Le chiffre donne immédiatement l’ampleur du phénomène. Dans son rapport 2026 consacré au mal-logement dans les départements et régions d’Outre-mer, la Fondation pour le Logement des Défavorisés estime à 715 000 le nombre de personnes mal-logées dans les cinq DROM. Le rapport sur le mal-logement dans les Outre-mer 2026 de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, présenté la semaine du 9 février au ministère des Outre-mer puis à l’Élysée, ne se limite pas à un constat. Il pose une question centrale : comment expliquer un tel niveau de précarité résidentielle sur des territoires relevant pleinement de la République ?
La publication intervient dans un contexte politique particulier. Année de municipales, à un an de l’échéance présidentielle, le logement s’impose comme un marqueur de cohésion – ou de fracture – territoriale. Pour la Fondation, la situation en Outre-mer ne relève pas d’un retard conjoncturel. Elle traduit un déséquilibre structurel.
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Des indicateurs sans commune mesure avec l’Hexagone
Le rapport met en lumière un écart massif avec la métropole. Dans les DROM, 18 % des résidences principales sont considérées comme indignes, soit près d’un logement sur cinq. En Hexagone, la proportion demeure inférieure à 2 %. En volume, cela représente environ 150 000 logements indignes en Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte.
L’hébergement d’urgence illustre le même déséquilibre. Les territoires ultramarins disposent en moyenne de 1,3 place pour 1 000 habitants, contre 3 places pour 1 000 habitants en métropole. Le déficit est estimé à près de 3 800 places pour atteindre un niveau comparable. Dans le même temps, près de 8 000 personnes seraient sans domicile fixe dans les DROM, avec une tension croissante sur le 115 et des demandes non pourvues chaque semaine.
La production de logements peine également à suivre la dynamique démographique. Environ 12 000 logements sont construits chaque année (hors Mayotte), alors que les besoins sont évalués à 17 000 logements par an. L’écart se creuse mécaniquement, alimentant la pression sur les prix, la suroccupation et le développement de l’habitat informel.
Une crise qui fragilise durablement les territoires
Au total, le mal-logement concernerait 32 % de la population des DROM. Mais la moyenne masque de fortes disparités. À Mayotte, près de 70 % de la population est concernée. En Guyane, le taux dépasse 57 %. Même à La Réunion, où la situation est relativement moins dégradée, plus de 120 000 personnes sont mal logées.
Les profils les plus exposés sont connus : jeunes adultes, familles monoparentales, personnes âgées. Dans certains territoires, la saturation des dispositifs d’urgence conduit à une augmentation du nombre d’enfants non pris en charge faute de places disponibles. Le logement devient alors un facteur direct d’inégalités scolaires, sanitaires et sociales.
Au-delà des situations individuelles, la Fondation insiste sur le risque d’un décrochage durable. Le mal-logement nourrit un sentiment d’abandon, qui fragilise la confiance envers les institutions et alimente les tensions locales. La question résidentielle dépasse donc largement le cadre strict de l’habitat : elle touche à la cohésion territoriale.
Production insuffisante et tension sur le logement social
La pression se lit également dans le parc social. Les DROM comptent environ 180 000 logements locatifs sociaux. En 2024, près de 90 000 demandes étaient enregistrées pour un peu plus de 11 000 attributions. L’écart illustre une tension structurelle.
La Fondation rappelle qu’environ 90 000 logements sociaux supplémentaires seraient nécessaires dans les seuls DROM pour répondre aux besoins identifiés. Or la production annuelle reste insuffisante et la part des logements très sociaux (LLTS) a diminué ces dernières années, alors même que la grande majorité des demandeurs y serait éligible.
La loi EROM de 2017 évoquait un objectif de 150 000 logements sur dix ans dans les Outre-mer. À mi-parcours, le rythme actuel laisse entrevoir un retard important. Dans un contexte de foncier rare, de coûts de construction élevés et de contraintes climatiques fortes, l’équation se complexifie encore.
6 axes pour un changement de cap
Face à ce constat, la Fondation pour le Logement ne se limite pas à l’alerte. Son rapport 2026 formule 6 axes d’action destinés à replacer le logement au cœur des politiques publiques ultramarines.
Parmi les priorités :
- le déploiement renforcé du Logement d’Abord et la création de places d’hébergement supplémentaires ;
- l’accélération de la production de logements sociaux et très sociaux ;
- la mise en œuvre d’un plan structuré de résorption de l’habitat indigne et des quartiers informels ;
- le renforcement de l’accompagnement vers les droits liés au logement ;
- la régulation des marchés immobiliers, notamment face à la pression des meublés touristiques ;
- et une refonte de la gouvernance pour mieux articuler État et collectivités.
L’objectif affiché est clair : réduire l’écart avec l’Hexagone et garantir une égalité effective d’accès à un logement digne.
Un enjeu d’égalité territoriale
Le mal-logement dans les DROM ne relève ni d’une exception marginale ni d’une simple difficulté sectorielle. Les chiffres avancés par la Fondation pour le Logement décrivent une réalité structurelle, inscrite dans la durée. Lorsque près d’un tiers de la population est concerné, la question dépasse le cadre social pour devenir un enjeu national.
En remettant son rapport au ministère des Outre-mer et à l’Élysée, la Fondation entend replacer le logement au centre du débat public. À l’approche des échéances électorales, le message est limpide : l’égalité des droits entre l’Hexagone et les territoires ultramarins passe d’abord par l’accès à un habitat digne et sécurisé.
Le rapport complet 2026 de la Fondation pour le Logement des Défavorisés détaille l’ensemble des données et propositions formulées pour les Outre-mer.

Consulter ici LE MAL-LOGEMENT DANS LES OUTRE-MER – CHIFFRES-CLÉS ET PROPOSITIONS ÉDITION 2026









