Assainissement en GUADELOUPE : un réseau vétuste face à un déficit d’investissement massif

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    La Chambre régionale des comptes de Guadeloupe dresse un constat préoccupant sur l’état du système d’assainissement du territoire. Réseaux vieillissants, stations d’épuration encore largement non conformes et investissements fortement réduits : malgré la création du Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG) en 2021, les infrastructures restent très dégradées.

    Dans son rapport d’observations définitives, l’institution financière met en lumière les défis techniques, financiers et environnementaux auxquels la collectivité doit faire face pour remettre à niveau un service public essentiel.

    Un réseau d’assainissement vieillissant et fragilisé

    Premier constat dressé par la juridiction financière : le réseau d’assainissement guadeloupéen repose en grande partie sur des infrastructures anciennes. Le territoire compte environ 750 kilomètres de canalisations, dont une grande majorité a été installée il y a plusieurs décennies. Selon le rapport, près de 82 % du réseau a plus de quarante ans, avec des matériaux parfois sensibles à la corrosion, notamment les conduites en amiante-ciment.

    Avec le temps, ces infrastructures se dégradent. Les phénomènes de corrosion, accentués par la présence d’hydrogène sulfuré (H₂S) issu des effluents, fragilisent les canalisations. Des effondrements de conduites ou des ruptures de réseaux ont ainsi été observés sur plusieurs secteurs.

    Ces dégradations ont un impact direct sur la collecte des eaux usées. Dans certains cas, les effluents s’échappent avant d’atteindre les stations d’épuration, provoquant des pollutions diffuses dans l’environnement.

    Des performances de collecte très insuffisantes

    La dégradation du réseau entraîne des performances de collecte particulièrement faibles. Selon l’analyse menée par la Chambre régionale des comptes, seulement un peu plus d’un tiers des effluents produits par les usagers parvient effectivement aux stations d’épuration. Une grande partie des eaux usées échappe donc au traitement.

    Le rapport identifie par ailleurs 85 points noirs sur le réseau, c’est-à-dire des zones nécessitant au moins deux interventions techniques par an. Ce niveau est nettement supérieur à la moyenne nationale et témoigne d’un réseau particulièrement fragilisé.

    Les dysfonctionnements concernent également plusieurs postes de relevage, dont certains sont à l’arrêt. Ces équipements jouent pourtant un rôle essentiel pour acheminer les eaux usées lorsque la configuration du terrain ne permet pas un écoulement gravitaire.

    Un parc de stations d’épuration encore largement non conforme

    Le système d’assainissement repose sur 48 stations d’épuration réparties sur le territoire. Parmi elles, 15 disposent d’une capacité supérieure à 2 000 équivalents-habitants, ce qui en fait les installations principales du réseau.

    Lors de la création du SMGEAG en 2021, la situation était particulièrement dégradée : seules 4 stations sur 17 respectaient les normes réglementaires. Depuis, certaines améliorations ont été engagées et 4 stations supplémentaires ont été mises en conformité en 2024.

    Malgré ces progrès, une grande partie du parc reste confrontée à des difficultés techniques ou d’exploitation. Le fonctionnement des stations dépend en effet étroitement de la qualité du réseau de collecte et des moyens de maintenance disponibles.

    Une connaissance encore partielle du patrimoine d’assainissement

    La Chambre régionale des comptes souligne également une méconnaissance importante du patrimoine d’assainissement. Lors de la création du syndicat unique en 2021, les infrastructures ont été transférées par les anciennes collectivités gestionnaires sans inventaire technique complet.

    Dans certains cas, les informations relatives aux ouvrages – leur date de construction, leur état ou leur capacité réelle – restent incomplètes. Le rapport indique par exemple que plusieurs stations d’épuration de petite capacité restent mal identifiées, tandis que l’état précis d’une grande partie des réseaux demeure incertain.

    Cette situation complique la planification des travaux et rend plus difficile la mise en place d’une stratégie d’investissement cohérente à long terme.

    Des investissements fortement revus à la baisse

    Le rapport met également en évidence une évolution significative des investissements prévus pour l’assainissement. Le plan pluriannuel d’investissement initial prévoyait environ 180 millions d’euros pour moderniser les infrastructures entre 2023 et 2027.

    Cependant, dans le contexte de la crise de l’eau potable en Guadeloupe, ce programme a été révisé. La priorité donnée à l’amélioration du réseau d’eau potable a conduit à réduire fortement les crédits consacrés à l’assainissement.

    Dans la version accélérée du programme d’investissement, les financements dédiés à l’assainissement ont été ramenés à environ 34 millions d’euros, tandis que la majorité des ressources est désormais orientée vers l’eau potable.

    Pour la juridiction financière, ce niveau d’investissement reste insuffisant pour remettre durablement à niveau l’ensemble des infrastructures.

    Des impacts environnementaux et sanitaires préoccupants

    Les défaillances du système d’assainissement ont également des conséquences importantes sur l’environnement. Les rejets d’eaux usées insuffisamment traitées contribuent à la dégradation des milieux aquatiques et littoraux.

    Le rapport souligne notamment les effets possibles sur les récifs coralliens et les herbiers marins, particulièrement sensibles aux apports excessifs de nutriments et aux pollutions organiques. Ces phénomènes peuvent favoriser l’eutrophisation des eaux côtières et fragiliser les écosystèmes marins.

    La qualité des eaux de baignade montre par ailleurs une tendance à la dégradation. La proportion de sites classés en qualité « excellente » est passée d’environ 80 % en 2021 à 63 % en 2023, selon les données évoquées dans le rapport.

    Un défi majeur pour les infrastructures du territoire

    Au-delà du diagnostic technique, la Chambre régionale des comptes met en évidence un défi structurel pour la gestion des infrastructures publiques en Guadeloupe.

    La modernisation du système d’assainissement nécessitera à la fois une meilleure connaissance du patrimoine existant, une organisation plus efficace du service et un niveau d’investissement plus élevé dans les infrastructures.

    Pour la juridiction financière, des décisions structurantes seront nécessaires afin d’assurer la pérennité du service public d’assainissement et de limiter les impacts environnementaux sur le territoire.

    Un chantier structurant pour les années à venir

    La création du SMGEAG devait permettre de rationaliser la gestion de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe. Si certaines améliorations ont été engagées depuis 2021, le rapport de la Chambre régionale des comptes montre que le système reste confronté à des difficultés structurelles importantes.

    Entre infrastructures vieillissantes, investissements limités et enjeux environnementaux croissants, la remise à niveau du réseau d’assainissement apparaît désormais comme un chantier majeur pour les politiques publiques et l’aménagement du territoire guadeloupéen.


    Consulter ici le RAPPORT