage pris isolément. Elle repose de plus en plus sur la capacité des différents intervenants à coordonner leurs interventions tout au long du projet.
Les Outre-mer, des réalités constructives qui nécessitent une observation spécifique
C’est probablement l’une des avancées les plus marquantes de cette édition 2026 pour les professionnels ultramarins.
L’AQC reconnaît que les bases de données nationales, aussi riches soient-elles, ne permettent pas toujours de rendre compte des spécificités des territoires d’Outre-mer. Les contraintes climatiques, environnementales et logistiques y diffèrent sensiblement de celles observées en France hexagonale.
Parmi les principaux facteurs identifiés figurent notamment :
- une humidité élevée tout au long de l’année ;
- un environnement marin favorable à la corrosion ;
- l’exposition aux risques cycloniques et sismiques ;
- l’éloignement géographique et les contraintes d’approvisionnement ;
- des référentiels techniques qui nécessitent parfois des adaptations aux réalités locales.
Autant de caractéristiques susceptibles d’influencer la qualité du bâti et l’apparition de pathologies spécifiques.
C’est dans ce contexte qu’a été développé OBOM, un nouvel outil d’observation consacré aux logements collectifs ultramarins.
Cette démarche mutualisée réunit plusieurs partenaires afin de mieux documenter les désordres observés localement et de produire une connaissance adaptée aux réalités des territoires.
L’objectif est d’améliorer la compréhension des pathologies propres aux constructions ultramarines et permettre aux professionnels, bailleurs, maîtres d’ouvrage et collectivités de disposer d’indicateurs plus représentatifs pour orienter leurs actions de prévention.
Cette initiative marque une évolution importante. Elle traduit la volonté de ne plus considérer les territoires ultramarins comme une simple déclinaison des analyses nationales, mais comme des contextes constructifs à part entière, nécessitant des outils d’observation dédiés.

Consulter ici l’Observatoire de la Qualité de la Construction – Édition 2026 publié par l’AQC









