MAYOTTE. Une reprise fragile de l’économie portée par le BTP

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L’économie mahoraise amorce un redressement en 2025, portée en grande partie par les travaux de réhabilitation engagés après le passage du cyclone Chido. Dans sa synthèse annuelle publiée en avril 2026, l’IEDOM met en évidence un indice du climat des affaires atteignant 112,8 points en fin d’année, dans un contexte d’inflation modérée à 1,3 %. Mais derrière cette amélioration, la dynamique reste fragile, dépendante des chantiers en cours et encore loin d’une véritable phase de reconstruction structurée.

Une reprise enclenchée, mais encore dépendante de la réparation

L’année 2025 marque un tournant pour Mayotte. Après une année 2024 marquée par des crises multiples et le choc du cyclone, l’activité économique repart progressivement. Cette reprise s’appuie d’abord sur les besoins immédiats de remise en état du territoire.

Comme le souligne l’IEDOM, « l’activité rebondit en 2025 », mais cette dynamique reste étroitement liée aux travaux post-cyclone. L’indicateur du climat des affaires progresse tout au long de l’année, malgré une chute au deuxième trimestre, traduisant une reprise encore irrégulière.

Dans le même temps, la consommation des ménages repart à la hausse, soutenue par les dépenses liées à la reconstruction. Les importations bondissent de 25,9 %, atteignant un niveau historique de plus de 300 millions d’euros, tandis que les immatriculations de véhicules neufs progressent de 41,5 %.

Une reprise tangible, mais largement contrainte par le contexte.

Le BTP, principal moteur de l’activité en 2025

Dans ce paysage, le secteur du BTP s’impose comme le véritable pilier de la reprise. Porté par les opérations de réhabilitation, il concentre une grande partie de l’activité économique du territoire.

Les carnets de commandes affichent des niveaux élevés et les indicateurs financiers sont bien orientés. Les crédits immobiliers aux entreprises progressent de 8,7 %, tandis que les crédits à l’habitat des ménages augmentent de 6 %.

En parallèle, les importations de biens d’équipement professionnel (+31,7 %) et de biens intermédiaires (+38,1 %) traduisent une montée en charge des besoins liés aux chantiers.

Pour autant, cette dynamique reste partielle. L’IEDOM le souligne clairement : « les réalisations de 2025 restent toutefois inférieures aux anticipations des chefs d’entreprise ». Autrement dit, le secteur est actif, mais il n’a pas encore basculé dans une phase de reconstruction massive.

Des entreprises encore sous tension malgré la reprise

Derrière l’activité, les fragilités persistent. Les entreprises, notamment dans le BTP, continuent de composer avec des contraintes structurelles importantes.

Les tensions de trésorerie restent présentes, alimentées par des délais de paiement publics qui dépassent fréquemment les 90 jours. Ce décalage entre les engagements financiers et les paiements effectifs pèse directement sur la capacité des entreprises à maintenir leur activité.

Dans ce contexte, beaucoup de TPE et PME du secteur s’appuient sur l’endettement pour financer leurs opérations. Les crédits d’investissement progressent de 10,1 %, traduisant un effort réel de reconstruction, mais aussi une dépendance accrue au financement externe.

Sur le terrain, cette reprise reste donc fragile, avec des acteurs économiques qui avancent encore à vue, faute de visibilité sur le calendrier des grands projets.

Une économie tirée par les importations et le crédit

La reprise mahoraise repose également sur une dynamique forte d’importations et de financement par le crédit. Les achats de biens de consommation et d’équipement progressent fortement, en lien direct avec les besoins post-cyclone.

Les crédits à la consommation augmentent de 15,8 %, un niveau élevé qui reflète en partie le recours des ménages au financement pour assurer les travaux de réparation. À Mayotte, ces crédits servent aussi à financer des investissements immobiliers, brouillant la frontière entre consommation et reconstruction.

Cette configuration met en lumière une dépendance structurelle du territoire, à la fois aux importations et au financement externe, dans un contexte où les exportations restent marginales et la balance commerciale fortement déficitaire.

2026 : une reconstruction conditionnée aux financements effectifs

L’enjeu des prochains mois est désormais clair : transformer cette phase de réparation en une véritable stratégie de reconstruction durable. La loi de programmation du 11 août 2025, qui prévoit une enveloppe de 4 milliards d’euros d’ici 2031, constitue le socle de cette ambition.

Mais sur le terrain, plusieurs obstacles ralentissent cette transition. La lenteur des procédures administratives, les retards dans la publication des décrets d’application et les contraintes budgétaires nationales freinent le lancement des grands projets structurants, notamment dans les infrastructures scolaires ou aéroportuaires.

L’IEDOM alerte sur ce point en soulignant que « le principal point de rupture réside dans le décalage entre les autorisations d’engagement budgétaires et le décaissement effectif des crédits de paiement ».

Un décalage qui fragilise directement les entreprises et ralentit la concrétisation des chantiers.


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Consulter ici la synthèse annuelle 2025 – Mayotte