Plan national milieux humides : l’OUTRE-MER change d’échelle

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Les territoires ultramarins concentrent près de 80 % de la biodiversité française, alors même qu’ils représentent une part limitée du territoire national. Mangroves, lagunes, forêts marécageuses, mares temporaires ou ripisylves y jouent un rôle écologique et socio-économique déterminant.

Face à la pression foncière, aux effets déjà visibles du changement climatique et aux catastrophes récentes, l’État franchit une étape supplémentaire avec la publication de la stratégie outre-mer du 4e Plan national milieux humides (PNMH4), couvrant la période 2024-2030. Une feuille de route structurée, qui entend replacer les milieux humides ultramarins au centre des politiques d’aménagement, de résilience et de développement durable.

Un rattrapage attendu dans les territoires ultramarins

La préservation des milieux humides n’est pas nouvelle en France. La signature de la Convention de Ramsar en 1971, puis la succession des plans nationaux depuis 1995, ont progressivement structuré l’action publique. Mais les premiers plans ciblaient essentiellement l’Hexagone. Les outre-mer, pourtant stratégiques en matière de biodiversité et d’écosystèmes côtiers, sont restés longtemps en marge.

Le PNMH4 marque un tournant. Publié en 2022 et conçu comme un volet de la Stratégie nationale biodiversité 2030, il affiche une ambition claire : restaurer 50 000 hectares de milieux humides d’ici 2026. Dans ce cadre, une stratégie spécifique dédiée aux territoires ultramarins a été élaborée pour la période 2025-2030. Elle vise à adapter les orientations nationales aux réalités insulaires, littorales et tropicales.

Cette évolution n’est pas anodine. Elle reconnaît explicitement la singularité écologique, géographique et socio-économique des territoires d’outre-mer, tous insulaires à l’exception de la Guyane, et fortement exposés aux risques climatiques.

Des écosystèmes clés pour la résilience territoriale

Les milieux humides ultramarins ne sont pas de simples espaces naturels périphériques. Ils assurent des fonctions vitales. Les mangroves, par exemple, peuvent stocker jusqu’à 5 fois plus de carbone par hectare que les forêts tropicales terrestres. Leur capacité à accumuler du carbone dans des sols saturés en eau en fait des alliées majeures dans la lutte contre le changement climatique.

Au-delà du carbone, ces milieux régulent les crues, stockent l’eau douce en période humide, soutiennent les débits en saison sèche et filtrent naturellement les polluants. Les lagunes et étangs absorbent les excès d’eau lors d’épisodes pluvieux intenses. Les ripisylves ralentissent le ruissellement et limitent l’érosion des berges. Sur les littoraux, les mangroves et vasières atténuent les effets des tempêtes et des submersions marines.

L’enjeu est aussi biologique. Selon le Compteur biodiversité outre-mer, plus de 18 845 espèces sont endémiques à ces territoires. Une concentration exceptionnelle qui place les outre-mer parmi les hotspots mondiaux de biodiversité. La dégradation des milieux humides menace directement ces espèces, souvent à aire de répartition restreinte.

Des pressions multiples et parfois critiques

Malgré leur rôle stratégique, les milieux humides ultramarins subissent des pressions croissantes. L’urbanisation littorale, le développement touristique et les infrastructures empiètent sur des mangroves entières, comme cela a été observé en Guadeloupe ou à Saint-Barthélemy. En Guyane, l’orpaillage illégal continue de polluer les cours d’eau au mercure et de détruire des marécages forestiers.

Les espèces exotiques envahissantes, telles que le typha ou la jacinthe d’eau, déséquilibrent les écosystèmes insulaires. Le changement climatique accentue encore ces fragilités : élévation du niveau de la mer, modification des régimes hydrologiques, salinisation des sols, intensification des événements extrêmes.

La situation de Mayotte illustre cette vulnérabilité. Avant même le passage des cyclones CHIDO et DIKELEDI, 60 % des actions identifiées pour le territoire étaient classées comme urgentes ou prioritaires. À La Réunion, 46 % des actions relèvent également de ces niveaux d’urgence. La stratégie intervient donc dans un contexte où l’accélération des phénomènes climatiques rend la planification encore plus déterminante.

Trois axes pour structurer l’action publique

La stratégie outre-mer du PNMH4 s’articule autour de 3 axes :

  1. Agir,
  2. Mobiliser,
  3. Connaître,

– Agir d’abord, en renforçant la protection réglementaire et la restauration écologique. Parmi les orientations structurantes figurent l’extension du réseau Ramsar en outre-mer, la prise en compte des continuités écologiques via la trame verte et bleue dans les documents d’urbanisme, ou encore l’adaptation du cadre réglementaire pour mieux protéger les zones humides de moins de 0,1 hectare, particulièrement nombreuses dans les territoires insulaires.

– Mobiliser ensuite, en associant l’ensemble des acteurs : collectivités, gestionnaires d’espaces naturels, agriculteurs, pêcheurs, acteurs du tourisme et du sport. La stratégie met l’accent sur la conciliation des usages, la gestion des grands événements en milieux sensibles et le développement de pratiques économiques compatibles avec la préservation des écosystèmes.

– Connaître enfin, car l’un des constats majeurs concerne le déficit de données consolidées. L’objectif est clair : cartographier l’ensemble des milieux humides ultramarins d’ici 2030. Cela passe par le renforcement des inventaires faune-flore, l’amélioration des outils scientifiques, l’utilisation de l’ADN environnemental (ADNe), la mise en réseau des plateformes de données et la diffusion des connaissances auprès des décideurs et du grand public.

Près de 900 propositions issues des territoires

La stratégie repose sur un important travail de co-construction. Groupes de travail territoriaux, ateliers inter-DOM, contributions d’experts et d’acteurs locaux ont permis de formuler près de 900 propositions d’actions. Celles-ci ont été analysées, regroupées et hiérarchisées par territoire.

Ce volume témoigne à la fois de la complexité des enjeux et de la volonté d’impliquer les acteurs de terrain. La stratégie ne se limite pas à une déclaration d’intention. Elle propose des mesures opérationnelles, identifie des porteurs potentiels et renvoie à des outils existants ou en cours de déploiement, comme la cartographie nationale des milieux humides ou la Plateforme unifiée de données.

Un cadre structurant pour l’aménagement des territoires

Pour les acteurs de l’aménagement et du BTP en outre-mer, cette stratégie constitue un signal clair. Les milieux humides ne peuvent plus être considérés comme des espaces résiduels. Leur intégration dans les documents d’urbanisme, la prise en compte des continuités écologiques, le renforcement de la police de l’eau et la montée en puissance des exigences de connaissance vont influencer la conception des projets.

La logique est désormais territoriale et intégrée. Il ne s’agit plus seulement de compenser, mais d’anticiper, d’éviter et de restaurer. Dans des territoires exposés aux cyclones, aux submersions et à l’érosion côtière, la préservation des milieux humides devient une composante de la stratégie de résilience.


Milieux humides

Consulter ici la stratégie outre-mer du 4e Plan national milieux humides (2024-2030) 


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