Directeur général adjoint du groupe Caisse des Dépôts et directeur de la Banque des Territoires depuis le 19 juin 2025, Antoine Saintoyant effectue un déplacement de plus de 48 heures en Martinique. Première étape : le chantier de la résidence Maison Rouge, au Marin, porté par FPB Holding et son dirigeant Fabrice Belliard, un programme de logements acquis en VEFA par le bailleur social Ozanam. Derrière cette visite, une stratégie : identifier les bons partenaires locaux, déployer les financements du Livret A, et soutenir la dynamique d’investissement qui a permis à la Banque des Territoires d’atteindre un volume record de 41,5 milliards d’euros de prêts en 2025.
Sur le chantier de Maison Rouge, les casques de chantier côtoient les tenues institutionnelles. Quatorze mois de travaux, une résidence qui mêlera logements de gendarmes, logements jeunes actifs et logements intermédiaires, le tout destiné à s’inscrire dans un programme urbain plus large porté par la commune. Pour Antoine Saintoyant, cette visite concrétise la doctrine d’investissement qu’il défend depuis sa prise de fonctions : flécher l’épargne des Français vers des projets territoriaux durables, en outre-mer comme dans l’Hexagone. Entretien…
Monsieur Saintoyant, pouvez-vous rappeler à nos lecteurs ce qu’est la Banque des Territoires ?
La Banque des Territoires est une banque d’intérêt général. Nous utilisons l’épargne des Français, via le Livret A notamment, pour accorder des prêts destinés à soutenir le développement des territoires, dans l’Hexagone comme en outre-mer. Cela concerne le logement bien sûr, mais pas seulement : les écoles, le tourisme, l’eau, et plus largement toutes les infrastructures qui concourent au développement du pays.
Vous avez également un axe fort autour de l’énergie et du développement durable ?
Tout à fait. Nos grandes priorités à la Banque des Territoires se structurent autour de trois axes. Le premier, c’est la cohésion sociale, avec le logement notamment. Le deuxième, c’est la transformation écologique, avec un accent particulier sur l’énergie décarbonée : panneaux solaires, éoliennes, centrales biomasse, valorisation des déchets. Nous intervenons à la fois en prêt et en investissement. Le troisième axe, c’est la souveraineté : souveraineté industrielle, souveraineté numérique avec par exemple les data centers, et souveraineté énergétique. Dans tous ces domaines, nous pouvons agir comme prêteur ou comme partenaire investisseur, aux côtés d’entreprises privées ou de collectivités locales.
« Nous sommes une banque d’intérêt général qui transforme l’épargne des Français en projets de territoire. »
Vous cumulez deux fonctions. Pouvez-vous clarifier votre rôle au sein du groupe Caisse des Dépôts ?
Effectivement, j’occupe deux fonctions. Directeur de la Banque des Territoires, qui fait partie du groupe Caisse des Dépôts, et directeur général adjoint du groupe Caisse des Dépôts. Le groupe, au-delà de la Banque des Territoires, compte de nombreuses filiales : La Poste, Bpifrance, Suez, Transdev, ou encore CDC Habitat. Et dans l’écosystème CDC Habitat, il y a la SIMAR en Martinique, la SIG en Guadeloupe, et 2terHabitat en Guyane, dont nous sommes actionnaires majoritaires. C’est un ensemble cohérent, au service du développement des territoires.

Nous sommes aujourd’hui sur le chantier Maison Rouge, un programme porté par FPB Holding, acquis par Ozanam. Vous ne financez donc pas seulement les bailleurs dont vous êtes actionnaire ?
Vous avez raison, c’est un point essentiel. Nous intervenons de deux manières. D’abord comme prêteur de l’ensemble du secteur du logement social ou intermédiaire. En 2025, nous avons prêté 22,5 milliards d’euros au secteur, majoritairement dans l’Hexagone mais aussi en outre-mer. Nous prêtons à tout le monde. Ozanam, par exemple, est une filiale d’Action Logement, qui est notre premier client au niveau national. Nous leur prêtons avec l’argent du Livret A. Ozanam utilise ensuite ces fonds soit pour construire en maîtrise d’ouvrage propre, soit pour racheter des programmes en VEFA, ce qui est le cas ici à Maison Rouge. Fabrice Belliard, avec FPB Holding, a monté son programme de promoteur, et Ozanam lui rachète les logements en VEFA. Nous finançons cette acquisition.

Vous êtes aussi le premier financeur des collectivités locales. Pourquoi les maires et les présidents de collectivités font-ils massivement appel à vous ?
Parce que les collectivités ont des projets immenses : adaptation au changement climatique, rénovation ou construction d’écoles, réseaux d’eau, infrastructures. Un maire qui doit rénover une école a deux leviers classiques, lever l’impôt et solliciter l’État, et un troisième levier : l’emprunt. Notre avantage par rapport aux banques commerciales, c’est la durée. Nous prêtons sur des durées très longues, en moyenne 35 ans, parfois plus. Une école, c’est fait pour durer au moins vingt ou quarante ans. Il est logique d’amortir le prêt sur une durée cohérente avec la vie de l’ouvrage. Deuxième avantage : nos taux sont très compétitifs, autour du taux du Livret A plus 0,5 %, soit environ 2 % à 30 ans. Une banque classique, sur la même durée, prêtera autour de 4,5 ou 5 %. En 2025, nous avons ainsi accordé 10 milliards d’euros de prêts aux collectivités locales.
« Nous prêtons à 35 ans en moyenne, à des taux autour de 2 %. Aucune banque classique ne peut rivaliser sur ce terrain. »
Concrètement, quels sont les montants financés en Martinique en 2025 ?
En Martinique, nous avons financé 80 millions d’euros en 2025. Sur ce total, environ 45 millions pour le logement, un peu plus de 15 millions pour les collectivités, et une dizaine de millions d’investissements dans le secteur privé, notamment hôtelier. Nous avons par exemple une participation de 49 % dans les murs du Club Med Les Boucaniers, un investissement significatif. Et nous avons d’autres projets à l’étude. C’est aussi pour cela que je suis ici : demain, nous allons rencontrer des porteurs de projets hôteliers susceptibles de se concrétiser prochainement en Martinique.

Que pensez-vous justement du chantier Maison Rouge tel que Fabrice Belliard vient de vous le présenter ?
D’après ce que nous avons vu, le programme semble particulièrement bien adapté, notamment pour les logements destinés aux gendarmes. Par rapport à ce que j’ai pu voir dans l’Hexagone, où les conditions de logement des gendarmes sont parfois loin d’être optimales, ici c’est bien mieux. Les logements jeunes actifs et intermédiaires présentent également une vraie qualité et une bonne desserte. C’est un beau programme, d’autant qu’en discutant avec le maire, il a vocation à s’insérer dans un ensemble plus large, avec des services et du commerce. Tous les ingrédients sont réunis.
Plus largement, quelle est votre vision pour les outre-mer ?
Difficile d’avoir une vision d’ensemble alors que j’arrive tout juste en Martinique. Mais ce que mes équipes me disent converge : les besoins d’investissement restent importants, le territoire est dynamique, et malgré les crises successives, malgré la question de la vie chère liée à l’éloignement, il y a une vraie dynamique, des investisseurs, des maires qui portent des visions pour leur territoire. Mon déplacement, qui va durer un peu plus de 48 heures, est pensé comme un marathon : rencontrer le maximum de partenaires identifiés comme porteurs de projets solides. Car lorsqu’on sait que quelqu’un a réussi à faire quelque chose de bien quelque part, on signe les yeux fermés pour continuer à le financer. C’est exactement ce que nous venons faire ici.
Vendredi, le groupe présentera son bilan 2025. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?
Ce qui est vraiment marquant sur 2025, au niveau national et en outre-mer, ce sont des volumes de prêts historiquement élevés. Jamais nous n’avions atteint un tel niveau : 41,5 milliards d’euros de financements au total. Cela a permis de booster l’investissement local. On dit souvent que la croissance française est faible, autour de 0,7 à 1 %. Mais au niveau de l’investissement local, la dynamique est forte : maires qui portent des projets, bailleurs sociaux qui investissent massivement. C’est exactement le modèle que nous soutenons : mobiliser au maximum l’épargne des Français du Livret A pour financer le territoire, plutôt que de la laisser dormir ou de la placer sur des produits financiers. Bien sûr, nous ne pouvons pas tout prêter, car les épargnants peuvent retirer leurs fonds à tout moment, mais nous utilisons au maximum notre capacité.
« 41,5 milliards d’euros en 2025, un record : l’épargne des Français, transformée en investissement local. »
Un dernier mot. Êtes-vous optimiste pour les années à venir ?
Oui, je suis optimiste. Qui dit l’inverse ? Nous vivons dans un monde compliqué, avec une guerre au Moyen-Orient qui impacte la vie de millions de personnes, y compris ici via les prix. Ce sont des choses que nous ne maîtrisons pas. Mais dans ce contexte, la France reste bien positionnée, il y a du dynamisme, on peut porter des projets. Le défi, c’est la jeunesse. La population française vieillit, il faut accompagner les seniors, les loger, mais il faut surtout offrir des perspectives aux jeunes. Si nous n’offrons pas ces perspectives, c’est la catastrophe. Il faut des perspectives économiques, des opportunités qui permettent aux jeunes de créer, d’entreprendre, de développer le pays depuis l’intérieur. C’est le sens même de notre action.
Si le chantier Maison Rouge concentre l’attention, l’ambition portée par la Banque des Territoires est plus global : faire de la Martinique un terrain d’investissement privilégié pour la Banque des Territoires, en s’appuyant sur des partenaires privés comme FPB Holding, des bailleurs sociaux et un écosystème institutionnel local mobilisé. À l’heure où le groupe Caisse des Dépôts s’apprête à dévoiler des chiffres historiques (ce vendredi 24 avril), le message envoyé depuis le Marin est limpide : la dynamique territoriale existe, elle doit être accompagnée, et elle passera par la jeunesse.
Ils ont dit
Loïc Rolland – Directeur Antilles-Guyane de la Banque des Territoires
« 2025 n’a pas été l’année de la transformation, mais celle de l’accélération : 29 % de prêts supplémentaires auprès des bailleurs sociaux par rapport à l’année précédente. Nous craignions un tassement lié au vieillissement de la population antillaise, mais la volonté de rénover le parc existant a contribué à maintenir la dynamique. Les collectivités locales ont également largement fait appel à nous : taux du Livret A plus 0,5 %, soit environ 2 %, sur des durées de 30, 40, 50 voire 60 ans. C’est l’épargne des Antillais et des Guyanais qui finance cette demande et laisse des marges de manœuvre aux territoires. »
José Mirande – Maire du Marin
« Ce quartier est une véritable extension de la ville : 300 à 400 logements, une zone pavillonnaire, deux crèches, un complexe sportif et culturel à proximité, une voie de mobilité douce qui rejoindra le bourg, et une zone d’activités commerciales. Je recherche la mixité sociale : nous sommes la commune du sud la mieux dotée en logements sociaux, mais j’ai besoin ici de logements intermédiaires. Le Marin est un port de plaisance, notre destination ce sont la restauration, le bonheur, le plaisir. Je rêve d’un hôtel de congrès de 300 chambres. Ma méthode : prendre le temps de construire sans déficit public, chercher l’argent là où il est, et s’entourer d’investisseurs sérieux. »
Bastien Mérot – Sous-préfet du Marin
« Ce site est emblématique de l’avenir du Marin et du sud de la Martinique. Emblématique parce qu’il démontre que le sud est un territoire qui gagne des habitants et qui attire. Ce programme a une saveur particulière pour l’État puisqu’il accueillera aussi des gendarmes au service de toute la Martinique. Il se met en œuvre dans le respect des délais, en mobilisant l’ensemble de la filière BTP locale, ce qui n’est pas toujours évident. Il illustre que l’on peut porter de grands projets en Martinique avec beaucoup de succès. »
Fabrice Belliard – Dirigeant de FPB Holding, promoteur de la résidence Maison Rouge
« Nous sommes très heureux d’avoir accueilli sur le chantier de Maison Rouge cette délégation de la Banque des Territoires et du groupe Caisse des Dépôts. Cette visite démontre la force de l’ingénierie locale mise au service de la politique du logement en Martinique. Ce sont plusieurs centaines d’employés du BTP qui interviennent directement sur cette opération, sans compter l’écosystème qui s’organise autour : les équipements publics portés par la ville du Marin, notamment les opérations de crèches, et les investissements privés avec la zone pavillonnaire de 38 villas qui s’implante aux alentours. Tout cela crée une dynamique territoriale exceptionnelle. Pour ma part, croire en la Martinique, c’est investir en Martinique.»















« 2025 n’a pas été l’année de la transformation, mais celle de l’accélération : 29 % de prêts supplémentaires auprès des bailleurs sociaux par rapport à l’année précédente. Nous craignions un tassement lié au vieillissement de la population antillaise, mais la volonté de rénover le parc existant a contribué à maintenir la dynamique. Les collectivités locales ont également largement fait appel à nous : taux du Livret A plus 0,5 %, soit environ 2 %, sur des durées de 30, 40, 50 voire 60 ans. C’est l’épargne des Antillais et des Guyanais qui finance cette demande et laisse des marges de manœuvre aux territoires. »
« Ce quartier est une véritable extension de la ville : 300 à 400 logements, une zone pavillonnaire, deux crèches, un complexe sportif et culturel à proximité, une voie de mobilité douce qui rejoindra le bourg, et une zone d’activités commerciales. Je recherche la mixité sociale : nous sommes la commune du sud la mieux dotée en logements sociaux, mais j’ai besoin ici de logements intermédiaires. Le Marin est un port de plaisance, notre destination ce sont la restauration, le bonheur, le plaisir. Je rêve d’un hôtel de congrès de 300 chambres. Ma méthode : prendre le temps de construire sans déficit public, chercher l’argent là où il est, et s’entourer d’investisseurs sérieux. »
« Ce site est emblématique de l’avenir du Marin et du sud de la Martinique. Emblématique parce qu’il démontre que le sud est un territoire qui gagne des habitants et qui attire. Ce programme a une saveur particulière pour l’État puisqu’il accueillera aussi des gendarmes au service de toute la Martinique. Il se met en œuvre dans le respect des délais, en mobilisant l’ensemble de la filière BTP locale, ce qui n’est pas toujours évident. Il illustre que l’on peut porter de grands projets en Martinique avec beaucoup de succès. »
« Nous sommes très heureux d’avoir accueilli sur le chantier de Maison Rouge cette délégation de la Banque des Territoires et du groupe Caisse des Dépôts. Cette visite démontre la force de l’ingénierie locale mise au service de la politique du logement en Martinique. Ce sont plusieurs centaines d’employés du BTP qui interviennent directement sur cette opération, sans compter l’écosystème qui s’organise autour : les équipements publics portés par la ville du Marin, notamment les opérations de crèches, et les investissements privés avec la zone pavillonnaire de 38 villas qui s’implante aux alentours. Tout cela crée une dynamique territoriale exceptionnelle. Pour ma part, croire en la Martinique, c’est investir en Martinique.»