Dans les territoires antillais, la construction de maisons individuelles doit composer avec deux aléas naturels majeurs : les séismes et les vents cycloniques. Depuis plus d’une décennie, chercheurs, ingénieurs et professionnels de la construction travaillent à mieux comprendre le comportement des structures bois face à ces contraintes. Le Cahier Technique n°53 de l’AFPS, consacré aux maisons en bois des Antilles françaises, revient précisément sur ces travaux et sur l’évolution progressive du cadre réglementaire qui encadre aujourd’hui ces constructions.
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Des règles adaptées au bâti courant
La protection parasismique des populations dépend directement de la fiabilité structurale des bâtiments. Or, si les ouvrages importants mobilisent généralement des bureaux d’études et des dispositifs d’ingénierie avancés, ce n’est pas toujours le cas pour les constructions plus simples. Pourtant, ces bâtiments — notamment les maisons individuelles — représentent une part importante du parc bâti.
Dans ce contexte, l’application directe des normes européennes, en particulier les Eurocodes, peut s’avérer complexe pour des projets de petite taille ou pour des entreprises artisanales peu équipées pour réaliser des calculs avancés. Pour répondre à cette difficulté, des guides simplifiés dédiés aux maisons individuelles en bois aux Antilles ont été élaborés au début des années 2010. Leur objectif : traduire les principes parasismiques et paracycloniques en règles plus opérationnelles, adaptées aux réalités du terrain.
Ces guides, destinés aux concepteurs, charpentiers, fournisseurs de matériaux ou encore contrôleurs techniques, ont constitué une première étape pour structurer les pratiques de construction bois dans la région.
Des essais grandeur nature pour tester les solutions techniques
Afin de vérifier la pertinence des dispositions proposées dans ces guides, une campagne expérimentale a été menée en 2013 au lycée Baimbridge Juminer du Lamentin en Guadeloupe. Pilotés par Anco Guadeloupe et Polytech Clermont-Ferrand, ces essais ont bénéficié du soutien des professionnels locaux et d’un financement de la région Guadeloupe.
Les travaux ont notamment porté sur le comportement de panneaux de contreventement en structure bois, éléments essentiels pour assurer la stabilité des bâtiments face aux efforts horizontaux générés par les séismes ou les vents violents. Les chercheurs ont étudié différentes configurations de voiles travaillants et de palées triangulées, ainsi que les caractéristiques mécaniques des matériaux et les systèmes d’ancrage des panneaux.
Ces expérimentations avaient pour objectif de confronter les solutions constructives proposées dans les guides techniques à des conditions proches de la réalité. Les résultats ont permis d’alimenter les réflexions sur le dimensionnement et la conception des structures bois dans les territoires exposés aux risques naturels.
Une première évolution réglementaire sur le risque sismique
Les travaux menés au cours des années 2010 ont progressivement nourri l’évolution du cadre réglementaire. Une étape importante a été franchie avec la publication du guide de construction parasismique des maisons individuelles DHUP CPMI-EC8 Zone 5 (édition 2020).
Ce guide a été rendu d’application réglementaire en zone de sismicité 5 par l’arrêté du 30 décembre 2020, modifiant les règles relatives à la construction parasismique des bâtiments à risque normal. Depuis le 1er janvier 2021, il s’applique aux maisons individuelles relevant de son domaine d’application lorsque le permis de construire est déposé à partir de cette date.
Concrètement, ce dispositif permet d’utiliser des règles simplifiées adaptées aux maisons individuelles, tout en respectant les exigences de sécurité parasismique. Dans ce cadre, certaines prescriptions peuvent être appliquées en dispense des règles normatives issues des Eurocodes 8, ce qui facilite leur mise en œuvre pour les professionnels.
Une prise en compte renforcée du risque cyclonique
L’évolution réglementaire se poursuit également sur le volet des vents extrêmes. Le guide de conception et de construction paracycloniques des maisons individuelles, dit “C2PMI – Antilles”, rédigé par le CSTB, a été intégré au dispositif réglementaire à la suite du décret du 23 novembre 2023 relatif à la prise en compte du risque cyclonique dans la conception des bâtiments.
Ce texte a été complété par l’arrêté du 5 juillet 2024, qui précise les modalités de prise en compte de ce risque pour les constructions situées en Guadeloupe et en Martinique.
Inspiré en partie des travaux techniques menés dans les guides antérieurs, ce nouveau référentiel deviendra applicable et obligatoire pour certaines maisons individuelles dont le permis de construire sera déposé à partir du 1er janvier 2026. Cette évolution marque une étape supplémentaire dans l’intégration du risque cyclonique dans la conception des bâtiments résidentiels.
Une approche multirisque pour la construction bois
Au-delà des évolutions réglementaires, le cahier technique souligne l’importance d’une approche globale des risques. Dans les territoires antillais, les bâtiments doivent en effet être capables de résister à la fois aux sollicitations sismiques et aux vents cycloniques.
Les essais menés sur les structures bois et les panneaux de contreventement contribuent ainsi à améliorer la conception, le dimensionnement et le contrôle des ouvrages. Les retours d’expérience compilés dans ce cahier technique ouvrent également des perspectives plus larges : certaines solutions étudiées pourraient trouver des applications dans d’autres territoires exposés aux risques naturels, notamment La Réunion ou certaines zones de la France hexagonale.
En réunissant les résultats expérimentaux, les retours d’expérience et les références réglementaires, ce document contribue à structurer un cadre technique adapté aux spécificités des Antilles.
Le Cahier Technique n°53 de l’AFPS – “Maisons en bois des Antilles françaises” est désormais disponible sur le site de l’AFPS.

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