Le 27 novembre dernier, la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de la Martinique a organisé une demi-journée immersive dédiée à la prospective territoriale. Une quarantaine d’agents ont été projetés en 2050 à travers un serious game inédit, imaginé comme un outil de réflexion sur les transitions écologiques et les politiques publiques de demain. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Fonds de modernisation de l’administration territoriale de l’État (FMATE) 2025, dont la DEAL est l’unique lauréate en Martinique.
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Un projet martiniquais retenu parmi 52 lauréats nationaux
Le projet porté par la DEAL Martinique, intitulé « La Fabrique des Transitions », figure parmi les 52 actions sélectionnées au niveau national au titre de l’appel à projets FMATE 2025. Ce fonds, piloté par le ministère de l’Intérieur, vise à soutenir les initiatives innovantes au sein des services déconcentrés de l’État.
La circulaire 2025 précise que le FMATE s’articule autour de quatre grandes priorités : amélioration de la qualité de service, synergies inter-structures, innovation dans les pratiques managériales et organisationnelles, et inclusion. Le projet martiniquais relève de la thématique « innovation dans les pratiques managériales et organisationnelles ». En Martinique, la DEAL est la seule administration lauréate pour l’année 2025.
Une immersion en 2050 pour imaginer la Martinique autrement
L’événement, baptisé « Escape Game DEAL – Mission 2050 : l’Odyssée des possibles », a été conçu avec l’association MEDUSA – Avenirs Souhaitables. Le scénario plonge les participants dans une Martinique de 2050, autonome, résiliente et connectée à la Caraïbe, au sein d’une « VIIᵉ République » confrontée à de nouveaux défis administratifs.
Répartis en six équipes par tirage au sort, les agents ont endossé des rôles variés — scribe, médiateur, représentant de l’intérêt général ou encore lobbyiste issu d’un futur imaginaire — avec pour mission de remplir un formulaire fictif destiné à construire le programme d’action 2051 de l’île. Derrière le jeu, l’objectif est de libérer la créativité pour interroger les futurs possibles de l’aménagement et de l’action publique.
Les ateliers ont structuré la réflexion autour de 5 grands axes :
- mobilités et infrastructures ;
- formes urbaines et habitats résilients ;
- modèles agricoles et alimentaires ;
- modes de gouvernance ;
- adaptation aux effets déjà visibles du changement climatique.

Habitat, énergie, eau : des pistes qui interrogent les standards futurs
Les propositions formulées par les équipes ont exploré des scénarios contrastés mais cohérents avec les enjeux tropicaux.
Certaines équipes ont imaginé des mobilités sobres, combinant traction animale, voies maritimes renforcées et liaisons alternatives pour les quartiers escarpés. D’autres ont misé sur des logements bioclimatiques, la revégétalisation des espaces urbains ou la réutilisation systématique des matériaux à l’échelle intercommunale.
Plusieurs scénarios ont évoqué des habitats sur pilotis, la restauration des mangroves, le développement de réseaux gravitaires pour l’eau ou encore l’usage massif du solaire. La récupération, l’économie circulaire et l’autonomie territoriale sont revenues comme des lignes directrices fortes. La question des déplacements de population vers des zones plus résilientes a également été abordée.
Ces projections, même issues d’un cadre ludique, rejoignent des problématiques techniques bien identifiées : gestion de l’eau en contexte insulaire, vulnérabilité des littoraux, adaptation thermique du bâti, relocalisation des infrastructures, matériaux locaux et réemploi.
Un dispositif appelé à être répliqué
Au-delà du jeu, la DEAL a conçu cette action comme une expérimentation reproductible. Un questionnaire a été diffusé aux participants afin d’évaluer la démarche et d’identifier des pistes d’amélioration. L’objectif affiché est de pouvoir déployer ce type d’outil auprès d’autres services de l’État.
La demi-journée s’est prolongée par un atelier artistique animé par Flora Eliazord (ACCE Évolution), à partir d’archives et de documents préparés en interne. Deux fresques collectives ont été réalisées puis exposées lors des vœux du 13 janvier, témoignant de la volonté de matérialiser les imaginaires construits pendant l’atelier.

Une évolution des méthodes au service de la transition
À travers « La Fabrique des Transitions », la DEAL Martinique ne se limite pas à un exercice de cohésion interne. Elle teste un outil prospectif destiné à acculturer ses agents aux transformations écologiques et sociétales en cours.
Pour les acteurs de l’aménagement et de la construction, ces démarches prospectives constituent un signal : les réflexions internes aux services de l’État intègrent désormais pleinement les enjeux de sobriété, de résilience territoriale et d’autonomie locale. Si les scénarios restent exploratoires, ils traduisent une évolution des cadres de pensée qui pourraient, à terme, influencer les orientations réglementaires, les stratégies foncières et les futurs marchés publics.
La transition écologique ne se joue plus uniquement dans les textes : elle s’expérimente désormais dans les méthodes mêmes de l’action publique.









