L’Agence régionale de santé (ARS) La Réunion et le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de La Réunion publient un guide consacré à l’urbanisme favorable à la santé (UFS). Ce document propose aux collectivités, urbanistes et aménageurs des repères et des leviers concrets pour intégrer les enjeux sanitaires dans les politiques d’aménagement du territoire.
L’initiative part d’un constat : l’environnement et les conditions de vie influencent largement l’état de santé des populations, bien au-delà du seul système de soins.
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L’environnement et le cadre de vie, des déterminants majeurs de santé
Le guide rappelle que les déterminants de santé sont multiples. Les facteurs socio-économiques représentent environ 45 % de l’état de santé, les facteurs environnementaux 25 %, les comportements individuels 15 %, le système de soins 10 % et la génétique 5 %.
De nombreux éléments liés à l’aménagement du territoire influencent directement ces déterminants : pollution de l’air, bruit, chaleur, organisation des déplacements, accès aux espaces naturels ou qualité du logement.
À titre d’exemple, la pollution de l’air constitue aujourd’hui la première cause de mortalité d’origine environnementale en France et la troisième cause de mortalité toutes causes confondues, après le tabac et l’alcool.
Les comportements et modes de vie jouent également un rôle déterminant. En France, 95 % des adultes et 80 % des adolescents sont exposés à un risque sanitaire lié au manque d’activité physique, tandis que 49 % des adultes et 17 % des enfants sont en surpoids ou obèses.
Ces éléments illustrent l’influence du cadre de vie sur la santé publique et renforcent l’intérêt d’intégrer ces enjeux dans les politiques d’aménagement.
Un territoire réunionnais sous fortes contraintes
À La Réunion, les interactions entre urbanisation, environnement et santé sont particulièrement marquées. L’île comptait 885 700 habitants en 2024, et la population pourrait atteindre un million d’habitants d’ici 2044 selon les projections démographiques.
La structure démographique reste relativement jeune, avec 30 % de la population âgée de moins de 20 ans, mais le vieillissement s’accélère : le nombre de personnes de plus de 75 ans pourrait être multiplié par trois d’ici 2050.
Le territoire présente également des fragilités socio-économiques importantes. Le taux de pauvreté atteint 36 %, contre 14 % dans l’hexagone, et 51 % des moins de 30 ans vivent sous le seuil de pauvreté.
Sur le plan sanitaire, plusieurs indicateurs sont plus défavorables que dans l’hexagone. Les maladies cardiovasculaires représentent 22 % des décès, tandis que les cancers en représentent 25 %. Le diabète touche 13 % de la population, et 15 % des Réunionnais sont en situation d’obésité.
Chez les enfants, l’asthme et les maladies respiratoires sont 2 à 3 fois plus fréquents qu’en métropole.
Ces vulnérabilités sanitaires s’ajoutent à des contraintes environnementales croissantes liées au changement climatique, à l’urbanisation et aux pressions sur les ressources naturelles.
Pollution, mobilité et environnement : des enjeux structurants
Le guide souligne plusieurs facteurs environnementaux particulièrement sensibles à La Réunion. La qualité de l’air est fortement influencée par le trafic routier, qui constitue la principale source de pollution perçue par la population.
Environ 27 % des habitants sont exposés à des niveaux de bruit routier supérieurs à 55 dBA à leur domicile, seuil défini par l’Organisation mondiale de la santé.
La mobilité repose encore largement sur l’automobile : 66 % des déplacements étaient réalisés en voiture en 2017.
Les ressources en eau font également l’objet d’une vigilance particulière. Selon les données de l’ARS, 5 % de la population est alimentée par une eau de mauvaise qualité microbiologique, tandis que 31 % des captages présentent des détections de pesticides.
Le territoire est par ailleurs confronté aux effets du changement climatique. La température moyenne a augmenté d’environ 1 °C en 50 ans, avec un rythme de réchauffement d’environ 0,18 °C par décennie.
L’urbanisme favorable à la santé, une approche intégrée
Face à ces enjeux, le guide présente l’urbanisme favorable à la santé comme une approche visant à intégrer systématiquement la santé et le bien-être dans les décisions d’aménagement.
L’objectif est de: réduire l’exposition aux facteurs de risque sanitaires — pollution de l’air, bruit, chaleur excessive ou sédentarité — et renforcer les facteurs de protection, tels que l’activité physique, la présence d’espaces naturels ou la qualité du logement.
Cette démarche implique une prise en compte des impacts sanitaires dès les phases de planification et de conception des projets urbains.
Six leviers pour agir sur l’aménagement du territoire
Le guide identifie six leviers prioritaires pour intégrer la santé dans les projets d’aménagement.
Le premier consiste à intégrer la santé dans les documents de planification, notamment les schémas d’aménagement régionaux, les SCOT ou les plans locaux d’urbanisme.
Le second vise à réduire l’exposition des populations aux risques sanitaires, par exemple en éloignant les activités polluantes des zones d’habitation ou en limitant les nuisances sonores.
Le troisième levier concerne la promotion des mobilités actives, avec le développement des déplacements à pied et à vélo et la réduction de la dépendance à la voiture individuelle.
Le quatrième porte sur la conception de bâtiments et de quartiers favorables à la santé, en intégrant le bioclimatisme, la ventilation naturelle, la gestion de l’humidité ou la protection contre la chaleur.
Le guide met également en avant l’importance de favoriser une alimentation saine et locale, par le développement de l’agriculture urbaine, des circuits courts et de l’agroécologie.
Enfin, il souligne la nécessité de sensibiliser les habitants et de mobiliser les acteurs du territoire, afin d’intégrer les enjeux de santé dans les pratiques d’aménagement.

Consulter ici le GUIDE : Urbanisme Favorable à la Santé à La Réunion
Destiné aux collectivités, urbanistes, architectes et aménageurs, ce guide fournit des repères méthodologiques et des exemples d’actions pour intégrer la santé dans les politiques territoriales.









