Menuiseries extérieures aux Antilles : une nouvelle réglementation qui change profondément les pratiques

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À compter du 1er janvier 2026, les règles applicables aux menuiseries extérieures dans les Antilles françaises connaissent un tournant majeur. L’arrêté du 5 juillet 2024, relatif à la prise en compte du risque de vents cycloniques en Guadeloupe et en Martinique, renforce significativement les exigences techniques applicables aux fenêtres, portes, volets et protections associées. Derrière des ajustements réglementaires en apparence techniques, ce sont en réalité les habitudes de conception, de fabrication et de pose des menuiseries qui sont appelées à évoluer en profondeur, avec des enjeux directs de conformité, de coûts et de sécurité pour les maîtres d’ouvrage comme pour les professionnels du bâtiment.

PAUL QUISTIN

Au 1er janvier 2026, toutes les menuiseries posées dans les bâtiments neufs soumis à permis de construire ou à déclaration préalable de travaux – y compris en cas de reconstruction après démolition partielle ou totale – devront répondre à la nouvelle réglementation dite « vents cycloniques Antilles ». Cette évolution repose sur une révision des hypothèses climatiques, avec une modification des vitesses de vent de référence et une augmentation des pressions de vent servant à caractériser la performance des menuiseries exposées. À cela s’ajoute une exigence nouvelle et structurante : la tenue des menuiseries face aux impacts de projectiles, dimension essentielle en contexte cyclonique.

Ces changements ne sont pas neutres.

Les acteurs qui n’auront pas anticipé ces nouvelles exigences s’exposeront à des situations de non-conformité réglementaire complexes à corriger a posteriori, tant sur le plan technique que financier. Les guides d’application cités par l’arrêté – notamment le Guide de Conception et Construction Paracycloniques de Maisons Individuelles (C2PMI, édition juin 2024) et le Guide d’application des exigences réglementaires (édition janvier 2025) – viennent préciser les dispositions à respecter pour garantir la stabilité non seulement des éléments structuraux, mais aussi des éléments non structuraux tels que les fenêtres, portes, volets, occultations et auvents.

Guide d’application des exigences réglementaires Edition Janvier 2025 qui rassemble l’ensemble des exigences techniques réglementaires à satisfaire pour la conception des éléments structuraux ainsi que les dispositions règlementaires concernant les éléments non structuraux, le chapitre 4.3 détaille les hypothèses de dimensionnement des fenêtres et porte
Un point clé de cette réglementation réside dans la notion de « système de baie ». Désormais, la fermeture d’une baie est considérée comme assurée par un ensemble indissociable composé d’une fenêtre ou d’une porte, éventuellement complétée par une ou plusieurs protections (volets, protections provisoires) et, le cas échéant, par des renforts. C’est cet ensemble, qualifié de bloc-menuisé, qui doit être dimensionné pour résister aux charges de vent et aux chocs. En revanche, les configurations architecturales de plus en plus répandues aux Antilles, consistant à poser des volets seuls sans menuiserie derrière, ne sont pas couvertes par les textes de référence, notamment le DTU 34.4 P3. Cette pratique se trouve ainsi implicitement remise en cause.

Guide de Conception et Construction Paracycloniques de Maisons Individuelles (C2PMI) Edition Juin 2024 destiné aux concepteurs et constructeurs d’ouvrage courant type maison individuelle , le chapitre 10 détaille les hypothèses de dimensionnement des fenêtres et portes avec le choix de leurs protections et de leurs renforts éventuels ; ainsi que les dispositions constructives à respecter

Les exigences de performance évoluent également sur le terrain des essais et des justifications techniques. Les critères de réussite aux tests de résistance aux chocs sont désormais précisément définis, tout comme les cas dans lesquels certaines solutions techniques peuvent être réputées conformes sans essais complémentaires. Les menuiseries associées à des volets en bois ou à des volets roulants métalliques peuvent répondre aux exigences de tenue au vent et de protection contre les projectiles, mais sous conditions strictes. Pour les volets roulants, cela implique par exemple l’ajout de lignes de renfort en fonction des dimensions de la baie, ainsi que la présence de crochets anti-tempête. Pour les volets traditionnels en bois, une épaisseur minimale du bois et des fixations capables de reprendre des efforts de traction significatifs sont exigées.

À ce stade, la porosité à l’air des volets et leur comportement sous impact ne constituent pas encore des critères formalisés de conception ou de dimensionnement. Pourtant, l’intérêt est réel : à défaut de qualification précise de ces performances, le risque est grand de voir le coût des menuiseries conformes augmenter fortement, sauf si les fabricants et fournisseurs engagent rapidement des campagnes d’essais complémentaires pour valider leurs solutions au regard des nouveaux guides.

Au-delà des aspects techniques, cette nouvelle réglementation va nécessairement réorienter la conception architecturale des bâtiments. Les grandes baies ouvertes, fermées uniquement par des volets roulants sans menuiserie, ne pourront plus être envisagées dans les mêmes conditions. Le changement est profond, mais il s’inscrit dans un objectif clair : renforcer la sécurité des occupants, améliorer la qualité d’usage et la qualité sanitaire des bâtiments, tout en intégrant les exigences de performance énergétique et d’accessibilité propres aux constructions contemporaines en zone cyclonique.

Paul Quistin

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