OUTRE-MER : une reprise fragile en 2024 malgré un recul de l’inflation

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Après quatre années de turbulences, les économies ultramarines retrouvent peu à peu un semblant d’équilibre. En 2024, l’activité se redresse sous l’effet du reflux de l’inflation et d’un assouplissement des conditions de crédit. Mais les chocs exogènes, conjugués aux vulnérabilités locales, continuent de peser lourdement sur le climat des affaires et sur des secteurs clés comme la construction.

Alors que l’Outre-mer se relève peu à peu des chocs successifs — COVID, guerre en Ukraine, flambée des prix — l’année 2024 marque un début de stabilisation. Selon la dernière note de conjoncture économique de l’IEDOM et de l’IEOM, publiée en juillet 2025, l’inflation recule dans la majorité des territoires. Mais cette embellie reste inégale, freinée par les effets de catastrophes naturelles ou sociales qui perturbent certaines économies locales.

Inflation en baisse, mais des tensions subsistent

Le recul des prix constitue l’un des signaux les plus positifs de l’année. En glissement annuel, l’inflation en Outre-mer tombe à 1,6 % fin 2024, contre 2,6 % un an plus tôt. Elle repasse ainsi sous la moyenne hexagonale (+1,3 % pour l’ensemble Hexagone et DOM), mais cette moyenne masque des réalités très contrastées.

Dans les départements français d’Amérique, les prix de l’énergie et de l’alimentation restent les principaux moteurs de l’inflation, même si leur progression ralentit nettement. À La Réunion, les prix de l’énergie amorcent un repli, contribuant à apaiser les tensions.

En revanche, à Mayotte, l’énergie continue de renchérir, quoique moins brutalement qu’en 2023. Les cyclones CHIDO et GARANCE laissent entrevoir une remontée des prix alimentaires début 2025 sur ces deux territoires.

En Nouvelle-Calédonie, les émeutes du printemps 2024 ravivent une inflation atone depuis plusieurs trimestres. À l’inverse, la Polynésie française parvient à stabiliser ses prix, notamment dans l’alimentaire, après une décrue amorcée dès 2023.

Un climat des affaires encore en berne

Si les prix se modèrent, la confiance des entreprises peine à suivre. En 2024, l’indice du climat des affaires (ICA) reste en dessous de sa moyenne de longue période dans la majorité des territoires ultramarins. C’est notamment le cas en Martinique et à La Réunion, où les chefs d’entreprise signalent un manque de dynamisme dans tous les secteurs.

L’incertitude freine les investissements, tandis que les tensions sociales – comme le mouvement contre la vie chère en Martinique – continuent d’assombrir les perspectives. La situation est encore plus dégradée en Nouvelle-Calédonie, frappée par une double crise : celle du nickel et les émeutes insurrectionnelles de mai. L’ICA y atteint un niveau historiquement bas au deuxième trimestre 2024, et peine à se redresser ensuite.

Quelques territoires résistent néanmoins à cette morosité. En Guyane, la confiance des chefs d’entreprise progresse nettement, portée par le dynamisme du BTP et de l’industrie. En Polynésie française, l’ICA reste largement supérieur à sa moyenne, soutenu par une fréquentation touristique record.

Le BTP se contracte dans l’océan Indien et aux Antilles

Le secteur de la construction illustre bien les disparités territoriales. À La Réunion, les effectifs du BTP reculent de 6 % sur un an. En Martinique et en Guadeloupe, la baisse atteint 4 %, pénalisant l’emploi salarié privé global. Ces résultats dénotent une activité freinée par les incertitudes économiques et une baisse des commandes.

À l’inverse, la Guyane se distingue avec une croissance de 5 % des emplois dans la construction, soutenue par une démographie dynamique et un regain d’investissement. Ce territoire connaît également une hausse de 2,8 % de l’emploi salarié privé, contre une quasi-stagnation ailleurs.

Les signaux sont plus mitigés du côté du financement. Les crédits à l’investissement repartent légèrement à la hausse dans les départements et collectivités d’outre-mer de la zone euro (+2,5 % sur un an au 4e trimestre 2024), mais les crédits à l’habitat et à la consommation progressent plus lentement. Ce dynamisme partiel reste fragile, en lien avec un climat des affaires encore incertain.

Des perspectives 2025 encore incertaines

L’année 2025 s’ouvre dans un climat prudent. Les perspectives économiques à court terme demeurent peu favorables, à l’exception notable de la Martinique, où l’ICA repasse légèrement au-dessus de sa moyenne au premier trimestre. Partout ailleurs, les incertitudes continuent de peser sur la croissance.

Comme le souligne le rapport, « compenser ces vulnérabilités par des transferts fiscaux et sociaux ne suffit pas ». Pour sortir de cette dépendance, les experts appellent à une transformation structurelle, ciblant notamment la modernisation des ports, la transition énergétique et le renforcement de la production locale.


Consulter ici la Conjoncture 2024 et perspectives 2025 en Outre-mer par l’IEDOM et IEOM


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