Cyclone CHIDO : un choc révélateur des fragilités structurelles des entreprises mahoraises !

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Rivière des manguiers I, Passamainty – Logements après l’impact CHIDO - (c)SIM

Le 14 décembre 2024, le cyclone CHIDO a frappé Mayotte de plein fouet, provoquant des destructions matérielles généralisées et perturbant l’ensemble du tissu économique local. Mais au-delà du choc immédiat, l’événement a surtout agi comme un révélateur.

L’étude publiée en février 2026 par l’IEDOM met en évidence une réalité plus profonde : les entreprises mahoraises évoluaient déjà dans un environnement fragilisé, marqué par des tensions financières persistantes, une forte dépendance logistique et une exposition accrue aux chocs externes. Le cyclone n’a pas créé ces vulnérabilités ; il les a amplifiées et rendues plus visibles.

Un tissu entrepreneurial sous tension bien avant le cyclone

Avant même le passage de CHIDO, l’économie mahoraise présentait des signes clairs de fragilité. Les entreprises, majoritairement constituées de très petites structures, faisaient face à des contraintes structurelles fortes, notamment des tensions récurrentes de trésorerie.

Près de 1/4 d’entre elles affichaient déjà une trésorerie négative, révélant une capacité d’autofinancement limitée et une dépendance accrue aux financements externes. Cette situation s’inscrivait dans un contexte économique marqué par une succession de crises depuis 2020, entre pandémie, blocages sociaux, crise de l’eau et perturbations logistiques.

Cette fragilité se reflétait également dans l’évolution du financement bancaire. Entre fin 2023 et fin 2024, les crédits d’exploitation ont augmenté de 36 %, tandis que les crédits de trésorerie progressaient de 31 %, signe d’une tension croissante sur la liquidité des entreprises.

Dans le même temps, les créances douteuses ont bondi de 83 %, traduisant une dégradation de la solvabilité et une exposition accrue au risque de défaillance. Ces indicateurs témoignent d’un tissu entrepreneurial déjà sous pression, contraint de recourir davantage au crédit pour assurer sa continuité d’exploitation.

Le secteur du BTP, pourtant central dans l’économie locale, illustre particulièrement ces tensions. Malgré des carnets de commandes remplis, les entreprises faisaient face à des charges croissantes, à des délais de paiement élevés et à des difficultés d’approvisionnement.

Cette situation limitait leur capacité d’investissement et leur aptitude à absorber de nouveaux chocs, alors même que ce secteur devait jouer un rôle déterminant dans la reconstruction du territoire.

Le cyclone CHIDO : un choc matériel et financier généralisé

Dans ce contexte déjà fragile, le passage du cyclone CHIDO a provoqué des dégâts considérables. L’ensemble des entreprises interrogées dans le cadre de l’enquête menée par l’IEDOM ont déclaré avoir subi des dégradations matérielles, affectant leurs outils de production, leurs locaux, leurs véhicules ou leurs surfaces commerciales.

Si 93 % d’entre elles étaient assurées, seule une minorité a bénéficié d’une prise en charge substantielle des pertes, la plupart restant dans l’attente d’indemnisations ou confrontées à des délais prolongés.

Les conséquences financières ont été immédiates. La moitié des entreprises ont vu leurs charges d’exploitation augmenter après le cyclone, tandis que 73,7 % des chefs d’entreprise anticipaient une dégradation de leur trésorerie en 2025.

Si la reprise de l’activité a été relativement rapide, avec 96,5 % des entreprises ayant pu reprendre au moins partiellement leurs opérations, seule une minorité avait retrouvé son niveau d’activité antérieur quelques mois après le sinistre.

Par ailleurs, 30 % des entreprises craignaient une défaillance à court terme, illustrant l’ampleur des incertitudes économiques générées par la catastrophe.

Une reconstruction qui soutient l’activité, mais ne résout pas les fragilités structurelles

Dans les mois qui ont suivi le cyclone, l’activité économique a été en grande partie soutenue par les travaux de reconstruction. L’indicateur du climat des affaires s’est ainsi établi à 114,8 au troisième trimestre 2025, un niveau supérieur à sa moyenne de long terme. Cette amélioration repose cependant essentiellement sur les anticipations liées à la reconstruction et les investissements de remplacement, et non sur une dynamique de croissance durable.

Le secteur du BTP se trouve en première ligne de cette phase de reconstruction. Toutefois, cette activité reste fortement contrainte par des difficultés financières persistantes. Les entreprises doivent souvent avancer les coûts de réparation dans l’attente d’indemnisations ou de paiements publics, ce qui accentue les tensions sur leur trésorerie.

Cette situation est d’autant plus critique que près de 70 % de l’activité économique locale dépend de la commande publique, ce qui expose les entreprises aux retards de paiement des collectivités et à leurs propres contraintes budgétaires.

Par ailleurs, le recours accru aux financements à court terme, notamment les crédits de trésorerie, témoigne d’une dépendance croissante au financement externe pour maintenir l’activité. Si ces mécanismes permettent d’assurer la continuité économique à court terme, ils contribuent également à accroître l’endettement des entreprises et à fragiliser leur situation financière à moyen terme.

Des mesures publiques essentielles pour stabiliser le tissu économique

Face à l’ampleur du choc, les pouvoirs publics ont déployé plusieurs dispositifs de soutien. Au 4 novembre 2025, plus de 22,22 millions d’euros d’aides ont été versés à 4 476 entreprises dans le cadre des mesures d’urgence. Parallèlement, les dispositifs d’activité partielle ont représenté 12,4 millions d’euros d’indemnisation et plus de 7,2 millions d’heures chômées, permettant de préserver une partie significative de l’emploi local.

Ces mesures ont été complétées par des dispositifs de suspension des cotisations sociales, des reports fiscaux et des mécanismes de soutien à la trésorerie, visant à éviter une vague de défaillances et à stabiliser le tissu productif.

Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de reconstruction et de transformation économique, portée notamment par la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, qui prévoit un programme d’investissements de 3,9 milliards d’euros dans les infrastructures d’ici 2031.

Ces investissements devraient contribuer à améliorer durablement l’environnement économique du territoire, en renforçant les infrastructures essentielles et en soutenant l’activité des entreprises locales, notamment dans le secteur du BTP.

Une reprise encore fragile face à des vulnérabilités persistantes

Malgré ces dispositifs, les fragilités structurelles de l’économie mahoraise demeurent. Les mesures mises en œuvre ont principalement permis d’améliorer la liquidité des entreprises à court terme, sans nécessairement renforcer leur solvabilité ni corriger les déséquilibres structurels. Les entreprises restent confrontées à des contraintes importantes, notamment des retards de paiement, une dépendance aux importations, des tensions logistiques et des difficultés de financement.

La reconstruction en cours offre des perspectives d’activité significatives, mais elle s’inscrit dans un contexte où les capacités financières des entreprises restent limitées. La capacité du tissu économique mahorais à se stabiliser durablement dépendra de la mise en œuvre effective des investissements programmés, de l’amélioration des délais de paiement et du renforcement structurel des conditions d’exploitation des entreprises locales.


Source : Etudes thématiques de l’IEDOM – Cyclone CHIDO : Situation conjoncturelle et financière ex-ante et ex-post des entreprises mahoraises du 13/02/2026 (cliquez pour télécharger)


Un révélateur des enjeux structurels de l’économie mahoraise ? Le cyclone CHIDO a mis en lumière la fragilité structurelle des entreprises mahoraises, déjà confrontées à des tensions financières importantes. Si la reconstruction soutient l’activité, la stabilisation durable du tissu économique dépendra du renforcement des capacités financières des entreprises et de l’amélioration de leur environnement économique.

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