À un an des élections municipales de mars 2026, le logement s’impose déjà comme l’un des sujets structurants du débat public à La Réunion. Dans ce contexte, la Fondation pour le Logement des défavorisés publie un document programmatique à destination des futurs maires de l’île. Intitulé « Le logement, besoin vital ! », le texte propose un plan d’action en 6 axes pour « loger dignement les personnes précaires » au cours du prochain mandat.
La publication s’appuie sur une photographie sociale particulièrement tendue. En 2024, 143 000 personnes sont considérées comme non ou mal logées à La Réunion. Près de 50 000 demandes actives de logement social sont enregistrées. Le parc de logements indignes est estimé entre 18 000 et 21 000 unités, et près de 170 000 ménages vivent en situation de précarité énergétique.
À cela s’ajoutent près de 3 000 personnes sans domicile et plus de 1 000 enfants qui n’ont pas été pris en charge par le 115, dont 330 de moins de trois ans. Ces données, mises en avant par la Fondation, placent le logement au cœur des enjeux de cohésion sociale du territoire.
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Une publication à portée clairement politique
La Fondation pour le Logement, engagée depuis plus de trente ans sur le terrain, assume la dimension politique de sa démarche. Les municipales 2026 sont présentées comme l’opportunité d’un « électrochoc » pour replacer la fraternité et la solidarité au centre des politiques locales. Le message est clair : le logement ne peut plus être un sujet périphérique. Il conditionne l’inclusion sociale, l’accès à l’emploi, la santé, la réussite scolaire et la sécurité.
Si l’État conserve des compétences majeures, notamment en matière de financement et de cadre réglementaire, le document insiste sur le rôle décisif des communes et des intercommunalités. Urbanisme, attribution des logements sociaux, pouvoir de police en matière d’habitat indigne, mobilisation du parc privé : les leviers locaux existent. Encore faut-il les activer.
Six axes, un changement d’échelle attendu
Plutôt qu’un simple inventaire de mesures, la Fondation pour le Logement propose un véritable changement d’échelle dans l’action municipale. Son programme s’articule autour de 6 axes qui couvrent l’ensemble du spectre :
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Reconnaître et adopter la Déclaration des droits des personnes sans-abri ;
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Déployer pleinement la stratégie du Logement d’Abord pour réduire durablement le sans-abrisme ;
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Développer une offre de logements sociaux adaptée aux profils des demandeurs et respecter les objectifs SRU ;
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Attribuer les logements sociaux en priorité aux ménages reconnus prioritaires, notamment au titre du DALO ;
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Préserver et mobiliser une offre de logements privés abordables ;
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Résorber plus fortement les logements indignes sur le territoire
L’ambition est de réduire significativement le sans-abrisme dans les six prochaines années, accélérer la mise en chantier de logements sociaux déjà agréés — plus de 8 000 selon la Fondation — et mieux répartir l’effort de solidarité entre les communes. La question de l’attribution des logements sociaux, notamment au titre du DALO, y occupe une place centrale, tout comme celle du parc privé, où le loyer médian avoisine 16 euros par mètre carré.
Par ailleurs, le document insiste sur la lutte contre l’habitat indigne, estimé entre 18 000 et 21 000 logements sur l’île, et sur la nécessité d’utiliser pleinement les outils à disposition des maires : pouvoir de police, permis de louer, régies communales, intermédiation locative ou encore action sur la vacance.
L’ensemble constitue un cadre d’engagement détaillé que la Fondation propose aux équipes candidates, appelées à préciser leurs positions dans la perspective du prochain mandat.
Des leviers réels pour les équipes municipales
Au-delà des principes, la publication met en lumière la capacité d’action des communes. Les choix opérés dans les PLU conditionnent la mixité sociale et la répartition du logement abordable. Les décisions prises en commission d’attribution influencent directement l’accès au parc social. Le traitement des copropriétés dégradées ou la mobilisation du parc vacant relèvent également d’initiatives locales.
Pour les futurs candidats, le message est limpide : le logement ne pourra pas être traité à la marge du projet municipal. Il structure l’aménagement, impacte les finances locales et conditionne la stabilité sociale. Dans un territoire marqué par la pression démographique, la rareté foncière et l’exposition aux risques climatiques, l’équation est complexe.
À l’approche de 2026, la Fondation pour le Logement place donc le débat sur un terrain précis. Les chiffres avancés soulignent l’ampleur des besoins. Les 6 axes proposés dessinent un cadre d’action. Reste désormais à savoir comment les équipes candidates intégreront — ou non — ces orientations dans leurs programmes municipaux.









