OUTRE-MER : le Cerema consolide son ingénierie face aux urgences climatiques et infrastructurelles

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Trois ans après la création de sa direction dédiée, le Cerema affirme sa présence en Outre-mer. Implantations consolidées, projets structurants, appuis techniques ciblés : l’établissement public s’inscrit désormais dans les dynamiques territoriales ultramarines.

À travers ses interventions récentes, une lecture claire se dessine. Infrastructures sous tension, adaptation climatique, priorisation des investissements : l’ingénierie publique devient un levier stratégique dans des territoires confrontés à des défis structurels croissants.

Les infrastructures, priorité silencieuse des territoires insulaires

La répartition de l’activité 2024 constitue un premier signal. 40 % des interventions de la direction Outre-mer concernent les infrastructures de transport. Viennent ensuite l’aménagement et les stratégies territoriales (20 %), l’environnement et les risques (15 %), les mobilités (10 %), la mer et le littoral (10 %), et le bâtiment (5 %). Cette hiérarchie n’a rien d’anecdotique. Elle dessine une carte des urgences.

Quatre interventions sur dix concernent les réseaux et ouvrages. Cela dit beaucoup des pressions qui s’exercent sur les territoires ultramarins. Réseaux routiers exposés en zones littorales, routes en secteurs escarpés, aléas climatiques fréquents, contraintes budgétaires : la vulnérabilité patrimoniale devient centrale.

En Guyane, la mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage confiée dans le cadre de l’opération d’intérêt national (OIN) pilotée par l’EPFAG en est une illustration concrète. Sur la RN1, axe structurant emprunté par près de 20 000 véhicules par jour dans les deux sens, le Cerema intervient en “contrôle extérieur” pour valider les études de trafic, les protocoles de comptage et le dimensionnement de deux carrefours à Saint-Laurent-du-Maroni. Derrière cette expertise technique se cache un enjeu plus large : sécuriser et anticiper dans un contexte de croissance démographique soutenue, estimée à +4,5 % par an.

À La Réunion, la question prend une autre forme. Cyclones, fortes précipitations, mouvements de terrain, érosion littorale : la résilience des infrastructures de transport n’est plus un sujet théorique. Les collectivités expriment un besoin d’outils d’aide à la décision, de hiérarchisation des interventions, de gestion patrimoniale intégrant les effets futurs du changement climatique. L’ingénierie ne consiste plus seulement à construire ou réparer, mais à prioriser et planifier.

Prioriser plutôt qu’empiler : l’ingénierie de la décision

À Mayotte, l’exemple du contrat de relance et de transition écologique (CRTE) de la Communauté de communes du Sud illustre cette évolution. Signé en 2022, le programme représente 293 millions d’euros et 72 projets, dont 60 % orientés vers le tourisme et l’attractivité. Le volume financier est conséquent. Mais l’enjeu n’est pas tant la somme que la capacité à structurer l’action.

Le Cerema intervient ici en appui méthodologique : élaboration d’un outil d’aide à la décision, avis technique sur la notation des projets, présentation aux élus pour faciliter une nouvelle priorisation. L’ingénierie publique change de nature. Elle devient un levier de gouvernance et de rationalisation des investissements.

Dans des territoires où les besoins dépassent largement les capacités financières, la question n’est plus seulement quoi faire”, mais “par quoi commencer”. L’accompagnement technique s’inscrit dans cette logique de clarification stratégique.

Résilience climatique : une colonne vertébrale transversale

Au-delà des infrastructures et de la planification, un fil rouge traverse l’ensemble des projets : l’adaptation climatique.

En Guadeloupe, le retour d’expérience mené après le passage de la tempête Fiona en 2022 dépasse le simple inventaire des dégâts. Il s’agit de produire un scénario modélisant un événement extrême pour la commune de Basse-Terre, d’analyser les typologies de dommages, d’identifier les vulnérabilités structurelles et d’alimenter les plans de prévention. Le travail s’inscrit dans une logique d’anticipation.

En Guyane, à Rémire-Montjoly, l’intervention porte sur la préservation des continuités écologiques. Fragmentation des habitats, infrastructures entravant les déplacements de la faune : la réponse passe par l’identification des points de conflit et la proposition de dispositifs de franchissement adaptés. Le projet s’inscrit dans la Trame verte et bleue et dans la Stratégie nationale biodiversité 2030.

En Martinique, l’étude sur les énergies marines renouvelables prend une dimension stratégique. Dans le cadre de la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie, la collectivité territoriale souhaite identifier les filières les plus prometteuses. L’analyse menée met en évidence un potentiel pouvant atteindre 1,7 GW, notamment pour l’éolien flottant. Au-delà de la donnée technique, c’est la question de la souveraineté énergétique insulaire qui est posée.

Même la mobilité urbaine participe de cette dynamique. À Saint-Denis de La Réunion, l’évaluation du téléphérique Papang, mis en service en 2022, vise à analyser les usages, les freins à l’adoption, l’intermodalité et les conditions d’exploitation. L’objectif est de tirer des enseignements pour d’autres territoires similaires confrontés à des contraintes topographiques et climatiques fortes.

Une montée en puissance progressive

La direction territoriale Outre-mer, déployée aujourd’hui à Mayotte, en Guyane, en Guadeloupe (avec couverture de la Martinique et des Îles du Nord) et à La Réunion, s’appuie sur les compétences des 2 500 agents du Cerema à l’échelle nationale. L’établissement revendique environ 70 % d’ingénieurs et techniciens dans ses effectifs globaux.

L’extension annoncée vers le Pacifique à compter de 2026, avec une implantation en Polynésie pour couvrir également la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, marque un changement d’échelle. Les territoires insulaires du Pacifique cumulent des vulnérabilités similaires : dispersion géographique, exposition aux aléas, dépendance énergétique, pression foncière. La logique d’ingénierie territorialisée semble appelée à s’y renforcer.

Un opérateur au cœur des tensions ultramarines

La photographie 2024 révèle moins l’activité d’un établissement que l’état de tension des territoires ultramarins : infrastructures fragilisées, pression démographique, exposition accrue aux aléas climatiques et impératif de transition énergétique. Dans ce contexte, l’ingénierie publique ne se limite plus à produire des études, elle devient un outil d’arbitrage et de priorisation.

Le poids des infrastructures dans l’activité confirme que les réseaux constituent le socle de la résilience économique et sociale. À l’horizon 2026, l’élargissement vers le Pacifique inscrit cette montée en puissance dans une logique durable d’adaptation aux réalités insulaires.

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