BTP en GUADELOUPE. une conjoncture contrastée entre reprise des locaux et recul du logement

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Le secteur du bâtiment et des travaux publics en Guadeloupe évolue dans un contexte contrasté en ce début d’année 2026. Si certains indicateurs témoignent d’un redressement progressif de l’activité, notamment dans la construction de locaux, d’autres signaux restent plus préoccupants, à commencer par le recul marqué des autorisations de logements et la progression des défaillances d’entreprises. C’est ce que met en évidence la note de conjoncture n°19 publiée en mars 2026 par la CERC Guadeloupe.

Une production de logements qui résiste, mais des autorisations en nette contraction

Sur douze mois glissants à fin janvier 2026, 1 900 logements ont été mis en chantier en Guadeloupe, soit une baisse relativement limitée de 4,1 % sur un an. Après une phase de ralentissement observée au cours de l’année 2025, le secteur semble amorcer un redressement progressif, même si les volumes restent modestes.

Dans le détail, les logements individuels purs reculent nettement avec 900 unités (-16,8 %). À l’inverse, les logements individuels groupés progressent fortement (+23,5 %) pour atteindre 500 logements. Les logements collectifs, qui incluent notamment les résidences, restent quant à eux relativement stables avec 600 logements (-0,3 %).

La situation apparaît en revanche plus préoccupante du côté des autorisations de construire, qui constituent un indicateur avancé de l’activité future du secteur. Sur un an, 1 800 logements ont été autorisés, soit une baisse marquée de 21,6 %. Cette contraction concerne l’ensemble des segments et confirme une tendance négative observée depuis plusieurs trimestres.

Selon l’analyse de la CERC, aucun trimestre positif n’a été enregistré depuis au moins avril 2025.

Construction non résidentielle : un rebond marqué des locaux commencés

La construction de locaux non résidentiels présente une dynamique nettement plus favorable. Sur douze mois à fin janvier 2026, le volume de locaux commencés atteint 31 millions de m², soit une progression significative de 20,1 %.

Cette hausse marque un retournement de cycle après un point bas enregistré au printemps 2025. Plusieurs segments contribuent à cette reprise. Les commerces affichent une progression spectaculaire de 85,9 %, tandis que les entrepôts progressent de 23,3 %. Le secteur public joue également un rôle moteur avec une augmentation de 60,3 % des surfaces commencées.

Tous les segments ne suivent toutefois pas cette dynamique. Les locaux industriels enregistrent une chute très marquée de 93,4 %, tandis que les bureaux reculent de 17,6 %, ce qui nuance la progression globale.

Du côté des autorisations de locaux, la situation apparaît plus incertaine. Avec 124 millions de m² autorisés, l’évolution reste quasi stable sur un an (-0,2 %). La progression du secteur public (+37,7 %) contraste néanmoins avec le recul du secteur privé non agricole (-15,0 %), notamment sous l’effet d’un effondrement des autorisations d’entrepôts (-44,6 %).

Les ventes de ciment confirment un ralentissement de l’activité

Les ventes de ciment constituent un indicateur important de l’activité réelle du BTP. À fin février 2026, 150 kilotonnes de ciment ont été vendues en Guadeloupe, soit une baisse de 4,5 % sur un an.

La contraction concerne à la fois le ciment en vrac, dont les ventes reculent de 6,49 %, et le ciment en sac, en baisse de 1,17 %.

Sur les trois derniers mois, la tendance apparaît encore plus marquée. Les ventes atteignent 33 kilotonnes, soit une diminution de 10,1 %, confirmant une dynamique baissière observée depuis plusieurs trimestres.

Emploi : recul des postes salariés et progression des demandeurs d’emploi

La conjoncture du secteur se reflète également dans les indicateurs d’emploi. Au troisième trimestre 2025, le secteur de la construction comptabilisait 6 691 postes salariés, soit une baisse de 5,5 % sur un an.

Dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi dans la construction atteint 3 549 personnes, en progression de 4,3 % sur un an. La construction représente ainsi environ 9 % de l’ensemble des demandeurs d’emploi en Guadeloupe.

L’évolution de l’intérim apparaît plus contrastée. Le nombre d’intérimaires du BTP progresse de 6,7 %, tiré principalement par le secteur du bâtiment (+18,9 %). À l’inverse, les travaux publics enregistrent une forte baisse (-25,7 %), tout comme l’intérim dans l’industrie des matériaux (-22,1 %).

Créations et défaillances d’entreprises : un tissu entrepreneurial sous tension

La dynamique entrepreneuriale du secteur du BTP reste contrastée. Sur l’ensemble de l’année 2025, 710 entreprises ont été créées dans le secteur, soit une progression de 4,4 % par rapport à 2024.

Toutefois, cette hausse repose essentiellement sur la composante micro-entrepreneuriale. Les créations d’entreprises hors micro-entrepreneurs restent quasiment stables avec 350 créations, soit une légère baisse de 0,3 %.

Dans le même temps, les défaillances d’entreprises connaissent une forte progression. Sur les quatre derniers trimestres, 93 défaillances ont été recensées, soit une hausse de 40 %. Au seul quatrième trimestre 2025, 25 défaillances ont été enregistrées, en augmentation de 56,3 %.

Commande publique : une activité légèrement orientée à la hausse

La commande publique demeure un moteur essentiel pour l’activité du BTP dans les territoires ultramarins. Entre mars 2025 et février 2026, 339 appels d’offres travaux ont été publiés, soit une progression de 2,42 % sur un an.

Si cette évolution traduit une certaine dynamique des marchés publics, le volume d’appels d’offres reste néanmoins inférieur aux niveaux observés dans la période ayant suivi la crise sanitaire.

Une conjoncture encore fragile pour le secteur du BTP

Dans l’ensemble, la conjoncture du BTP en Guadeloupe apparaît marquée par des signaux contrastés. La progression de la construction de locaux et la légère reprise de la commande publique témoignent d’un certain dynamisme dans plusieurs segments de marché.

Cependant, la baisse marquée des autorisations de logements, la contraction des ventes de ciment, le recul de l’emploi salarié et la hausse des défaillances d’entreprises illustrent les fragilités persistantes du secteur.

Dans ce contexte, l’évolution de la production de logements et des investissements publics devrait constituer l’un des principaux déterminants de l’activité du BTP guadeloupéen dans les prochains trimestres.