Reconstruction à MAYOTTE : les enseignements de la 12ᵉ table ronde du CAUE

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(c)CAUE de Mayotte

La reconstruction de Mayotte après Chido reste un chantier complexe, encore largement en cours. Organisée par le CAUE de Mayotte, la 12ᵉ table ronde post-cyclone a permis de croiser diagnostics et retours d’expérience, tout en mettant l’accent sur les réponses concrètes qui émergent sur le terrain. Méthodes constructives, matériaux et dispositifs d’accompagnement : cette séquence collective a surtout documenté la manière dont la reconstruction s’organise, très concrètement, à l’échelle du bâti et des pratiques professionnelles.

Reconstruire vite, mais autrement : le recours croissant au hors-site

La question des délais s’impose désormais comme un paramètre central. Les modes constructifs classiques montrent leurs limites dans un contexte marqué par la pénurie de matériaux, les contraintes foncières et la fragilité des chaînes d’approvisionnement.

Plusieurs projets présentés lors de la table ronde s’appuient sur la préfabrication et le hors-site, avec des bâtiments produits en atelier pendant que les travaux de préparation sont engagés sur site. Cette organisation permet de réduire les temps de chantier, de sécuriser la qualité d’exécution et d’anticiper les contraintes climatiques.

Les capacités annoncées sont précises : certaines filières locales indiquent pouvoir produire jusqu’à deux salles de classe ou deux logements par semaine, avec des trames modulaires reproductibles. Les premières livraisons de bâtiments administratifs et scolaires issus de ces procédés sont envisagées à partir de 2026.

Bois, BTC, réemploi : des matériaux adaptés au contexte mahorais

Les projets présentés convergent sur un point : la reconstruction passe par des matériaux capables de répondre à la fois aux risques cycloniques, sismiques et aux enjeux climatiques. Le bois occupe une place centrale, en raison de sa légèreté, de son comportement structurel et de sa compatibilité avec le hors-site.

Les systèmes proposés privilégient des bâtiments compacts, limitant les débords de toiture et les éléments exposés, identifiés comme des points de faiblesse lors du cyclone.

Autre matériau remis au premier plan : la brique de terre comprimée (BTC). Autorisée par des règles professionnelles validées en 2022, elle fait l’objet de projets pilotes visant la production de logements abordables et évolutifs. Les chiffres avancés sont précis : un prototype nécessite environ 12 000 blocs, valorisant près de 70 tonnes de terre excavée. Les premières phases de chantier sont annoncées pour 2026.

L’usage de plastique recyclé localement, notamment pour la fabrication de brise-soleil et d’éléments de couverture, complète ce panorama des matériaux mobilisés dans les projets présentés.

(c)CAUE de Mayotte

Bioclimatisme et robustesse : des principes désormais partagés

Au-delà des matériaux, les projets présentés s’appuient sur des principes bioclimatiques communs. Ventilation naturelle traversante, protections solaires, limitation des équipements techniques complexes : la priorité est donnée à la robustesse plutôt qu’à la performance maximale. Cette approche vise à garantir le fonctionnement des bâtiments même en situation dégradée, notamment en cas de coupure de réseaux.

Certains projets intègrent également des dispositifs d’autonomie électrique par production photovoltaïque, afin d’assurer le fonctionnement des bâtiments en cas de défaillance des réseaux, un point directement issu des enseignements du cyclone Chido.

Des solutions transversales pour le logement, l’école et les bâtiments publics

Les dispositifs présentés ne se limitent pas à un type de bâti. Les mêmes logiques constructives se déclinent pour des salles de classe, des logements et des bâtiments administratifs.

Dans le secteur public, les diagnostics réalisés après le cyclone ont mis en évidence l’ampleur des pertes : environ 80 % des bâtiments départementaux ont été touchés, avec près de 15 000 m² détruits et environ 500 postes de travail perdus.

La réponse engagée repose sur des bâtiments temporaires appelés à devenir durables, conçus pour être démontables, modulaires et adaptables aux évolutions futures des sites.

Autoréhabilitation accompagnée : sécuriser l’existant

Une large partie des échanges a porté sur l’habitat non encadré, qui constitue la majorité du parc résidentiel à Mayotte. Les constats issus des 270 visites-conseils menées par le CAUE sont sans appel : infiltrations d’eau, défauts de ventilation, erreurs structurelles majeures. Dans ce contexte, la reconstruction ne peut se limiter à des opérations neuves.

Plusieurs associations développent des dispositifs d’autoréhabilitation accompagnée, combinant diagnostic, conseil technique et formation aux bonnes pratiques paracycloniques. L’objectif n’est pas de remplacer l’habitat existant, mais de réduire sa vulnérabilité, étape par étape, avec des solutions adaptées aux moyens des ménages.

Filières locales et montée en compétences

La reconstruction apparaît aussi comme un levier de structuration économique. Bois, BTC, préfabrication : ces choix techniques impliquent la montée en compétence des artisans et l’implication d’entreprises locales. Les projets présentés associent formation, transmission des savoir-faire et insertion professionnelle, dans une logique d’autonomie progressive du territoire.

Le CAUE, interface technique du territoire

Au fil des échanges, le rôle du CAUE se dessine clairement : conseil aux particuliers, appui aux collectivités, mise en réseau des acteurs et diffusion des bonnes pratiques. Plus qu’un organisateur de débats, le CAUE agit comme une interface technique, au croisement des enjeux sociaux, constructifs et territoriaux.


Retrouvez ici l’intégralité des échanges de cette 12ᵉ table ronde

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