La rénovation énergétique des bâtiments constitue un levier central des politiques de transition énergétique. Mais quels sont ses effets réels une fois les travaux achevés ? C’est l’objet du projet QUARTET, mené par le CSTB dans le cadre du programme PROFEEL. Publié en mars 2026, ce rapport analyse l’impact des rénovations énergétiques sur 23 bâtiments tertiaires rénovés — 13 écoles et 10 bureaux — en comparant leur situation avant et après travaux.
L’étude évalue la performance globale des bâtiments à partir de plusieurs indicateurs : consommations d’énergie, qualité de l’air intérieur, confort thermique et contaminations fongiques. Les résultats confirment des gains énergétiques significatifs, tout en révélant des effets plus contrastés sur le plan sanitaire.
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Des réductions significatives des consommations d’énergie
Premier enseignement du rapport : les rénovations énergétiques permettent effectivement de réduire de manière importante les consommations d’énergie dans les bâtiments étudiés.
Les analyses réalisées dans le cadre du projet QUARTET montrent ainsi une baisse médiane des consommations d’énergie de 33 % dans les écoles et de 72 % dans les bureaux après travaux.
Ces résultats reposent sur l’analyse des consommations réelles, corrigées des effets climatiques et rapportées à la surface des bâtiments.
Même si la disponibilité des données énergétiques n’a pas toujours permis d’exploiter l’ensemble des bâtiments du panel, la tendance observée reste claire : les rénovations énergétiques étudiées permettent d’améliorer significativement la performance énergétique des bâtiments tertiaires.
Avant travaux, les bureaux présentaient généralement des consommations plus élevées que les écoles. Après rénovation, cette situation s’inverse, les améliorations étant particulièrement marquées dans les bâtiments de bureaux.
Une ventilation améliorée dans de nombreux bâtiments
Au-delà des consommations d’énergie, le rapport s’intéresse également aux systèmes techniques installés lors des rénovations, notamment la ventilation. Avant travaux, une grande partie des écoles étudiées ne disposaient pas de système spécifique de renouvellement d’air, la ventilation reposant principalement sur l’ouverture des fenêtres.
Les rénovations ont conduit dans plusieurs cas à l’installation de systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC), qu’il s’agisse de systèmes simple flux ou double flux. Ces équipements contribuent à améliorer le renouvellement de l’air intérieur et à réduire le niveau de confinement des bâtiments.
Les mesures de dioxyde de carbone (CO₂), utilisées comme indicateur de confinement de l’air, montrent ainsi une amélioration globale après rénovation.
Dans les écoles, la médiane des concentrations en CO₂ passe d’environ 882 ppm avant travaux à 756 ppm après travaux. Dans les bureaux, elle diminue également légèrement, passant d’environ 652 ppm à 615 ppm.
Ces niveaux restent globalement inférieurs aux valeurs observées dans les campagnes nationales menées par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), ce qui confirme une amélioration du renouvellement d’air dans les bâtiments étudiés.
Une qualité de l’air intérieur aux évolutions contrastées
Si la ventilation tend à s’améliorer, l’étude met en évidence des évolutions plus complexes concernant la qualité chimique de l’air intérieur. Les mesures réalisées sur différents polluants montrent en effet des tendances contrastées après rénovation.
Dans les écoles, certaines concentrations diminuent après travaux, notamment celles du dioxyde d’azote (NO₂), des particules fines PM2,5 ou encore de certains solvants. En revanche, d’autres composés voient leur concentration augmenter.
C’est notamment le cas du formaldéhyde, dont la concentration médiane passe d’environ 15,97 µg/m³ à 19,42 µg/m³, ainsi que de plusieurs composés organiques volatils (COV) comme certains xylènes ou terpènes.
Une tendance comparable est observée dans les bureaux. Plusieurs composés voient leur concentration diminuer, mais un nombre important de polluants présentent au contraire une augmentation après rénovation.
Le rapport souligne d’ailleurs que le nombre de composés dont la concentration augmente après travaux est plus élevé dans les bureaux que dans les écoles.
Ces évolutions peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment l’introduction de nouveaux matériaux de construction ou de finition lors des travaux, susceptibles d’émettre des composés organiques volatils pendant une certaine période.
La question des moisissures reste un point de vigilance
L’étude s’intéresse également à la présence de contaminations fongiques dans les bâtiments. Pour cela, les chercheurs ont utilisé un indice de contamination fongique (ICF) permettant d’évaluer le développement de moisissures à l’échelle du bâtiment.
Les résultats montrent qu’après rénovation, un bâtiment sur deux présente un développement fongique actif. Dans les écoles, la part de bâtiments contaminés passe ainsi de 23 % avant travaux à 46 % après travaux. Dans les bureaux, cette proportion évolue de 40 % à 50 %.
L’analyse détaillée montre que certains bâtiments voient apparaître une contamination fongique après rénovation, tandis que d’autres au contraire voient disparaître les contaminations présentes avant travaux.
Toutefois, dans les deux typologies de bâtiments, le nombre de cas d’apparition de contamination reste supérieur au nombre de cas de disparition.
Parallèlement, les observations visuelles réalisées auprès des gestionnaires indiquent que certains signes d’humidité, comme les traces de surface ou les infiltrations, peuvent persister après les travaux.
Ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte la gestion de l’humidité et de la ventilation dans les projets de rénovation énergétique.
Un confort thermique globalement stable
Concernant le confort thermique, les résultats de l’étude montrent peu d’évolution entre la situation avant et après rénovation. Les mesures réalisées indiquent que la température intérieure moyenne reste proche de 23 °C dans les bâtiments étudiés, tandis que l’humidité relative moyenne se situe autour de 50 % dans les écoles et 40 % dans les bureaux.
Ces paramètres apparaissent donc relativement stables après rénovation, ce qui suggère que les travaux réalisés n’ont pas modifié de manière significative les conditions thermiques dans les bâtiments étudiés.
Vers une approche plus globale de la rénovation des bâtiments
Au-delà des performances énergétiques, le rapport du projet QUARTET rappelle que la rénovation des bâtiments doit être envisagée dans une perspective plus large de performance globale.
Si les gains énergétiques observés sont importants, les résultats montrent également que les rénovations peuvent avoir des effets complexes sur la qualité de l’air intérieur ou sur les équilibres hygrothermiques des bâtiments.
Ces enseignements soulignent l’importance d’intégrer, dès la conception des projets de rénovation, des questions telles que la ventilation, le choix des matériaux, la gestion de l’humidité et la qualité sanitaire des espaces intérieurs.
L’approche développée dans le cadre du programme PROFEEL vise précisément à mieux documenter ces interactions afin d’améliorer les pratiques de rénovation dans les bâtiments existants.










