Publiée fin avril 2026 par l’IEDOM, la synthèse annuelle 2025 dresse le portrait d’une économie guyanaise qui retrouve progressivement des marges de manœuvre. Le climat des affaires s’améliore, l’investissement repart et plusieurs projets structurants soutiennent l’activité. Mais derrière cette dynamique, des fragilités persistent. Le secteur du logement, en particulier, envoie un signal de décrochage marqué, malgré des besoins toujours importants sur le territoire.
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Une économie qui retrouve progressivement de la visibilité
En 2025, le climat des affaires s’améliore nettement en Guyane, avec un indicateur qui atteint 105 en fin d’année et 100,3 en moyenne annuelle, au-dessus de sa moyenne de long terme.
Après un début d’année marqué par des incertitudes politiques, l’activité se redresse à partir du troisième trimestre, portée notamment par l’adoption de la loi de finances et la reprise du Centre Spatial Guyanais.
Dans le même temps, l’inflation ralentit à 1,5 % en moyenne annuelle, contre 3,0 % en 2024, contribuant à stabiliser l’environnement économique malgré des hausses toujours sensibles sur les services et l’alimentation.
L’investissement, principal moteur de la reprise
La dynamique observée en 2025 repose largement sur l’investissement. Les encours de crédits d’investissement progressent de 8,3 % sur l’année, confirmant un regain d’activité, notamment au second semestre.
Cette tendance s’appuie sur plusieurs projets d’envergure qui structurent l’économie locale :
- construction du second pont du Larivot (190 millions d’euros),
- la cité judiciaire de Saint-Laurent-du-Maroni (90 millions d’euros),
- la centrale bioénergie du Larivot (600 millions d’euros)
- et la centrale biomasse de Sinnamary (145 millions d’euros).
Le Centre Spatial Guyanais joue également un rôle central dans cette dynamique. La reprise des lancements et les investissements liés à l’évolution de ses infrastructures contribuent à soutenir l’activité et à renforcer la visibilité des acteurs économiques.
Dans ce contexte, la trajectoire d’investissement apparaît globalement favorable, même si elle reste en partie dépendante de ces grands projets structurants.
Un BTP en reprise, mais encore sous tension
Le secteur du BTP reflète cette reprise en demi-teinte. Après une année 2024 dynamique, l’activité recule nettement en début d’année 2025 avant de se redresser à partir du troisième trimestre, puis de se stabiliser en fin d’exercice.
Les entreprises du secteur signalent une amélioration de leurs charges d’exploitation, après plusieurs années de dégradation. En revanche, les délais de paiement se détériorent fortement, notamment en début d’année, et restent un point de vigilance important.
Les données de financement confirment toutefois un retour progressif de la dynamique : les encours de crédits dans le secteur de la construction progressent de 8,2 % en 2025, après une baisse de 8,1 % l’année précédente. Cette évolution suggère une reprise réelle, mais encore dépendante d’un environnement économique et opérationnel fragile.
Logement : un recul marqué malgré des besoins élevés
C’est l’un des principaux enseignements de la synthèse : le secteur du logement décroche nettement en 2025.
Le nombre de logements autorisés à la construction chute de 29,2 % sur l’année, tandis que les logements commencés reculent de 18,2 %. Cette contraction intervient pourtant dans un territoire où les besoins en logements restent structurellement élevés.
Ce décalage met en évidence des difficultés persistantes dans la chaîne de production du logement. Il pourrait traduire des freins multiples — économiques, administratifs ou opérationnels — qui viennent limiter la concrétisation des projets, malgré une dynamique globale d’investissement.
Pour les acteurs du BTP et de l’aménagement, ce signal apparaît particulièrement structurant, dans la mesure où il contraste avec la reprise observée sur d’autres segments de l’économie.
Une reprise qui peine encore à bénéficier aux ménages
En parallèle, plusieurs indicateurs montrent que l’amélioration du contexte économique ne se diffuse pas encore pleinement à l’ensemble de la population.
La consommation des ménages ralentit en 2025. Les importations de biens de consommation reculent en volume (-1,7 %), et le marché automobile enregistre une baisse marquée, avec des immatriculations en repli de 5,8 %.
Le nombre de dossiers de surendettement progresse de 8,2 %, traduisant une fragilisation d’une partie des ménages. Sur le marché du travail, le taux de chômage reste élevé à 16,9 %, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi continue d’augmenter.
Ces éléments suggèrent que la reprise économique, bien qu’amorcée, ne se traduit pas encore par une amélioration significative des conditions de vie pour l’ensemble des habitants.
La synthèse met en évidence une économie guyanaise en reprise, portée par l’investissement et le retour de la confiance des entreprises. Mais cette dynamique reste déséquilibrée, avec des fragilités persistantes, notamment sur le logement et la situation des ménages, qui continuent de peser sur la trajectoire globale du territoire.










