GUADELOUPE. Une économie résiliente en 2025 malgré le recul du BTP

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L’économie de la Guadeloupe a confirmé sa capacité de résistance en 2025, malgré un environnement économique encore marqué par des tensions sur le pouvoir d’achat et un contexte international incertain. Dans sa synthèse annuelle publiée en avril 2026, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) décrit une conjoncture globalement favorable, portée par l’investissement et la bonne tenue du tourisme. Mais derrière cette stabilité, certains secteurs stratégiques, notamment la construction, continuent de faire face à des difficultés. Comme le souligne le rapport, « l’économie guadeloupéenne confirme sa résilience dans un contexte d’inflation modérée et de climat des affaires bien orienté ».

Une économie qui reste globalement bien orientée

Cette résilience s’appuie d’abord sur un climat des affaires qui reste bien orienté. En 2025, l’indicateur synthétique atteint 103 points, un niveau supérieur à sa moyenne de long terme. Même s’il recule légèrement par rapport à 2024 (104,8 points), il témoigne d’un environnement économique jugé globalement favorable par les chefs d’entreprise.

Dans le même temps, la dynamique entrepreneuriale demeure soutenue : 9 150 entreprises ont été créées en 2025, soit une progression de 11,8 % sur un an, principalement portée par les microentreprises.

Cette vitalité ne masque toutefois pas certaines fragilités. Les défaillances d’entreprises progressent fortement, avec une hausse de 44,3 % sur un an, dépassant désormais leur niveau observé avant la crise sanitaire.

Inflation en recul mais pouvoir d’achat toujours sous pression

Sur le plan des prix, l’inflation marque nettement le pas. L’indice des prix à la consommation progresse en moyenne de 1,3 % en 2025, contre 2,6 % en 2024, sous l’effet notamment de la baisse des prix de l’énergie.

Les prix de l’alimentation et des services continuent toutefois d’augmenter, respectivement de 1,7 % et 3,1 %, ce qui maintient une pression sur les budgets des ménages.

Le niveau général des prix reste par ailleurs élevé dans l’archipel, une situation en partie liée aux coûts d’approvisionnement liés à l’insularité.

Une consommation des ménages fragilisée

Cette pression se ressent dans la consommation. Les achats de biens durables reculent nettement, comme en témoigne la baisse de 7,7 % des importations de ces produits en 2025.

À l’inverse, les dépenses du quotidien restent soutenues, les importations de biens non durables progressant de 5,8 %. Les ménages ont davantage recours au crédit pour maintenir leur niveau de consommation.

Le nombre de dossiers de surendettement atteint ainsi 817 en 2025, en hausse de 23,4 % sur un an, un niveau record selon les données de la Banque de France.

Le BTP confronté à la contraction de la commande publique

Dans ce contexte économique contrasté, le secteur du bâtiment et des travaux publics apparaît comme l’un des principaux points de fragilité. L’activité continue de reculer en 2025, prolongeant un ajustement engagé depuis plusieurs années en raison de la baisse de la commande publique.

Plusieurs indicateurs confirment ce ralentissement. La consommation de ciment diminue de 6,2 %, tandis que les permis de construire chutent de 21,3 % sur un an. Les attestations de conformité électriques reculent également de 4,4 %, témoignant d’une baisse du volume d’opérations.

Les difficultés se reflètent aussi dans la situation financière des entreprises du secteur. Le chiffre d’affaires des entreprises du BTP recule de 9,8 %, tandis que leur encours de crédit diminue de 4,7 %.

Entre novembre 2024 et novembre 2025, 331 appels d’offres publics ont été publiés, soit une baisse de 14,9 % sur un an. Même si le taux d’attribution progresse, il reste limité à 9,4 %, traduisant un marché encore contraint pour les entreprises locales.

Le rapport rappelle d’ailleurs que « l’activité du secteur du BTP recule de nouveau, poursuivant son ajustement à une commande publique en baisse depuis 2022 ».

Des investissements structurants pour soutenir l’activité

À moyen terme, plusieurs projets d’infrastructures pourraient toutefois soutenir l’activité du secteur.

Parmi les opérations structurantes figurent notamment :

  • l’extension du port de Jarry, estimée à 180 millions d’euros
  • la déviation de la Boucan à Sainte-Rose, évaluée à 110 millions d’euros
  • le Plan Eau 2024-2027, représentant 320 millions d’euros d’investissements

La progression des crédits à l’habitat (+4,9 %) laisse également entrevoir un possible relais de la demande privée dans les prochaines années.

Le tourisme reste un moteur économique majeur

Dans le même temps, le tourisme confirme son rôle de moteur économique pour l’archipel. L’aéroport Guadeloupe Maryse-Condé a accueilli 2,1 millions de passagers hors transit en 2025, soit une hausse de 1,8 % sur un an, représentant 89 % du niveau de 2019.

L’activité croisière reste également bien orientée avec 235 922 croisiéristes, en progression de 2 %.

L’offre hôtelière devrait continuer de se développer dans les prochaines années avec plusieurs projets d’envergure, parmi lesquels le Pullman Royal Key Wellness Resort au Moule, un Novotel Guadeloupe Aéroport aux Abymes, ou encore un projet d’hôtel cinq étoiles à Saint-François porté par le groupe Karukera.

Des perspectives 2026 encore marquées par la prudence

Pour 2026, les chefs d’entreprise abordent l’année avec prudence. L’activité devrait globalement se stabiliser, mais les intentions d’investissement apparaissent plus limitées qu’en 2025 dans un contexte international incertain.

Les tensions géopolitiques et les fluctuations du prix de l’énergie pourraient notamment peser sur les coûts de transport et d’approvisionnement.

Dans ce contexte, la trajectoire économique de la Guadeloupe dépendra largement de la concrétisation des projets structurants engagés sur le territoire et de la capacité des acteurs publics et privés à activer de nouveaux relais de croissance.

Le tourisme, les infrastructures et les investissements liés à l’aménagement du territoire devraient ainsi continuer de jouer un rôle déterminant dans l’évolution de l’économie locale au cours des prochaines années.