PPE3 : la France engage le plus vaste chantier énergétique depuis 50 ans

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Avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie 2026–2035, l’État ne se contente pas d’actualiser une feuille de route climatique. Il planifie, sur dix ans, la transformation profonde du système énergétique français. L’objectif affiché ? Réduire la dépendance aux énergies fossiles, sécuriser l’approvisionnement, préserver la compétitivité industrielle et tenir le cap de la neutralité carbone en 2050.

Derrière ces ambitions, un constat simple : en 2023, près de 60 % de l’énergie finale consommée en France reste d’origine fossile. La PPE3 vise environ 30 % en 2035. La trajectoire implique une baisse de la consommation finale d’énergie – de 1 510 TWh à environ 1 100 TWh – et une montée en puissance massive des productions bas-carbone. Plus qu’un document stratégique, la PPE3 ressemble à un programme d’infrastructures d’ampleur nationale.

Une décennie pour restructurer le mix énergétique

La production d’électricité décarbonée doit passer de 458 TWh en 2023 à un niveau compris entre 650 et 693 TWh en 2035. Cette progression repose sur un double mouvement assumé : relance nucléaire et accélération des renouvelables.

Le parc nucléaire, déjà prolongé, devra produire autour de 380 TWh en 2030, avec une cible haute à 420 TWh. Parallèlement, le photovoltaïque doit atteindre entre 55 et 80 GW en 2035, contre 19,3 GW en 2023. L’éolien terrestre progresserait vers 35 à 40 GW, tandis que l’éolien en mer atteindrait 15 GW.

Ces volumes ne relèvent pas d’ajustements marginaux. Ils supposent des milliers d’hectares équipés, des fondations offshore, des raccordements haute tension, des postes sources, des adaptations de réseaux. Chaque gigawatt supplémentaire implique du génie civil, du génie électrique, de la maintenance industrielle.

La PPE3 acte ainsi un changement d’échelle.

La chaleur, pilier discret mais stratégique

Si l’électricité concentre souvent le débat public, la chaleur renouvelable constitue l’un des axes les plus structurants du document. La production de chaleur renouvelable et de récupération devrait passer de 172 TWh à un niveau compris entre 328 et 421 TWh en 2035.

Pompes à chaleur, biomasse, géothermie, réseaux de chaleur : la mutation concerne directement le bâtiment, le tertiaire et l’industrie. Le Fonds Chaleur, doté de 820 millions d’euros en 2024, s’inscrit dans cette dynamique.

Pour le secteur du BTP, cela signifie rénovation thermique, adaptation des installations techniques, développement de réseaux urbains, intégration de solutions hybrides. La transition ne se jouera pas uniquement sur les centrales électriques, mais dans les chaufferies, les sous-stations et les enveloppes des bâtiments.

Réseaux et flexibilités : l’infrastructure invisible

Produire davantage d’électricité bas-carbone ne suffit pas. Il faut pouvoir l’acheminer, l’équilibrer et la stocker. La PPE3 insiste sur l’adaptation du réseau électrique pour intégrer une part croissante de production non pilotable.

Stockage, effacement, interconnexions, pilotage de la demande : le système devra gagner en flexibilité. Les infrastructures gazières devront également évoluer, notamment avec l’essor du biométhane – jusqu’à 82 TWh injectés en 2035 – et le développement de l’hydrogène, dont la capacité d’électrolyse pourrait atteindre 8 GW.

Cette dimension technique, moins visible que les parcs éoliens ou solaires, constitue pourtant un chantier majeur. Renforcement de lignes, modernisation des postes, adaptation des stations de compression, infrastructures de recharge : la transformation du système énergétique est avant tout une transformation d’infrastructures.

Une transformation industrielle sous contrainte

La PPE3 affiche aussi une ambition industrielle. Développer les filières renouvelables, sécuriser l’approvisionnement en composants stratégiques, renforcer les chaînes de valeur nationales : la transition énergétique est présentée comme un levier de souveraineté.

Mais la réussite dépendra d’une condition centrale : la capacité à mobiliser les compétences. La PPE évoque explicitement les besoins en formation et en main-d’œuvre. Installateurs, ingénieurs réseaux, techniciens de maintenance, opérateurs industriels, entreprises de travaux publics : la montée en charge sera progressive, mais continue.

La question n’est plus seulement technologique. Elle devient organisationnelle et humaine.

Les entreprises du BTP en première ligne

Derrière chaque objectif chiffré se cache un chantier concret :

  • fondations et raccordements pour l’éolien en mer,
  • centrales photovoltaïques au sol et sur bâtiments,
  • réseaux de chaleur urbains,
  • électrification des usages,
  • infrastructures hydrogène,
  • rénovation thermique de masse.

La décennie 2026–2035 pourrait ainsi redessiner la cartographie des marchés énergétiques. Les entreprises capables d’intégrer génie civil, génie électrique, ingénierie thermique et maintenance auront un rôle clé.

Une trajectoire fixée, un défi d’exécution

La PPE3 ne garantit pas le succès de la transition énergétique. Elle en fixe la trajectoire. La transformation annoncée implique un renouvellement profond du système énergétique français, comparable par son ampleur aux choix structurants opérés dans les années 1970.

Reste à savoir si les capacités industrielles, territoriales et humaines permettront de tenir le rythme. La prochaine décennie ne sera pas seulement celle des objectifs. Elle sera celle de l’exécution.

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