Les infrastructures routières constituent l’ossature des territoires ultramarins. Elles assurent l’accès aux services essentiels, relient les bassins de vie, soutiennent l’activité économique et conditionnent la continuité territoriale. Or, ces réseaux sont déjà confrontés à des dégradations liées aux aléas climatiques, qui ne relèvent plus d’un risque futur, mais d’une réalité opérationnelle. Dans ce contexte, la publication du Cerema consacrée à l’adaptation des infrastructures routières au changement climatique apporte un éclairage structurant, dont les enseignements résonnent avec une acuité particulière en Outre-mer.
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Des réseaux routiers déjà fragilisés par le climat
Le document du Cerema rappelle que les réseaux de transport sont aujourd’hui vulnérables face au climat actuel. Chaussées fissurées par les cycles de gel et de dégel, routes et ouvrages d’art endommagés ou détruits par les inondations, coupures de réseaux à la suite de chutes d’arbres, allongement des temps de trajet lors d’épisodes météorologiques intenses : ces situations sont déjà observées sur l’ensemble du territoire français.
Les projections climatiques indiquent par ailleurs une hausse des températures, une multiplication des canicules, des sécheresses plus marquées et des épisodes de pluies extrêmes plus intenses, dans un scénario de réchauffement à +3 °C à l’horizon 2050.
Pour les territoires ultramarins, où l’exposition aux aléas est structurellement élevée et où la dépendance au réseau routier est forte, ces évolutions renforcent des vulnérabilités existantes. La dégradation accélérée des infrastructures se traduit par des besoins d’entretien plus fréquents, des réparations plus lourdes et, in fine, par des coupures de réseaux plus longues pour les usagers.
Le coût croissant de l’inaction
L’un des messages centraux du Cerema concerne le coût socio-économique des perturbations climatiques. À l’échelle nationale, les minutes perdues par les usagers du réseau ferré entre 2018 et 2021, du fait des intempéries, ont représenté un coût estimé à 13 millions d’euros. Les événements extrêmes peuvent également générer des dépenses de réparation considérables, comme l’illustre la tempête Alex en octobre 2020, qui a nécessité près de 500 millions d’euros pour réparer 70 kilomètres de routes endommagées.
Ces ordres de grandeur mettent en évidence un constat clair : réparer après la crise coûte cher, souvent plus cher qu’anticiper. Pour les collectivités ultramarines, dont les capacités budgétaires sont contraintes et les réseaux parfois difficiles à contourner, la répétition de ces chocs fragilise la soutenabilité financière de la gestion des infrastructures.
Anticiper plutôt que subir : un changement de logique
Face à ce constat, le Cerema défend une évolution profonde de la gestion des infrastructures routières. L’adaptation au changement climatique ne consiste pas uniquement à renforcer des ouvrages après leur dégradation, mais à intégrer dès aujourd’hui l’évolution du climat dans les décisions d’entretien, d’investissement et d’exploitation. Il s’agit de passer d’une logique réactive à une logique d’anticipation, en tenant compte des vulnérabilités actuelles et futures des réseaux.
Cette approche implique des arbitrages. Faut-il renforcer immédiatement un axe exposé à des événements extrêmes appelés à devenir plus fréquents, ou accepter des interruptions temporaires et organiser des itinéraires de contournement ? Faut-il intervenir dès maintenant sur une infrastructure dont les dégradations vont s’aggraver, ou planifier une adaptation progressive ? Ces choix influencent à la fois la sécurité des usagers, la durée des coupures de réseau et les budgets d’entretien et d’investissement.
Prioriser l’adaptation dans un contexte de moyens contraints
Le document insiste sur la nécessité de hiérarchiser les actions d’adaptation. Toutes les infrastructures ne peuvent pas être traitées simultanément, et les collectivités doivent définir des priorités. Cette hiérarchisation repose notamment sur l’identification des infrastructures critiques, sur l’analyse des coûts et des bénéfices des solutions envisagées, mais aussi sur des critères plus qualitatifs, tels que les impacts sur l’attractivité du territoire ou le niveau d’incertitude associé aux aléas.
Le Cerema souligne également l’intérêt de solutions organisationnelles et de gestion, souvent moins coûteuses que des travaux lourds. L’adaptation peut passer par une amélioration de la connaissance des aléas et des infrastructures, par un suivi plus fin de l’état des réseaux, par l’adaptation des plans de gestion du trafic en cas de crise ou encore par une meilleure coordination entre les acteurs en charge de la gestion des risques.
Gouvernance et compétences, des leviers déterminants
Au-delà des aspects techniques, l’adaptation des infrastructures routières est présentée comme un enjeu de gouvernance. Elle mobilise des compétences transversales, allant de la gestion des infrastructures à la planification territoriale, en passant par la gestion de crise.
Le document souligne l’importance de la formation des élus et des services techniques, ainsi que la nécessité de communiquer auprès des usagers sur les choix opérés et leurs conséquences temporaires sur le réseau.
L’intégration des enjeux d’adaptation dans les documents de planification et la coopération entre collectivités apparaissent également comme des conditions de réussite. Dans cette perspective, le Cerema rappelle le rôle que peuvent jouer les réseaux scientifiques et techniques pour accompagner les territoires dans l’analyse des vulnérabilités et l’identification de solutions adaptées.
Une question de résilience territoriale
En filigrane, le document pose une question centrale : comment maintenir, sur le long terme, un niveau de service choisi pour les usagers dans un contexte climatique de plus en plus contraint ? Pour les territoires ultramarins, l’adaptation des infrastructures routières dépasse la seule problématique technique. Elle touche à la résilience des territoires, à leur capacité à absorber les chocs climatiques, à garantir l’accès aux services essentiels et à préserver leur attractivité.
Le message est clair : l’adaptation est une nécessité dès aujourd’hui. Les méthodes existent, les retours d’expérience aussi. L’enjeu réside désormais dans la capacité des collectivités à transformer ces constats en décisions opérationnelles, afin de limiter demain les coûts humains, économiques et territoriaux du changement climatique.
Pour aller plus loin, la publication complète du Cerema est disponible en ligne et détaille l’ensemble des constats, chiffres et démarches méthodologiques évoqués.

INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES : S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE, UNE NÉCESSITÉ









