Chaque année, le secteur du BTP génère des volumes importants de déchets minéraux. Leur valorisation en infrastructures de transport s’est imposée comme un pilier de l’économie circulaire. Mais cette approche, longtemps considérée comme acquise, ne l’est plus. La performance technique ne suffit désormais plus à justifier l’usage de matériaux alternatifs. Le cadre récemment actualisé par le Cerema, avec l’appui de l’Ineris, traduit ce changement de cap. La valorisation issue de la déconstruction s’inscrit désormais dans un dispositif plus contraint, où les exigences environnementales et sanitaires — en particulier la protection de la ressource en eau — deviennent déterminantes pour les projets d’infrastructures linéaires.
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Valoriser ne suffit plus : un cadre qui se resserre
Le recours aux matériaux alternatifs ne peut plus reposer uniquement sur leurs caractéristiques physiques, mécaniques ou géotechniques. La logique est désormais plus globale.
Elle intègre de manière explicite les impacts potentiels sur l’environnement et la santé humaine, en particulier les phénomènes de lixiviation et de transfert de polluants vers les milieux aquatiques.
Ce changement de posture est majeur. Il traduit la volonté d’encadrer la valorisation dans des conditions maîtrisées, en tenant compte des contextes locaux et des usages réels des matériaux.
La valorisation n’est plus seulement une solution de gestion des déchets : elle devient une opération à risque maîtrisé, évaluée au regard de critères environnementaux précis et opposables.
Une typologie des usages qui structure désormais les projets
L’une des clés de lecture essentielles introduites par le cadre actuel repose sur la classification des usages en trois catégories distinctes : T1, T2 et T3. Derrière cette nomenclature se cache une logique structurante pour les projets d’infrastructures.
Cette typologie ne se limite pas à une distinction théorique. Elle conditionne directement les hauteurs admissibles de mise en œuvre, le caractère revêtu ou recouvert des ouvrages, ainsi que le niveau de contrainte environnementale associé. En pratique, elle influe sur les choix de conception, les prescriptions techniques et les possibilités de valorisation selon le contexte du chantier.
Autrement dit, un même matériau ne pourra pas être utilisé de la même manière selon l’usage envisagé. Cette classification devient un outil de pilotage des projets, autant pour les maîtres d’ouvrage que pour les maîtres d’œuvre et les entreprises de travaux.
Eau, milieux sensibles et stockage : des contraintes très concrètes sur le terrain
Au-delà des principes, ce sont surtout les conditions de mise en œuvre qui traduisent la montée en exigence du cadre réglementaire. Les zones inondables, la proximité des cours d’eau, les périmètres de captage d’eau potable ou encore les secteurs karstiques font désormais l’objet de restrictions explicites, parfois rédhibitoires pour certains usages.
La gestion des stocks temporaires sur chantier illustre bien cette évolution. Les volumes autorisés, la durée de stockage et les conditions d’exposition aux eaux météoriques sont désormais encadrés, avec des seuils précis et, dans certains cas, l’obligation de recourir à une expertise hydrogéologique.
Ces contraintes peuvent, à elles seules, remettre en question la faisabilité d’une opération de valorisation pourtant techniquement pertinente.
La valorisation devient ainsi un sujet d’anticipation. Elle ne se décide plus en fin de chaîne, mais dès la phase de conception du projet, au même titre que les études géotechniques ou environnementales.
La fin des contournements et des ajustements a posteriori
Le cadre posé est également clair sur un point : certaines pratiques visant à rendre artificiellement acceptables des matériaux ne sont plus tolérées. Les opérations de dilution, de stabilisation ou de mélange dans le seul objectif de respecter les seuils environnementaux sont explicitement proscrites.
Ce message est fort. Il marque la fin d’une approche opportuniste de la valorisation et impose une transparence accrue sur l’origine, la composition et le comportement environnemental des matériaux. La conformité ne peut plus être « ajustée » après coup ; elle doit être démontrée, documentée et suivie dans le temps.
Cette exigence renforce la responsabilité des acteurs, depuis le producteur des matériaux de déconstruction jusqu’à l’exploitant de l’installation de recyclage et au maître d’ouvrage qui les met en œuvre.










