Bâtiment : Olivier Salleron voit un mieux national en 2026, mais la prudence reste de mise

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    Au niveau national, Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment, a voulu faire passer un message de respiration après de longs mois de tension. Selon lui, 2026 peut marquer un tournant pour le secteur. La loi de finances a, dit-il, « changé la donne », avec le maintien du prêt à taux zéro, la préservation de MaPrimeRénov’ et de MaPrimeAdapt’, ainsi que l’allègement de la pression sur les bailleurs sociaux. Pour la FFB, cela permet de rouvrir des perspectives, surtout dans le logement neuf. Mais cette lecture est d’abord une lecture nationale. Et c’est bien la question qu’il faut poser pour la Martinique et les Outre-mer : ce frémissement observé à l’échelle française se retrouve-t-il vraiment dans les mêmes proportions sur nos territoires ?

    « 2026 est une année charnière pour le bâtiment. »

    Un rebond national, surtout porté par le logement neuf

    Le premier enseignement de cette conjoncture est que le bâtiment national montre des signes de reprise. La FFB table sur une hausse de 2,1 % en volume de l’activité en 2026. Le logement neuf est clairement le principal moteur de cette amélioration. À fin janvier 2026, les mises en chantier progressent de 24,5 % sur trois mois en glissement annuel. L’individuel grimpe de 29,9 % et le collectif de 22,2 %. Les autorisations restent également orientées à la hausse, à +10,1 %, même si le rythme ralentit. Olivier Salleron s’appuie sur ces chiffres pour dire que l’horizon se dégage de nouveau pour la profession.

    Mais ce redémarrage ne doit pas masquer les fragilités de l’amont. Les ventes de logements neufs des promoteurs ont encore reculé de 6,9 % en 2025, et les ventes aux particuliers sont tombées à 57 600 unités, soit leur plus bas niveau depuis 1995. Les ventes de maisons individuelles se redressent, elles, de 10,6 %, mais à un niveau encore très inférieur aux moyennes de long terme. Autrement dit, il y a bien un mouvement de reprise, mais il part de très bas et ne signifie pas encore un retour à une situation normale.

    « Le bâtiment amorce une reprise. »

    Une reprise inégale selon les marchés

    Le tableau d’ensemble reste contrasté. Dans le non-résidentiel neuf, les surfaces commencées progressent de 8,3 %, portées notamment par les bâtiments administratifs, l’hôtellerie, les locaux agricoles et les commerces. En revanche, les surfaces autorisées chutent de 15,3 %, tirées vers le bas par les bâtiments industriels, les bureaux et certains locaux agricoles. Cela veut dire qu’il y a encore de l’activité, mais que les intentions futures sont moins solides.

    L’amélioration-entretien, qui avait longtemps amorti la crise, ne joue plus ce rôle avec la même force. Après quatre années de hausse, elle recule de 1,1 % en 2025. Le logement, le non-résidentiel et la rénovation énergétique sont tous concernés. Plus récemment encore, les perspectives pour le premier trimestre 2026 continuent de se dégrader, avec un recul attendu de 1,6 %, en lien notamment avec le blocage de MaPrimeRénov’ et l’attentisme des collectivités avant les municipales. Le message est clair : la reprise existe, mais elle n’est ni uniforme ni acquise partout.

    Emploi, trésorerie, marges : des signaux encore fragiles

    Autre point de vigilance : l’emploi. Même si la baisse ralentit, le bâtiment continue de perdre des postes. Entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025, 14 900 emplois salariés ont disparu, auxquels s’ajoutent 2 300 emplois intérimaires en équivalent temps plein, soit 17 200 postes perdus au total hors non-salariés. En moyenne sur 2025, la baisse atteint 22 300 emplois. Les chefs d’entreprise se montrent toutefois un peu moins inquiets qu’auparavant pour les mois à venir, ce qui peut être lu comme un signe d’accalmie relative.

    Sur le plan financier, le tableau reste serré. Les carnets de commandes des entreprises de plus de dix salariés demeurent à un bon niveau, à 8,1 mois à fin février 2026, mais les marges subissent toujours l’effet ciseau entre prix et coûts. Les prix du bâtiment ont reculé de 1,3 %, tandis que les coûts ont augmenté de 1,5 %, notamment sous l’effet de la hausse des salaires. Les délais de paiement de la clientèle publique restent élevés, même si la trésorerie s’améliore légèrement. Autrement dit, la reprise de l’activité ne signifie pas encore un vrai confort économique pour les entreprises.

    Le risque géopolitique et la vraie question locale

    Olivier Salleron lui-même a posé une limite majeure à cet optimisme : le contexte international. Il prévient que les prévisions de la FFB supposent que la nouvelle crise au Moyen-Orient ne vienne pas casser cette embellie. La note de conjoncture va dans le même sens. Elle souligne que la guerre dans le Golfe persique peut raviver les tensions sur les prix, notamment pour certains matériaux. Les demi-produits en cuivre ou alliage avaient déjà bondi de 38,5 % depuis août 2025, avant même le déclenchement du conflit, et l’aluminium fait lui aussi l’objet de fortes tensions.

    Il faut donc lire l’intervention d’Olivier Salleron comme un signal national de mieux, mais pas comme une garantie générale. Oui, la FFB voit une amélioration. Oui, plusieurs indicateurs repassent dans le vert. Oui, le dialogue social repart, ce que son président présente comme une vraie victoire. Mais la question essentielle, pour la Martinique, demeure entière : les réalités locales suivent-elles réellement la même courbe que la tendance nationale ? Dans un territoire marqué par des coûts logistiques plus lourds, un marché plus étroit, une dépendance plus forte à la commande publique et des contraintes spécifiques de foncier, d’approvisionnement et de délais, rien ne permet d’affirmer automatiquement que le rebond national se traduira ici avec la même intensité. C’est même sans doute le vrai sujet à ouvrir maintenant.

     

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